‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 219 sur 326 · RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE

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LETTRES

LETTRE CCVIII (1).

Quand Dien aime beaaconp nne âme il l'oblige & l'abnégation -nni- Terselie de tontes les choses créées et d'eUe-méme ; il ne Ini permet de se satisfaire qu'en loi (2}.

[Novembre IGSIJ Jésns vous consomme en Marie.

Louez Dieu et bénissez sa bonté et sa miséricorde sur vous, ma très chère fille , d'être attaché comme il est à votre amour, ne voulant point démordre de ses poursuites et de ses soins, pour vous avoir entièrement en lui. Il est si jaloux de la pureté de votre cœur, qu'il ne veut pas qu'il se relâche en rien, et qu'il ait le loisir de vivre en la satisfaction de ce qu'il recherche et de la créature en laquelle il voudrait bien se reposer. C'est la condition du cœur humain de

(1) Sur l'autographe,

(2) Cette lettre, comme on le voit par le dernier alinéa, était destinée à occuper M'"^ Tronson pendant la retraite qu'elle allait faire; aussi M. Olier y expose-t-il les grands principes de l'abnégation chrétienne dans une forme plus doctrinale qu'il ne le fait ordinairement dans sa correspondance. . ^

s'appuyer dessus l'être créé, et Dieu, qui veut avoir à lui seul ce trésor qu'il a acquis si chèrement, il ne veut pas que rien le possède, ni aussi qu'il se satisfasse en quoi que ce soit qu'en lui tout seul.

Dieu a fort peu d'amour pour l'âme qu'il laisse à l'aveugle désir de son contentement et son repos grossier ; il est cruel à celle qu'il traite de la sorte, et il est charitable, selon son ordinaire, pour les âmes qu'il oblige à l'abnégation universelle de toutes choses et d'elles-mêmes, pour être en état de posséder parfaite^ ment leur unique bonheur, qui est leur Dieu, en Jésus-Christ son Fils, et son unique Mère.

C'est là, ma fille, où il vous est loisible de posséder toutes choses sans jalousie de votre Dieu ; c'est là où vous pouvez jouir de tout ce qui est saint parfaitement en l'Église. C'est aussi cela seul que Dieu permet que vous possédiez en ce monde comme au ciel , à savoir, tout l'être consommé en Jésus-Christ qui porte en soi tout l'être de sainteté de son Église. Tout ce qu'on prétend posséder autrement souille le cœur humain; tout ce qu'on n'a pas avec ce discernement et cette séparation est à charge et embarras pour l'âme; enfin tout ce qu'on aime autrement que dans le ciel et tout ce à quoi l'esprit est uni en la terre autrement qu'en la pure et divine charité, il faut l'éteindre et lé détruire. L'âme (1) n'a pas le droit d'aimer, c'est à l'es-

(1) A l'exemple des auteurs qui traitent des voies intérieures, M. Olier distingue dans l'âme humaine la partie inférieure, siège des affections sensibles et des mouvements de la concupiscence, et la partie supérieure ou spirituelle, siège de la foi, de la grâce et de toute la vie surnaturelle. Il appelle dme la partie inférieure et esprit la partie supérieure, se conformant en cela au langage du grand Apôtre qui use assez souvent de ces deux expressions dans le même sens. Sermo Dei, dit-il dans l'épitre aux Hébreux (iv, 12), penetrabilior omni gladio ancipitiet pertingens

prit seul à le faire. L'âme ne peut aimer qu'en la chair et par le sentiment; il faut qu'il meure dans le chrétien. 11 faut être adoratrice en esprit et vérité, et amatrice tout de même; ce que l'esprit pur ne fait pas doit être très suspect d'amour-propre et doit, par conséquent, être détruit et anéanti.

C'est à Dieu à le faire, et il est de son soin de le faire, qui seul peut séparer et distinguer l'esprit d'avec l'àme. La bonté infinie de Dieu permet que l'âme souffre dans l'amour imparfait pour se détacher elle-même par son propre intérêt. Dieu laisse exprès la géhenne à l'âme qui aime humainement, quoique pourtant innocemment, pour la porter au pur et saint amour, au même amour du ciel, afin qu'elle se résolve à le détruire, ou qu'elle souffre Dieu le détruire dans elle par les voies admirables de sa sagesse et sa puissance.

Soyez donc , ma fille , en paix dessous le pressoir de l'amour de Jésus, soyez en paix en votre peine comme l'âme du purgatoire que le feu de la tribulation purifie , et attendez avec joie et dans l'esprit de justice le moment de votre liberté; ce sera celui de votre pureté et qui vous donnera l'entrée au royaume de Dieu; ce sera le commencement de votre consolation et de votre repos qui sera tout autant avancé que votre

usque ad divisionem animx ac spiritus. C'est-à-dire, commel'interprète Picquigny, « distingueas cogitationes et motus anirnse seu partis anima- « lis, a cogitationibus et actibus spiritus seu partis spiritualis ». C'est dans ce sens que M. Olier a pu dire que l'âme n'a pas le droit d'aimer. La. partie inférieure, en effet, n'ayant pas été régénérée par le baptême et n'étant pas le siège de la charité, n'est pas capable de produire des actes de cette vertu; tout ce qu'elle fait est même suspect d'amour-propre, et quiconque est désireux de s'affermir dans l'amour de Dieu, de faire des progrès dans la perfection, doit travailler à éteindre, c'est-à-dire à mortifier l'amour sensible, parce que c'est toujours un amour humain et sans mérite, quoiqu'il puisse éffc innocent.

abnégation sera prête. Résolvez-vous une bonne fois à cette abnégation de toutes choses; liez-vous à Jésus, unissez-vous à lui, vivez de lui, vivez en lui, vivez par lui à Dieu uniquement. Si une fois votre esprit est entré pleinement en ce centre d'amour et de sainteté, vous vous trouverez déliée de tout, libre de tout, se- , parée de tout; mais aussi unie au Tout, jouissante de tout, et possédant en éminence toutes choses, autant que vous embrasserez Jésus avec ferveur et complaisance.

Je vous laisse à ce Tout, et ne vous occupez d'autre chose pendant votre retraite que de cet exercice. Je demanderai ce cahier de la foi que vous me demandez, pour vous l'envoyer; mais je vous prie, ne vous empressez pas de cela, ayant cette droite et pure vue que je vous propose pour votre exercice en celle-ci. Je la vois si propre et si utile à votre mal qu'il n'y a point de remède plus ajusté à votre incommodité présente.

Adieu, je suis, en Jésus et Marie, votre tout acquis à jamais.

Olier.

LETTRE CCIX(l).

AUNE DAME QU'iL DIRIGEAIT (2).

Il lui explique ce que demande l'état d'bostie dont Kotre-Seigneor a fait profession en venant dans le monde ; il Tenconrage à bien rendre compte de son intérieur.

Vers le 21 novembre 16S1 (3).]

Ma fille.

Cet attrait à Tétat d'hostie me confirme en la pen-

(1, 2 et 3) Sur l'autographe.

sée que j'eus, sur ce vœu de faire la volonté de Dieu en tout, que notre Maître vous appelait au martyre et au sacrifice de votre propre volonté, qui est la première profession que le Fils de Dieu fit en qualité d'hostie en entrant dans ce monde, au rapport de David et de saint Paul. Ne craignez pas la pénitence en me rendant compte de votre intérieur dans votre simplicité qui me touche entièrement et depuis peu surtout, laquelle me parait tout à fait être d'un enfant de Dieu. Adieu, ma fille, votre billet dernièrement me consola beaucoup sur le sujet de vos visites; vous me ferez plaisir de me dire comme le père Dubreuil reçut votre petite confiance sur le père N. et le confesseur désiré à la personne que vous savez (1).

Ma fille, faites-moi la grâce de ne cacheter plus vos lettres à la mode, car cela fait tant de plis et replis dans le papier que cela donne grande peine à lire. Pliez-les plutôt en quatre s'il y a moyen, elles seront plus aisées à lire.

— Très probablement M™® de Saujon. L'éditeur de 1670 a mis un fragment de cette lettre à la fia de la CX" qui est certainement adressée à cette dame.

— La date n'est pas marquée. M"' de Saujon fit le vœu d'hostie le 21 novembre 1651. La lettre doit être de ce temps-là.

(1) Jean-Baptiste Dubreuil entra à roratoire dont il devint un des membres les pins en vue. Malheureusement il se laissa de bonne heure infecter par le jansénisme. Le nom du second religieux est trop effacé pour pouvoir être bien lu. C'est peut-être le père Juanet, qui partageait les sentiments du père Dubreuil. Ils furent exilés l'un et l'antre en 1662, après avoir été nommés visiteurs par leurs adhérents. (Adry, Ann. de l'Oratoire.)

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