LETTRE CLXXI
A M. l'abbé de QUEYLUS, A RODEZ (2).
II le presse de venir an pins tôt, lui parle encore du séminaire ft établir an Pny, et le prie de visiter à Moulins W^" de Portes, s'il revient par le Bourbonnais.
[Vers la mi-septembre 1650 (3).] Qui a Jésus a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
J'espérais toujours d'aller au Puy pour vous y joindre et, après avoir rendu nos petits services à Notre-Seigneur en son séminaire et nos devoirs en l'église de la très sainte Vierge, m'en revenir avec vous; mais la crainte que j'ai de ne me pouvoir débarrasser d'ici pour les besoins qui nous pressent d'y demeurer, m'oblige de vous prier instamment de ne plus différer, si votre loisir le permet, de visiter ces bons messieurs qui vous attendent avec instance, joints à M^*" du Puy, lequel est arrivé, il y a quelque temps, dans le dessein de faire l'établissement du séminaire et n'attend rien que vous pour l'achever. Vous verrez si toutes choses sont préparées et ce qu'il y aura à faire pour ne point manquer en cela à ce que Notre-Seigneur nous y peut demander en répondant à leurs bons sentiments (4).
Ensuite de quoi, mon cher Monsieur, revenez le plus
(1) Sur l'autographe.
(2) La lettre est adressée chez M. de Montamat, chanoine de Rodez.
(3) Cette date approximative est donnée par celle de la sortie de M.Pierre de Béget, qui quitta le séminaire de Saint-Sulpice le 31 août 1650 (voir la note de la page suivante).
(4) Le séminaire du Puy, comme on le verra plus loin, ne fut établi qu'en 1652. [Vie de M. Olier, t. III, p. 341.)
t6t que VOUS pourrez, car l'œuvre de Dieu le demande ici et a besoin de tous ses ouvriers. C'est le souhait commun de tous nos très chers frères. Vous ferez espérer à ces Messieurs que, quand nous pourrons leur donner quelques sujets, nous le ferons de tout notre cœur; mais le temps à présent ne nous le permet pas. La moisson par deçà est plus grande, que jamais et demande des ouvriers qui s'y emploient pleinement; et comme le bâtiment se finit, les ecclésiastiques se préparent en si grand nombre que nous aurons besoin de grands et nombreux sujets, pour y servir utilemen|; et satisfaire à -retendue des nécessités qui se présenteront.
Revenez donc, notre cher frère, et nous apportez, s'il vous plait, la bénédiction de notre sainte mère et maîtresse que vous visiterez, s'il vous plaît, en notre nom, et je vous en rendrai autant en ces quartiers. Rendez-lui actions de grâces de tous les biens qu'elle a faits à notre chétive maison et des protections singulières dont elle Thonore tous les jours. Priez-la qu'elle ne se lasse point de nos ingratitudes et lâchetés, et lui promettez qu'éternellement nous espérons l'honorer, la remercier et la glorifier dans le ciel.
11 y a dans le corps du chapitre un nombre d'excellents ouvriers, qui peuvent gouverner le séminaire en attendant que l'on y puisse tenir quelque sujet; il y a M. Béget l'alné, qui est homme de grand mérité et vertu (1). Il peut prendre, pour suivre la communauté,
(1) Marcellin de Béget, qui accompagna M. Olier dans ses missions d'Auvergne, devint prévôt du chapitre du Puy en 1654. Pierre de Béget, son frère, entra au séminaire de Saint- Sulpice étant déjà chanoine de la cathédrale du Puy, mais il en sortit le 31 août 1650, après six mois de séjour. — Florian Verdier entra au séminûre de Saint-Sulpice le 7 décembre 1646, étant déjà diacre. (Registre des entrées.)
M. Verdier, monsieur son frère qui sort de la maison, mais qui a peu fait, à cause du peu de temps qu'il y a séjourné, joint à sa disposition.
Enfin, mon frère, faites tout, mais revenez bientôtet que ce soit par la Bourgogne, car je crois que c'est le plus sur (1), sans cela je vous prierais, passant par le Bourbonnais, de voir à Moulins notre sœur de Portes, qui esta la Visitation, laquelle, nonobstant les dangers, si je puis et qu'on me le permette, j'irai la voir pour tâcher de lui faire faire quelque retraite et lui aider à mettre ordre à ce qu'elle désire (2). Notre-Seigneur me fasse accomplir ses desseins, s'il lui plait et que je sois fidèle à ses ordres. Vous lui demanderez, mon très cher frère, puisque je vous suis en lui tout ce que l'on peut être en son amour. Adieu, tout "vôtre.