LETTRE XV
LE PÈRE DE GONDREN A M. OLIER, A PÉRRAC (3).
|l lui recommande M. Meyster, qui désire le voir en allant en Provence (4].
[Paris, 20 mars 1637.]
Monsieur,
Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ de vivre toujours en vous en la perfection de ses voies et en la sainteté
(1) Au Puy, comme dans la plupart des diocèses, plusieurs paroisses dépendaient du chapitre de la cathédrale.
(2) Sur l'autographe.
(3) Charles de Condren, général de l'Oratoire et l'un des plus saints prêtres de son temps, était depuis deux ou trois ans directeur de M. Olier, quand il lui écrivit cette lettre, dont le séminaire de Saint-Sulpice possède l'autographe, et que le dernier éditeur des Lettres du P. de Condren n'a pas connue.
(4) Etienne Meyster, qui devint si célèbre dans les missions, avait commencé en Auvergne à montrer les trésors de grâces que Dieu avait mis en lui. «c C'est dans ces quartiers, disait M. OUer en parlant des missions d'Auvergne, que notre bon Seigneur a commencé de verser ses grandes bénédictions sur ce grand serviteur de Dieu, M. Meyster, homme vraiment apostolique. » (Mémoires.)
de son esprit (1). Monsieur Meyster, que vous avez vu Tannée passée en cette ville et qui vous y a connu aussi, a désiré de vous voir en passant pour s'en aller en Provence. Je l'ai un peu vu et ai reconnu en lui un grand zèle et beaucoup d'application au salut du prochain; il pourra servir à ce qui vous reste de temps pour votre mission présente, si vous le jugez ainsi. Il me semble être de ceux qu'il faut laisser conduire à l'esprit de N.-S., qu'il ne faut pas captiver en lui, comme aussi il ne faut pas qu'il serve de règle aux autres. Dieu a ses disciples qu'il instruit et régit seul. Pour nous qui ne lui avons pas été si fidèles, ni ne sommes pas si parfaitement en sa main que nous n'ayons besoin d'être aussi en la conduite des autres, et assujettis à leurs conseils de peur d'être trop à nous comme n'étant pas dignes d'être si immédiatement en la dévotion de Dieu, nous avons à le vénérer et à nous humilier de ce que nous ne sommes pas dignes de la grâce que Dieu lui fait. Nous devons servir cependant à donner matière à son zèle en lui donnant occasion de travailler. J'estime certainement les peuples heureux auxquels Dieu l'envoie et qui peuvent cueillir les fruits de son esprit. Je reconnais, ce me semble, et honore en lui quelque chose de la grâce apostolique à laquelle je supplie Notre-Seigneur de nous donner quelque part. Je me recommande à vos prières. Je suis de toute ma volonté. Monsieur, votre
très humble serviteur.
Charles de Condben.
De Paris, le 20 de mars 1637.
(1) Cette formule de souhait était familière au père de Condren, ainsi qu'on le voit par la prière OJesu, vive7is in Maria y veni et vive in famulis tuis^ que M. Olier tenait de lui et qu'il a laissée comme une prière de famille à ses enfants, après l'avoir complétée.
tOO LETTRES DE M. OLIER.