A MADEMOISELLE LA MARQUISE DE PORTES, A MOULINS
Aroecaslon de la mort de sa tante, l'abbesse de la Trinité de Gaen, ill'exborte & se détacher de plas en plus de la terre et à ne soupirer qu'après le ciel.
[Vers la fin de juin 1630.1
Ma très chère fille en Notre-Seigneur, J'appris hier la mort de votre bonne tante (3)
(1) Sur l'autographe .
(2) Quoique cette lettre n'ait pas d'adresse, on ne peut douter, en la rapprochant de celle du 1^^ septembre de la même année et de celle adressée vers le môme temps à M. de Queylus, qu'elle n'ait été écrite à M"* de Portes. C'est elle en effet que M. Olier avait dessein d'aller voir pour lui faire faire quelque retraite et la mettre en repos. Il conservait encore cet espoir au mois de septembre, malgré la difficulté des routes lésultant de la guerre civile.
(3) Madame Laurence deBudos, dont il a été déjà parlé, mourut le 23 juin 1650, ce qui concorde exactement avec ce qu'on lit dans cette lettre.
que nous avons fait recommander à Dieu, selon vos intentions et les besoins de son âme , priant Notre-Seigneur que, de votre part, vous en fassiez l'usage que vous devez, et qu'il vous donne pour cela les dispositions qui vous sont nécessaires pour l'en glorifier. C'est votre espérance, ma chère fille, que d'aller posséder pleinement ce dont elle jouit présentement, et il me semble que tout ce siècle ne nous sollicite et ne nous presse d'autre chose. Que je suis aise qu'il paraisse ce qu'il est et qu'il fasse connaître entièrement ce qu'il peut produire et nous communiquer ! Il n'a que des épines pour nous inquiéter et pour nous avertir que le lieu du repos n'est pas en cette vie. Je ne vous puis celer que depuis quelque temps je soupire incessamment pour la vie future, et ne trouve celle-ci tolérable que parce qu'elle nous fournit matière de pénitence. Dieu nous fasse la grâce d'en faire cet usage pour le reste du temps qu'il me reste de vie. Il faut, ma chère fille, que tout ce que vous ressentez, et dehors et dans vous, hors l'esprit de la grâce, vous fasse gémir pour votre délivrance et l'établissement parfait de votre âme dans Dieu. Ces élévations vers Dieu, ces aliénations de vous-même, ces dégoûts du siècle et le dégagement de la vie sont les plus utiles effets de la sainte pénitence, et c'est ce que prétend surtout Notre- Seigneur de cette vertu. Ce qui nous sépare de nousmême et nous approche de Jésus-Christ est le bien véritable que doivent opérer en nous , à quoi doivent aboutir les exercices de l'esprit et du corps, et s'il fallait que l'un ou l'autre des exercices de piété fissent quelque autre effet en nous, il faudrait les quitter et n'en faire aucun compte, comme étant contraire au dessein principal de Jésus-Christ, qui dit n'être venu
que pour mettre la division en nous, et nous apprendre à renoncer à nous-mêmes.
Ma chère sœur, j'apprends que vous êtes incommodée de quelque toux et d'une chaleur de sang qui vous dessèche la poitrine; je serais bien aise pour cela que vous suspendissiez les exercices extérieurs de pénitence que je vous ai marqués, pendant ces deux mois de chaleur, acceptant par esprit de pénitence les incommodités de la saison et celle de votre infirmité naturelle.
Je souhaite si fort le jour de mon départ pour voir l'état de votre cœur et votre corps, qu'il me semble que ce sera toujours trop tard qu'il viendra.