‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 207 sur 326 · LETTRE CXCV · texte numérisé non relu

LETTRE CXCV

En attendant qnil paisse Fentretenir de vive voix 11 lui soaliaite d'être anéantie en elle-même et revêtue de Sësas-Glirist.

[De Paris, 17 juillet 16S1 (2).] Qui a Jésus a tout.

Ma très chère et très honorée fille en Notre- Seigneur,

Je vous remercie des bontés que vous avez de nous écrire et nous faire savoir de votre intérieur, pour lequel je ne cesserai point de prier afin qu'il plaise à Dieu vous faire la grâce de vous fortifier, pour faire le saint usage qu'il vous demande dans vos peines. "Vous m'en direz mercredi le détail à loisir, ne voyant pas que personne doive venir que vous , qui puisse vous dérober le temps que vous me demandez (3). Soyez en attendant anéantie devant Dieu avec saint Alexis, et priez la bonté de Dieu qu'il consomme et absorbe en lui ce qui peut être propre en vous, et qui peut donner lieu au malin de vous faire la guerre. Jésus revête, s'il lui plait, votre fond et qu'il

(1) Sur l'autographe.

(2) C'est le jour de la fête de saint Alexis, dont M. Olierpropose l'exemple à M^ie Tronson : celte fête, en 1651, tombait un lundi.

(3) Les Mémoires de M. Olier parlent de cet entrelien sous la date du 19 juillet 1651, et nous apprennent qu'il eut pour objet de calmer la trop grande application que cette bonne mère donnait aux affaires de sa famille, ce qui l'empêciiait d'user parfaitement des grâces de choix que Notre-Seigueur lui faisait.

ne laisse aucun accès à sa malignité pour troubler votre paix et votre joie.

Je suis en Notre-Seigneur et maître, ma très chère fille, votre très humble et très obéissant serviteur.

Oliër.

LETTRE GXGVI (1).

Il l'Invite à s'anir à la vie de Jésus en Marie, et pour l'y aider il loi en expose la nature, l'excellence, les avantages qui surpassent tout ce qu'on peut concevoir ici-bas de plus glorieux, de plus solide et de plus doux.

[Vers le 16 juillet 1651 (3).l

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère et très honorée fille.

Voyant l'obligation particulière, où Dieu vous met d'honorer la vie de Jésus en Marie, et que vous croissez tous les jours dans le désir de vous consacrer à ce divin mystère, pour l'adorer, et pour lui rendre

(1) C'est la LXXVII* des imprimées.

(2) Cette phrase du deruier alinéa : « Souvenez-vous qu'en toute la cour où vous êtes » ne laisse pas de doute sur la personne à qui cette lettre fut écrite.

(3) Depuis quelque temps déjà M. Olier se sentait attiré à honorer le mystère de Jésus-Christ vivant en Marie ; il y avait été invité par la sainte Vierge elle-même au mois d'octobre 1649 ; mais en 1651 , et surtout depuis qu'il eut M™^ de Saujon sous sa conduite, il reçut de nouvelles lumières sur ce mystère. « Que le mystère de Jésus en Marie est incompréhensible ! « écrivait-il le 16 juillet de cette année. Ce sera bien de cette commu- « nion qu'il sera vrai de dire que seulement au jour du jugement on en- « tendra l'unité de leur être, comme l'expression parfaite de l'unité du « Père et du Fils. » Ce passage des Mémoires et quelques autres qui suivent, rapprochés de la lettre à M™" de Saujon, font présumer que les deux écrits sont de la même époque.

tous les devoirs de votre religion, je dois vous aider en cela, vous déclarant les sentiments que j'ai de cette piété et l'estime singulière que vous en devez faire.

Jésus-Christ, pour avoir sacrifié sa vie humaine à Dieu son Père , a reçu de lui ce privilège d'être dans l'Église une source de vie divine, dont il porte en soi la plénitude, pour en rendre participants tous ses enfants. C'est pourquoi le Saint-Esprit, dans l'Écriture sainte, fait entendre à tous les chrétiens qui sont les membres de Jésus-Christ, qu'ils ont reçu la grâce de vivre de cette première plénitude, et qu'ils n'ont rien en eux de la vie de Dieu, que ce qu'ils en reçoivent de Jésus-Christ, et selon la mesure qu'il la leur veut dispenser, et les en rendre participants. Et l'apôtre saint Paul prêchant toujours la vie de son Maître, et annonçant ce que Jésus-Christ est à l'Église , il dit en plusieurs lieux que Jésus est la plénitude non seulement de la loi, mais de toute l'Église, soit dans la terre, soit dans le ciel : car il remplit tout seul de sa grâce et de, sa gloire tous les justes et tous les saints. Il est en eux toute leur vie, leur grâce et leur vertu ; il est en eux tout ce qu'ils ont de Dieu , lequel est en Jésus le tout en toutes choses, consommant en soi toute sa créature.

Ce qu'est Notre-Seigneur à son Église, il l'est par excellence à sa très sainte Mère. Ainsi il est sa plénitude intérieure et divine : et comme il s'est sacrifié plus particulièrement pour elle que pour toute l'Église, il lui donne la vie de Dieu plus abondamment qu'à toute l'Église ; et il la lui donne même par gratitude, et en reconnaissance de la vie qu'il a reçue d'elle. Car comme il promet à tous ses membres de leur rendre le centuple de ce qu'il aura reçu de leur charité en

la terre, il veut aussi rendre à sa Mère, le centuple de la vie humaine , qu'il a reçue de son amour et de sa piété ; et ce centuple est la vie divine infiniment précieuse et estimable. Et comme elle a tenu sur lui la qualité de Père et de Mère tout ensemble, lui fournissant toute la substance de sa vie, Jésus est maintenant en elle, lui donnant toute la plénitude et la surabondance de vie convenable à un si vaste sujet d'amour, et à une capacité si grande de sa dUection et de sa vie divine.

Il faut donc considérer Jésus-Christ notre Tout vivant en la très sainte Vierge, en la plénitude de la vie de Dieu, tant de celle qu'il a reçue de son Père, que de celle qu'il a acquise et méritée aux hommes par le ministère de la vie de sa Mère. C'est en elle, où il fait voir tous les trésors de ses richesses , l'éclat de sa beauté et les délices de sa vie divine. C'est là où l'on voit en raccourci la gloire que ses ignominies ont attirée sur l'Église, toute la joie et la félicité qu'il lui a acquise par ses souffrances, et toutes les richesses qu'il nous a méritées par la misère et par la pauvreté de la croix.

Là Jésus-Christ triomphe en ses dons ; là il est glorieux du chef-d'œuvre qu'il fait : là il est en sa joie, et en la couche des délices qu'il s'est acquise, et qu'il s'est préparée. séjour adorable que celui de Jésus en Marie! secret digne du silence! mystère profond digne d'adoration ! commerce incompréhensible ! société de Jésus et de Marie inaccessible aux yeux de toute créature ! Si les anges, selon saint Paul, ne peuvent voir ni contempler la résidence, la communion et le mystère de la société spirituelle de Jésus avec son Église ; si Jésus même dit aux apôtres qu'ils

n'entendront que dans le ciel sa demeure en eux, et leur résidence réciproque en lui, qui seront ceux qui pourront voir cette demeure, cette habitation céleste et divine de Jésus en Marie et de Marie en Jésus? Cette demeure est semblable à celle de Jésus en Dieu son Père, et de son Père en lui. Comme je suis, dit-il, en mon Père, et mon Père est en moi, de même vous êtes en moi et je suis en vous. S'il dit cela de l'âme des fidèles, et de tout le commun de l'Église universelle, combien plus le doit-on dire de sa divine Mère, qui surpasse autant le reste de l'Église, que la lumière du soleil surpasse celle de tous les astres!

Sachez, ma très chère et très honorée fille, que vous ne pouvez avoir en partage un mystère à adorer plus glorieux à Dieu, plus agréable à Jésus-Christ, plus utile et plus précieux à votre état. Souvenez-vous qu'en toute la cour où vous êtes , tout ce que vous pourriez recevoir d'honneurs et de biens est si bas, si vil et si abject, que ce n'est rien qu'une faible figure, auprès de cet auguste et ce solide mystère, et auprès de cet honneur sublime que Dieu vous fait de vous y appliquer. Qu'y a-t-il de plus doux et de plus agréable à Jésus-Christ, que de l'aller chercher dans le lieu de ses délices, sur ce trône de grâce, au milieu de cette adorable fournaise du saint amour pour le bien de tous les hommes? Quelle source plus abondante de grâce et de vie , que ce lieu où habite Jésus comme en la source de la vie des hommes, et en la mère nourrice de toute son Église? Allons ensemble jouir de ce bonheur, et profiter des ouvertures que son amour nous y donne.

LETTRE CXGVII (1).

A UNE DAME QU'iL DIRIGEAIT (2).

n l'exhorte à faire on continael progris dans le saint amonr.

[Issy, le 20 juillet 1651 (3).]

Ma très chère et très honorée fille,

La nature se lasse quelquefois dans sa joie et s'ennuie de son plaisir, mais la charité ne dit jamais c'est assez : elle se fortifie, se renouvelle et s'augmente en la possession de ce qu'elle aime. Quelle joie à Jésus vivant et conversant avec sa Mère dans le monde ! Quelle consolation de voir la complaisance de son Père sur leurs entretiens, et le feu de l'Esprit divin opérant toujours par eux de nouveaux effets d'amour et de grâce ! Un jour défiait l'autre en l'exercice de l'amour, et le premier se voyait toujours surmonté par le second. Ils allaient toujours croissant en grâce, en sagesse devant Dieu et devant les hommes. C'est là le modèle parfait du saint amour, qui fait ce même effet dans les cœurs abandonnés au Saint-Esprit.

Notre-Seigneur Jésus-Christ vit sur la terre dans les âmes, et prend accroissement en elles selon les opérations de sa grâce, comme il faisait autrefois conver-

(1) C'est la XLIV des imprimées.

(2) Probablement MP^' de Saujon à qui, dans la lettre précédente, il avait longuement parlé de la vie de Jésus en Marie, et avec laquelle il entretenait, dans l'été de 1651, une correspondance très suivie.

(3) Le 20 juillet est le Jour où il est fait mémoire de l'enlèvement du prophète Élie. M. Olier était alors à Issy où ses promenades dans le jardin et le parc de l'abbé de Sève, lui permettaient de contempler chaque soir le coucher du soleil.

sant en son enfance avec sa Mère, et il continue en nous sa vie intérieure quand nous sommes à lui uniquement. Ce qu'il a commencé en soi, il le continue dans son Église; en sorte que la vie divine qu'il lui communique et qui est si glorieuse à Dieu son Père, n'aura jamais de fin dans l'éternité. Il désire que toute la terre soit pleine de son feu, et il ne l'a envoyé icibas qu'afin qu'il dévore le monde. Ne voulez-vous pas vous laisser consommer à l'amour? Je vous y eusse invitée dès hier matin, m'y trouvant porté par la charité de Jésus-Christ qui me presse; mais me ressouvenant que je vous avais donné assez de sujet et de matière pour vous appliquer et vous renouveler en l'amour de Marie envers Jésus, je voulus vous laisser le loisir de tout lire, remettante aujourd'hui à vous exciter à faire un progrès continuel dans le saint amour.

Me promenant hier au soir et voyant coucher le soleil, je considérais combien de pas avait fait ce grand astre, visitant tout le monde en un jour; et je disais en moi-même : Quelle joie serait-ce à une âme qui aurait fait de pareilles démarches en l'amour divin ! oh qu'elle se coucherait avec grande douceur et consolation, si elle s'était avancée et acquittée de son devoir comme lui!

Nous avons en nous l'Esprit de Dieu et Jésus^Christ même, qui est comparé au soleil et nommé uù%éknt; dont les pas et les démarches sont du ciel en la tërte et de la terre au ciel. Et n'est-il pas étrange (^é nous arrêtions sa vertu, et que nous l'empêchions d'avancer en ses voies? Au nom de Dieu n'arrêtez pas d'un moment la course de son Esprit, et la vitesse avec laquelle il voudrait emporter votre âme . Dites-lui que s'il est géant, comme vous le croyez , qu'il vous enlève sur

ses bras et vous emporte avec lui. Dites-lui que vous êtes un enfant faible et petit qui ne peut pas avancer comme il fait; mais que, s'il veut vous faire la grâce de vous élever en sa force, et de vous porter en son sein, vous marcherez comme lui à grands pas, vous avancerez toujours dans la vitesse de votre course, vous arriverezheureusement avec lui. Je vous laisse en ce saint sentiment, que vous trouverez conforme à celui de Notre-Seigneur, qui, excitant à toute heure l'Église, lui dit, qu'elle se lève, et qu'elle avance promptement sans chercher du repos en ses voies, lesqueUes sont toutes en paix et en consolation au milieu de leur vitesse et de leur rapidité.

Il n'y a rien de plus doux ni qui donne plus de repos, de joie et de consolation à l'âme, que d'être ravie hors de soi-même par Jésus-Christ et par son divin Esprit; qui n'a pas besoin pour cela du char ardent d'Élie, dont nous honorons aujourd'hui la mémoire, mais qui par sa seule puissance nous élève de la terre dans le ciel, et du fond de nous-mêmes nous transporte dans le sein de Dieu. Je serais infidèle à Jésus votre Époux, si je ne pressais incessamment votre âme pour l'empêcher de se reposer un seul moment sur elle-même. C'est l'unique appréhension de l'amant, qui veut que son amante s'appuie et se repose sur lui seul, selon les termes de l'Écriture qui dit que l'Église, Épouse de Jésus-Christ, s' élevant au ciel, est appuyée sur son bien-aimé.

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