AU MEME, A MAGNAC
n le presse de prendre du repos et d'en faire prendre ft ses jeunes collaborateors. L'intérêt de l'âme et celui de la santé le demandant impérieusement.
[Été de 1650.] Qui a Dieu a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
J'apprends que vous et tous nos très chers frères sont présentement harassés de travail, quoique non
(1) Sur l'autographe.
pas découragés. Je vous supplie au nom de Dieu, qu'il vous plaise les arrêter et leur conseiller de ma part de prendre du repos. Le Fils de Dieu, qui n'avait pas besoin de la prière pour se fortifier et se renouveler en son Père après ses travaux évangéliques, se retirait en la montagne pour faire l'oraison, apprenant à tous ses disciples de faire le même en son Église. Tant que nous serons en ce monde, nous souffrirons beaucoup de déchet dans les forces intérieures de l'esprit, dans l'exercice extérieur et pour cela nous aurons toujours besoin de nous renouveler en Dieu.
Ainsi je vous demande, pour lebien de nos frères et le vôtre, d'en user de la sorte et, quelque presse qui vous assiège, il ne faut pas céder à la tentation qui vient ordinairement avec \a.îeTve\iv. Noliteperegrinari in fervore qusB ad tenlatîonem vohis fit. Le démon ne demanderait pas mieux que de vous accabler et ces jeunes ouvriers dans leurs premiers travaux. Il n'y a rien plus â craindre que les premiers efforts de la jeunesse qui abattent et qui accablent pour tout le reste de la vie. Adieu, notre très cher frère; le ciel vous comble de ses plus saintes bénédictions.
OHER.
LETTRE CLXIl (1).
A LA PRINCESSE DOUAmiÈRE DE GONDÉ (2).
n la remercie d'avoir donné on ornement i. la paroisse de Salnt-Snlpice pour la fête de l'Ascension.
[Paris, fin mai 1650.]
Madame, Quoiqu'il me parût, la dernière fois que j'eus l'hon-
(1 et 2) Sur l'autographe.
neur de vous rendre mes devoirs, que vous ne les aviez pas agréables, ni la permission que je vous demandais de vous aller voir en votre solitude, néanmoins, Madame, votre bonté vers notre église, dont je prends les intérêts, est si grande qu'il semble que vous me rappelez à vous, en m'obligeant de vous reconnaître et vous remercier pour elle du présent que vous lui avez fait. Comme je ne puis me taire sans ingratitude, vous ne pourriez. Madame, refuser mes reconnaissances, qui sont accompagnées de tant de bénédictions de nos peuples, qui vous plaignent et prient avec amour pour le retour heureux et prompt de Votre Altesse qu'elles n'oublieront jamais.
Vous avez donné, Madame, à Jésus-Christ montant au ciel en son triomphe des ornements qui pussent accompagner sa gloire en la manière qu'on le peut en la terre. Notre-Seigneur attend au jour qu'il a déterminé pour votre entrée au ciel, à vous rendre au centuple des vêtements de gloire qui ne se passeront jamais et qui vous environneront pour une éternité. Oh.' Madame, que de telles richesses sont précieuses et que bienheureux celui qui peut se préparer des ornements si magnifiques qui serviront non seulement pour soi, mais encore pour orner l'Épouse de Jésus-Christ sur qui rejaillira tout le bien des particuliers de l'Église.
Croyez-moi, Madame, autant à vous que je le puis et qu'une créature le saurait être en la terre. Je ne m'é-
— La princesse douairière de Condé, malgré sa confiance en M. Olier dont elle aimait à prendre les conseils en toute occasion, s'était laissé prévenir contre lui, après l'arrestation des princes ses enfants, et l'avait assez mal reçu à ChantUly où il était allé lui porter quelques paroles de consolation. Cette impression défavorable ne dura pas et ce fut peut-être pour en effacer le souvenir qu'elle envoya, le 20 mai 1650, l'ornement dont M. Olier se hâta de la remercier.
tonne pas de ce que, par des ressorts imprévus de la divine Providence, je me vois séparé devons. C'est une expérience que j'ai toujours éprouvée, qu'au moment que je suis plus lié aux choses que Dieu même m'unit, je m'en vois tout d'un coup éloigné, et cela, sans doute, pour le mauvais usage que j'en fais, qui m'oblige à me confondre et porter mon châtiment avec soumission aux ordres de la justice. Ce sont les sentiments de mon cœur dans ces rencontres fâcheuses où je me suis vu surpris depuis plus de deux ans, qui ne m'ont rien ôté du respect et de la charité que la bonté de Dieu m'avait donnée pour Votre Altesse, qui, au contraire, me fait gémir sur ses malheurs, et de laquelle je demeurerai en lui, Madame, le très humble, très acquis et très obéissant serviteur.
Olïer.
LETTRE CLXIII {i).
n renconrage à souffrir, loi montrant qne la créature peut Honorer Dieu dans tous les états ob la Providence la met, et qne les états crucifiants sont les plus utiles & Tâme.
24iuinl6S0.
Qui a Jésus a tout.
Madame,
Dieu soit béni de sa sainte conduite sur votre âme. Je me réjouis qu'elle ne se lasse point de souffrir, selon le souhait de saintPaul exhortant les premiers chrétiens qu'il voyait en la croix. Ne vous lassez point, je vous prie, leur disait-il, et prenez garde à l'abattement et dé-
(1) Sur l'autographe.
couragement de votre esprit. L'oraison sera votre force et la sainte vertu de votre âme, quoiqu'elle n'en soit pas toujours la consolation et le soulagement. L'oraison opère en nous dans les desseins de Dieu, non pas selon les nôtres; la vertu secrète et imperceptible de l'esprit est répandue en nous dans nos besoins sans qu'elle se connaisse; et plus les troubles, les peines et les agitations sont véhéments, plus l'esprit adorable du Père s'établit en vertu sainte au fond de l'âme, pour la fortifier, la maintenir et la sanctifier en la manière qu'il lui plaît, lui qui est esprit et qui opère au-dessus de nos sens et de notre raison, qui est la raison de Dieu même, digne de lui tout seul et que nous ne méritons point de voir ni de comprendre. Le monde, dit saint Jean, ne recevra point l'esprit parce qu'il ne le voit et ne le connaît pas.
Madame, vous êtes en peine seulement si votre état . bono-re Dieu. C'est ce qui doit vous soucier moins, car vous êtes assurée que quand vous ne le voudriez pas (ce qui est bien contraire à votre esprit). Dieu sera toujours honoré en vous, en quelque état que vous soyez, surtout en celui de la croix qu'il n'ordonne pas sur vous seulement pour satisfaire sa justice sur vos péchés, à quoi il ne demande qu'un simple acquiescement, mais qu'il ordonne encore pour honorer sa souveraineté sur vous-même, par le sacrifice non sanglant qu'il exerce incessamment comme sur sa victime qu'il prend plaisir à purifier et se sanctifier de plus en plus. Dieu est plus honoré par ce qu'il opère en vous et sur vous, que par ce que vous pourriez opérer devers lui, et comme il veut l'un et l'autre, il veut que vous opériez en ces états selon ce qu'il vous laisse de libre, qui est le simple usage de votre esprit en la foi et la divine charité, vous lais-
saut à lui en abandon parfait pour l'honorer par votre état, en tonte la manière que vous le pouvez faire, consentant avec plaisir, c'est-à-dire avec franche volonté, qu'il use du feu le plus cuisant de la tribulation pour purifier l'âme qui est sienne, et qu'il prépare pour la rendre digne de l'union éternelle à soi-même, qui est saint et infiniment saint .
Adieu, Madame, le loisir ne me permet pas de vous en dire davantage; il me suffit, pour ma joie, que je sais bien que le règne de Dieu s'avance de plus en plus dedans votre âme, et que ses ennemis principaux s'y détruisent par des voies inconnues à votre esprit, et très contraires à la sagesse humaine.
Je suis en Notre-Seigneur tout vôtre.
Olier.