‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 220 sur 326 · A UN ECCLÉSIASTIQUE DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

A UN ECCLÉSIASTIQUE DE BEAUVAIS

Il répond à la demande que cet ecclésiastique lai avait faite d'envoyer quelques prêtres de sa compagnie pour travailler & la sanctîflcatlon du clergé de Beanvais.

[Après le 6 décembre 1651 (3).]

Monsieur,

Après avoir adoré la souveraine bonté de Dieu sur son clergé, qui fait paraître en ce temps tant de signes d'amour et de soins dessus lui pour sa perfection, je dois respecter en particulier ce qu'il fait connaître en vous pour procurer un bien si avantageux comme celui qui se prépare en votre diocèse. M. Joly, que vous regardez pour cela et que la miséricorde de Dieu vous indique comme un instrument qu'il a préparé pour

(2) II- est assez vraisemblable que cette lettre fut adressée à M. l'abbé Jean Chaillou de Thoisy, doyen du chapitre de Beauvais, et fort zélé contre les nouvelles doctrines. Ce digne chanoine, originaire de Paris et docteur de Sorbonne , usait de l'influence que lui donnaient sa vertu, sa naissance et surtout sa place, pour battre en brèche toutes les tentatives que l'on faisait en vue de répandre le jansénisme dans le diocèse de Beauvais. Ce fut peut-être par ses conseils que le trésorier du chapitre, André de Berziau, résigna sa dignité en faveur de M. Claude Joly, qui depuis huit ans aidait M. Olier dans la sanctification de sa paroisse,, et cette nomination pouvait bien être envisagée comme un premier secoursque Saint-Sulpice donnait au clergé de ce pays. Il était difficileà M. Olier d'en accorder d'autre. Jamais il n'entrait dans un diocèse que sur la demande de l'évêque, et celui de Beauvais, Nicolas Choart de Buzenval,. qui venait de succéder à Augustin Potier, son oncle , était trop dominé par les partisans de Port-Royal pour favoriser l'entrée des sulpicien& dans sa ville épiscopale.

(3) Le 6 décemhre 1651 est le jour où M. Claude Joly entra en possession de la trésorerie du chapitre de Beauvais : de là, la date approximative donnée à cette lettre.

cet œuvre, vous doit servir, Monsieur, de grande consolation, et à nous de très grande confiance, que ce dessein réussira, puisqu'il s'appuie sur une chose si convenable et si préparée de Dieu seul qui le tient comme un instrument en sa main, et rempli de sa vie et sa sainte vertu, tout prêt pour l'emploi de son œuvre, lly a pourtant apparence de contradiction, comme on la doit attendre en une telle entreprise, qui sera traversée par cet ennemi juré de tout bien et surtout ces puissances les plus malignes de l'enfer que saint Paul appelle : Spiritualia nequilise, à cause que le dessein regarde la chose la plus importante de l'Église, qui est le saint clergé.

Monsieur, je vous parle de M. Joly plutôt que de nous, et j'aurais bien de la peine à vous répondre sur un œuvre de cette conséquence si je ne voyais un ouvrier de cette nature-là, et tous tant que nous sommes en Saint-Sulpice, nous plierions les épaules dessous ce faix, tant nousle regardons important et considérable, et nous, tout au contraire, si bas et si vils en l'Église.

Tels pourtant. Monsieur, que nous soyons, nous sommes tout à vous et dans le zèle de seconder celui que Dieu allume dans votre âme. Mais, Monsieur, nous vous prions de vouloir que la chose soit recommandée à Dieu pleinement, afin que nous ne mettions point d'obstacle et d'empêchement à ce grand œuvre, qui nous oblige d'autant plus à vous honorer que nous aurons moins de capacité et de mérite pour l'entreprendre. Il y a d'autant plus de charité et de miséricorde de Dieu en vous, que vous faites le choix d'une chose plus pauvre et plus vile pour seconder vos intentions, mais pourtant qui fait bien espérer pour Dieu, puisqu'il parait vouloir faire la chose entièrement par lui, choi-

8 LETTRES DE M. OUER.

sissant en nous des sujets qui n'ont rien d'eux-mêmes pour y répondre (ce qui vous donnera, Monsieur, un sujet plus grand de satisfaction), étant faibles en tout hors le désir de vivre à Dieu et son Église; ce qui nous oblige d'autant plus à nous dire. Monsieur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

Page 1