‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 202 sur 326 · LETTRE CLXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXVIII

A M. l'abbé TRONSOn/a GOBBEIL (2).

D le râssare an sojet d'une inqaiétnde qni l'agitait et l'exhorte à tenir son Ame en paix, se déOantde tonte pensée et de tout monvement qui porte trônMé et séclieresse avec soi.

Avril ou mai 1651. , , Qui a Jésus a tout.

Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,

Vous devez être hors de peine sur la difficulté que vous me faites dans la vôtre; ce n'est qu'une chicane de l'esprit malin pour vous trouhler et vous désappliquer de Dieu en son ouvrage. Soyez rempli de l'Époux et du Tout en votre intérieur, et le malin ne trouvera point lieu d'entrer dans votre esprit. Ce divin Seigneur doit être votre plénitude et votre tout, en toutes choses. 11 doit être opérant uniquement en vous et par vous l'œuvre saint de son père. Videz- vous hien de vous, puisque les propres opérations de votre esprit et de votre volonté empêchent que l'Époux ne remplisse le Tout; et en ce vide de lui, où le malin prétend son droit, il fait tout son possible pour avancer et pénétrer plus avant, en vous amusant inutilement et vous détournant de l'adorable Tout qui doit remplir le tout

(t) Sur l'autographe.

(2) On a déjà vu que par l'abbé Tronson il faut enleudre Louis et non Antoine, comme l'a pensé l'auteur delà Vie de M. Oliei'{l. II, p. 558). Voici l'occasion de celte lettre. Pendant le carême de 1651, le P. Eudes prêcha une grande mission à Sainl-Sulpice, après laquelle M"* Tronson pria le saint missionnaire d'en prêcher une dans ses terres, au Péray. Dans le même temps M. Olier en fit aussi prêcher une à Corbeil, dont le Péray est très voisin et en donna la conduite à M. Louis Tronson.

de votre esprit et toutes les capacités de votre àme.

Mon cher Monsieur, je demandai moi-même les grâces pour les prêtres qui allaient avec vous, et M. de S*** (1) me les accorda toutes entières ; et si l'on ne fait mention que de vous en la permission par écrit, c'est qu'on vous considère en cela comme chef de cette mission, qui n'exclut point vos membres, qui au contraire sont renfermés en vous.

Je prie Notre- Seigneur de vous remplir de toutes les bénédictions nécessaires à ce divin emploi où il daigne vous appeler. Notre-Seigneur en vous est mieux reçu à Corbeil qu'il ne le fut en Jérusalem en sa propre personne. Bienheureux si vous pouviez être crucifié comme lui. Et si vous n'êtes pas digne de cet honneur, anéantissez-vous en sa présence, et offrez au moins votre intérieur, afin qu'il soit crucifié, mort et enseveli en lui-même pour ne voir plus renaître rien de vous-même en vous, et ne porter dorénavant que ce divin Époux ressuscité qui ne veut plus mourir en soi, ni en ceux qu'il anime de sa vie divine.

Mon fils, laissez et méprisez toutes les choses qui entrent en vous avec peine et opèrent le trouble. Aimez l'onction de Jésus, et vous ne pourrez aimer ni souffrir les choses qui viennent en la sécheresse de l'esprit propre, en la peine de l'esprit malin, et la grossièreté de l'esprit du monde.

Tout ce qui ne vient point en la paix, l'humiliation et sanctification de notre esprit à Dieu, n'a pas la marque de l'opération divine qui anéantit et humiheen paix, qui applique en suavité à Dieu et déUvre l'âme

(1) Vraisemblablement M. André du Saussay qui, quoique nommé à l'évêchéde Toul en 1648, n'avait pas encore quitté Paris ni ses fonctions de grand vicaire de MsrJeau- François de Gondy.

de tout retour embarrassé sur soi et sur les créatures; l'Esprit est opérant en séparation de la créature. Aspirez à la netteté et la simplicité de l'esprit qui seule vous préparera à l'uniou, la jouissance et la possession paisible de Dieu qui veut vivre en un fond qui soit toujours en paix et en repos, ne voulant point être troublé, ému et agité en son royaume et dans le trône majestueux de sa grandeur qui est l'àme des siens. SedesDei anima justi. Je suis en charité, tout vôtre.

Oliër.

LETTRE GLXXXIX (1).

A MADAME TRONSON, A PARIS

Après qaelqnes mots d'afTalres, il l'exborte ft éviter les retours inqaiets sar son intériear et à n'arrêter sa pensée que sur Dieu. II la console cependant par cette considération qulcî-bas rnomine est réduit à Famonr pénitent et qu'il faut attendre le ciel pour louir de l'amour sans douleur.

[Paris, fin mai i6Sl.]

Quia Jésus atout.

Ma très honorée fille,

Je ne puis m'empêcher de vous répondre par écrit, n'ayant pu avoir le bien de vous rencontrer chez vous, pour vous dire ce que j'ai confié à votre laquais et vous assurer que je déférerai à votre billet, selon ce qu'il vous plaît de m'y prescrire. J'attendrai votre carrosse à six heures pour me rendre à la dévotion de nos Messieurs (2); après quoi y ayant satisfait ,vous

(1) Sur l'autographe.

(2) Tout porte à croire que celte lettre , qui est certainement du mois de mai 1651, parle, sous lé nom de dévotion, du pèlerinage de Notre- Dame des Vertus que le séminaire faisait tous les ans, le mardi de la

permettrez que j'aie, le bien de voir M""* la coadjutrice, et puis je me rendrai ici pour midi, étant obligé d'accompagner à trois heures M. le lieutenant civil (1) à la visite de M"V sa. fille qui est entrée aux Carmélites;, ce qu'il me fil le bien de me faire savoir hier, ce qui me détourna du Salut.

Ma très chère fille, que Dieu soit béni de tout et qu'il dispose , s'il lui plaît, de tous nos moments et nos jours, et pour sa gloire, et qu'il les emploie sans intervalle à son service et son amour. Il faut que nos jours rendent hommage à la perpétuité de sa dilection et que nous n'ayons aucun relâche en nos devoirs et nos services. Ma chère fille, allons sérieusement à l'amour qui nous transfère en Jésus-Christ et nous sépare de nous-mêmes. Qu'il nous mette en oubli total de tout nous-mêmes. Que Jésus soit le tout de notre amour et notre cœur, qui nous remplisse tellement qu'il ne nous laisse aucun vide capable d'être occupé d'aucune créature ni de nous-mêmes. amour, que vous faites d'effets divins dans les âmes qui vous possèdent et que vous animez de vous ! Que faisons-nous en nous amusant sur nous-mêmes ?

Ma fille, pour l'amour de Jésus, unique objet des cœurs , ne détournez point les yeux de sur celui qui ne les a jamais détachés de sur vous de toute l'éternité. ma fille, si Dieu vous prépare cet objet dans le ciel, pourquoi ne vous suffit-il pas en la terre ? Vos yeux

Pentecôte : ce jour tombait le 30 mai, en 165f . M. Olier pouvait aisément de six heures à midi se rendre àÂubervillierset enrevenant voir M""^ Françoise de Lorraine, coadjutrice de l'abbesse de Montmartre.

(1) Le lieutenant civil était M. Dreux d'Aubray, beau-frère de M. Olier. Sa ûUe, entrée en 1651 aux Carmélites, y fit profession sous le nom de Marie de Jésus-Christ et y persévéra jusqu'à sa mort, qui eut lieu' en

ont été consacrés à la contemplation de cet objet divin dès le moment de votre saint baptême et vous les appliquez à vous, à vos peines, comme si c'était l'objet unique auquel vous fussiez destinée. Que vous sauraient servir tous ces retours que pour satisfaire l'amourpropre, en l'affligeant et nourrissant sa tristesse et sa mélancolie? Vous n'aurez jamais la joie et la paix de votre cœur qu'en l'application unique à Jésus et en l'oubli parfait de tout vous-même. C'est votre tout

obligé et obéissant.

Olier.

Je vous prie de faire une"bonne excuse à monsieur votre fils, l'abbé, de ce que je ne lui fais réponse en répondant à sa très chère mère; j'ai fait le plus pressé. Il me témoigne être touché et satisfait de ma dernière. La diversité des mets en un festin corrompt l'estomac et empêche la digestion. Je suis bien aise de pouvoir m'entretenir avec celle que je ne puis, selon mes obligations, assez inviter à l'amour de Jésus et de laquelle je ne puis avoir que de très faibles soins pour ceux qu'elle mérite. Mon Dieu, ma fille, que votre âme est chère au saint amour î que vous lui avez côtelé de soupirs et de larmes! Ne vous étonnez pas des vôtres, ni de celles que vous lui rendez^ pressée par le saint empressement d'une charité angoissée et désolée. Votre repos doit être que l'amour pur est résidant dedans les peines, depuis l'état pénitent où. nous sommes réduits par le péché. Attendez à jouir d'un amour paisible, doux et gracieux dedans le ciel, où est le règne de l'innocence et de la véritable participation de la félicité de Dieu. Je suis encore en lui tout vôtre^ ma chère fille.

Gomme vous avez désiré que j'agisse selon les saints ordres de Dieu et les instincts de son amour sur votre âme , j'agis en vous obéissant et suivant mon devoir dedans sa dépendance, pour vous témoigner ce qu'il vous est et demande de vous.

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