‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 190 sur 326 · LETTRE CLXXII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXII

A MADAME TRO]!fSON, A PARIS.

Il lui trace la conduite qu'elle doit tenir dans les peines intérieures par lesquelles son âme est exercée, n répond à une conununicati on qu'elle lui avait faite au sujet de son fils Louis <4).

[Paris, ce 24 septembre ICaO.] Qui a Dieu a tout.

Madame et très honorée fille en Notre-Seigneur Jésus-Christ,

La retraite dans le Fils de Dieu doit être votre vertu

(1) En ce moment les troubles de la Fronde des princes agitaient plusieurs provinces ; mais la Bourgogne, dès la fin d'avril, avait été réduite à la soumission et n'offrait plus les mêmes dangers à cent qii! la traversaient.

(2) On ne voit pas que M. Olier ait pu faire ce voyage.

(3) Sur l'autographe.

- (4) La lettre suivante, qui porte en suscription l'abbé Tronson, fait assez connaître que la communication dont il s'agit était relative à Louis,

et votre force, et me semble que ce doit être votre exercice plus fréquent, dans le calme et le repos dont vousjouissez à présent. C'est sortir de Jésus-Christ que d'être dans la crainte que vous me proposez dans la vôtre, qui ne saisit jamais que les âmes seules et dépouillées des armes saintes que la foi et l'amour fournissent en Jésus-Christ.

Pour la pratique dont vous devez user dans le temps de vos peines j c'est, au moment que vous les voyez approcher, de vous livrer à Dieu en Jésus-Christ avec joie pour voir détruire en vous la vieille créature, vous estimant heureuse, au prix de quelque peine que ce soit, de voir anéantir et crucifier en votre âme tout ce qui est contraire à Dieu. Vous pouvez à ce sentiment de pénitence y joindre celui du sacrifice, témoignant à Dieu que vous serez ravie que son jugement commence par sa maison, et qu'il se glorifie dans l'anéantissement de cette victime qui ne doit point subsister en sa présence, non plus que toute créature. Estimez-vous heureuse de savoir que le saint jour du jugement détruira tout l'être présent, pour ne laisser paraître que Dieu seul en sa sainteté et sa gloire.

Pour ce qu'il vous plaît me mander de l'affaire de Fr^us (1), vous devez être en paix et monsieur votre fils qui. doit être passif en ce rencontre, laissant aller

le troisième des fils de M"* Tronson, lequel fut plus tard supérieur du séminaire de Saint-Sulpice. C'est lui qui dans la famille portait le titre d'abbé, tandis que son frère, Antoine, était connu sous le nom d'abbé de Saint-Antoine.

(1) Le siège épiscopal de Fréjus n'était pas Tacant en 1650, mais peutêtre fut-il alors question de transférer ailleurs M^' Pierre Camelin, qui recoupait. Du moins, la lettre de M. Olier à M°" Tronson, rapprochée de celle qu'il écrivit le lendemain à son fils, ne permet pas de douter que le projet d'élever celui-ci à la dignité épiscopale et de le nommer au siège de Fréjus, n'ait été un projet sérieux, quoiqu'il ne se soit pas réalisé.

les dhoses sans y porter empêchement. Je serai bien content si la Providence divine permet que la chose se fasse, espérant voir du fruit de sa promotion, pour la gloire de Dieu. Nous lui préparerons du monde avec joie pour le servir, et ce sera d'un grand cœur que nous lui sacrifierons ce que nous sommes pour son soulagement. Ce mot servira, s'il vous plaît, pour soulager la peine qu'il se donnerait de m'écrire. Aussi bien j'aurai l'honneur de le voir mardi ou mercredi, l'assurant comme vous que je ne manquerai d'offrir (à Dieu) ce dessein, étant du fils et de la mère, en Jésus et Marie, Madame, le très humble et très obéissant

serviteur.

Olier.

Madame, je vous prie de mander aux brodeurs qu'ils n'avancent point leur dessin , mais qu'Us travaillent au devis. Je vous prie de voir le satin, pour voir si c'est celui que vous avez vu chez le marchand. Il serait bon de faire faire un devis par un autre chasublier, car ceux-ci mettront tout à l'épargne et au plus léger.

LETTRE GLXXIII (1).

A M. l'abbé TRONSON, A ISSY (2).

n rencoarage et lai représente les motifs qu'il a d'espérer tout de Dieu, si la Providence permet qu'il soit élevé ft l'épiscopat.

[2S septembre 16S0.] Qui a Dieu a tout.

Monsieur, Je ne puis assez vous témoigner la joie que je ressens

(1) Sur l'autograpte.

(2) Antoine de Sève, abbé de l'Isle-en-Barrois et frère de M"^ Tronson,

en mon cœur de la chose dont vous m'écrivez, qui vous doit étonner sans doute et vous donner les craintes que vous ressentez en vous-même. L'esprit de Dieu en fait autant en tous les sujets qu'il appelle à cette sainte et effroyable dignité. Mais comme il est l'instituteur de la chose, il est le protecteur de ceux qu'il y appelle. Il trouve tous les sujets de l'Église incapables, indignes et très impurs pour ce saint ministère; mais, en sa grâce et sa vertu, il forme des dispensateurs de ses mystères qu'il applique avec plaisir à tous les emplois de son oeuvre et les sanctifie eux-mêmes dans leur fidéhté.

Il vous suffit. Monsieur, de savoir ce qu'est Dieu et Jésus-Christ en son Église, et quel plaisir il prend de remplir ses ministres de l'abondance de son esprit pour la sanctification de ses peuples. Contentez- vous de renoncer à la suggestion maligne, vous laissant à la puissance du Fils de Dieu qui règne en ses ministres : Secundum potentiam charitatis suss, comme le dit saint Paul. Si ces éminentes grandeurs sont attaquées des vents et des orages des démons, celui qui les tient sous ses pieds, qui protège et soutient ses puissances, s'en joue et s'en moque dans eux. Omnia possum in eo qui me confortât. On peut tout en JésuSrChrist qui veut avoir la gloire de triompher de ses plus puissants ennemis sous des sujets les plus infirmes, et ne veut pas, souvent, les délivrer, non plus que l'apôtre saint Paul, dans leurs gémissements et leurs clameurs, les assu-

possédait alors à Issy la maîsoa qui devint bientôt après, et est encore aujourd'hui, la maison de campagne du séminaire de Saint-Sulpice. 11 y attirait de grand cœur sa sœur, ses neveux et M. Olier lui-même, qui y passait quelquefois un temps assez notable, soit pour prendre du repos, soit pour prier et pour travailler plus à l'aise dans la soUtude.

rant que sa divine grâce est suffisante pour résister aux efforts de leur tentation. Sufficit tibi gratta mea.

Pourvu, mon cher Monsieur, que vous n'oubliiez point ce que vous êtes et ce que Jésus-Christ vous veut être, vous ne sauriez manquer. Soyez en abandon parfait à Dieu, pour être ce qu'il veut, et non point autre chose, étant bien assuré qu'il ne permettra pas, en cette disposition, qu'il soit fait de votre personne que ce qu'il aura destiné de vous de toute éternité. Laissez aller les choses extérieures sans vous en mêler autrement que devant Dieu, qui les fait mouvoir comme il lui plait dans ses intentions, quoique souvent les instruments qu'il emploie ne soient pas animés des motifs les plus purs de son œuvre i Si Dieu a dirigé la malice des juifs pour le salut de tout le monde en la mort de son Fils, quel bien ne peut-il procurer à l'Église et permettre qui s'avance tous les jours, par les intentions honnêtes et légitimes de vos parents qui s'y emploient? Il faut tout laisser au grand Tout et le prier qu'il fasse toutes choses pour sa plus grande gloire, à laquelle vous vous consacrerez de nouveau, pour laquelle vous me permettrez que je me dicj Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur en Notre-Seigneur.

Olier, curé très indigne de Saint-Sulpice.

Ce 25 septembre 16S0.

LETTRE CLXXIV (Ij.

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