PROBABLEMENT A M. PICOTÉ
Il lui parle de W^' Tronson et de la désolation où elle est, Dieu permettant qu'elle soit privée de l'onction intérieure et extérieure tout ensemble, il lui rend compte des sentiments qu'il a éprouvés dans la fête de saint Bonaventnre.
[Issy,14juilleH6Sl(3).]
Monsieur,
J'aurais pu avancer mon voyage , si je n'avais été engagé à M™" Tronson. Cette bonne veuve est fort désolée et abattue tant de corps que d'esprit, et elle me fait compassion. Tout ce que je puis, est de lui donner quelques remèdes intérieurs, encore en petit nombre; Notre-Seigneur ne me donnant pas la plénitude de l'onction et de la grâce qui me serait nécessaire pour son soulagement et sa consolation. Et c'est là une de ses peines assez sensible, parce qu'elle croit que Dieu la veut délaisser, lui retirant l'onction intérieure et extérieure tout ensemble. Cet état est fort pénible , et une âme qui y est réduite, est digne de compassion. Je lui donnerai un jour ou deux pour lui faire la cbarité que son état demande, en attendant que Dieu use de moi envers elle en la manière qu'il voudra. Il faut ,
(1) C'est la CLXXyiie des imprimées dans laquelle l'éditeur de 16"2 fit entrer un fragment sur la manière de célébrer la fête des saints qui était tiré d'une autre lettre de M. Olier.
(2) Le ton de la lettre, surtout dans la seconde moitié, indique assez que M. Olier l'adressait à son directeur. La première |)arlie, où il est parlé des peines intérieures de M™« Tronson, confirme cette supposition^ car M. Picoté connaissait à fond cette pieuse dame dont il parait qu'il avait la conduite en l'absence de M. Olier.
(3) Le 14 juillet est la fêle de saint Bonaventure.)
quoiqu'il en soit, être à la grâce, et demeurer en elle. Il faut vivre de l'Esprit, et marcher seulement par Esprit. Car tout ce qui n'est pas purement de lui, et que nous voulons mêler de notre art et de notre invention, demeure inutile et sans fruité Priez pour elle.
Je vous écris le jôiir de saint Bonavehture,dont jeme suis trouvé bien rempli intérieurement. Je" prie Notre- Seigneur que la vertu et l'impression de son esprit se soit formée en moi, selon les désirs de la très sainte Vierge, envers laquelle il était fort dévot. Pendant le temps que j'expérimentais ce bonheur, je désirais d'être en lui ce qu'il était à Dieu, à Jésus et à sa sainte Mère , et d'être à l'Église ce qu'il était en esprit soit à l'égard du clergé, soit des réguliers, pour lesquels il avait un grand amour. C'était un saint bien accompli et parfait en tout^ Tout Jésus-Christ était formé admirablement en son intérieur. Je demande, en toute humilité, une miette des grands festins qu'il faisait en son bon Maitre.
LETTRE GXCÏV (1).
A UNE DE SES FILLES SPIRITUELLES (2)
n lai parle de la manière de s'occuper utilement en la fête des saints.
[Vers la même époque (3).]
Ma très chère fille.
Ce serait une chose bien sainte pour vous, et que
(1) C'est un fragment de la précédente que Téditeur de 1672 y avait joint à raison de la similitude des matières traitées, la dévotion envers les saints, et aussi peut-être parce que chaque lettre eût été un peu courte. Mais il est aisé de voir que M. Olier, dans cette partie, ne parle plus à la même personne.
(2 et 3) Probablement W^^ de Saujon avec laquelle M, Olier était alors
je souhaiterais fort pour votre âme, que, dans les jours des saints, votre cœur s'ouvrit à eux, afin que vous fussiez en communion avec eux de leur dévotion , et de leur vie intérieure et divine. Ne savez- vous, pas qu'après la jouissance de Dieu en Jésus-Christ, la communion des saints est le plus grand bonheur que l'on puisse posséder dans le ciel, et que Dieu veut bien que les siens commencent cette communion sur la terre? Qu'il est doux, pendant le cours de l'année, d'aller se plonger de saint en saint, dans ces douces et heureuses fontaines de grâce!
Que c'est une chose sainte de goûter en chacun leur esprit et leur vie, d'entrer en leurs opérations intérieures, et dans leur occupation envers Dieu, envers Jésus, envers Marie et envers tous les saints , et d'entrer dans tous les devoirs de sainteté qu'ils rendent à Dieu, et dans tous les actes de piété qu'ils exercent envers l'Église! Je vous appelle là, en attendant que je vous en sollicite de vive voix, ce qui m'est une consolation non pareille. Toutes les choses que je vous dirai me seront autant d'exhortations pour moi-même. Car je me sens toujours le premier appelé à ce que je vous demande : et il me semble que je n*ai point fait mon devoir, ni satisfait à toute mon obligation, quand vous n'êtes pas participante en esprit de ce que je dois à Dieu et à son Église.
en rapports journaliers. La dernière phrase surtout convient parfaitement à cette dame.
— La date assignée n'est qu'approximative et peut être antérieure de ^elques mois à la date réelle.