LETTRE XXVIII
A LA SOEUR DE VAULDRAY
Après ravoir exbortée à lai écrire souvent, M. Oller la reprend de quelques înimortiflcations qui lui sont éeliappées et la presse de s'établir dans la pratique des vertus solides.
[Nantes, vers la fin de 1638 (3).] Qui a Jésus a tout.
Ma très chère fille,
Je vous supplie de me faire la charité de m' envoyer le petit écuyer de l'académie ou noblesse de votre
(1) C'était probablement des figures de cire ou de plâtre représentant des sujets religieux que M. Olier faisait prendre par Pierre Vivien , son valet de chambre.
(2) D'après l'autographe dont la XLUl° et la CLXVIP des imprimées avaient quelques fragments.
(3) En disant qu'il a dîné chez les PP. Chartreux le jour où il écrit, M: Olier indique suffisamment qu'il était alors à Nantes, car il n'y avait pas de Chartreux à Clisson. Même depuis qu'il eut quitté cette ville et fut retourné à son prieuré, il ne laissait pas d'y reparaître de temps en temps pour s'y entretenir avec les religieuses dont il avait la direction.
basse-cour, si la fièvre Ta quitté (1) : j'espère que ce petit enfant sera bien docile. Pour Lévèque, je le trouve si grand qu'à peine oserais-je à Paris le faire suivre (2).
Ne manquez pas, je vous prie, de nous écrire, et bien souvent, ayant bien désir de vous laisser le plus d'instruction que je pourrai pour vous aider. Adieu (avec saint Paul), la marque et le sceau de notre apostolat.
Ne manquez tous les jours à mourir à votre sens, car vous y êtes bien attachée, et si vous ne faites la guerre continuellement à ce cruel ennemi, vous y serez toujours sensuelle et enfin accablée. Vous me faites bien compassion quand vous me mandez la difficulté que vous avez à quitter l'argent et embrasser la vileté de l'étain ou autre métal, car, hélas! l'amour est bien petit dans votre cœur. Aujourd'hui j'ai dîné chez les RR. PP. Chartreux, où l'on m'a donné une cuillère d'étain assez noire qui m'a fait ressouvenir de vous. Mais je n'ai rien trouvé là de dégoûtant. Je prie Dieu qu'il vous donne la force à vous surmonter, car ces vertus lâches et à demi établies lâchent souvent le pied et tournent en arrière. N'y a-t-il point de respect hu-
(1) Pendant le séjour qu'il fit à la Régripière, M. Ôlier avait discerné, dans les dépendances du monastère,' cet enfant qui lui parut susceptible d'être formé à la vertu et peut-être aux lettres; c'est sans doute ce qui le lui fit demander à la sœur de Vauldray. La périphrase un peu obscure dont il se sert pour exprimer sa demande était une allusion aux fonctions modestes que l'enfant remplissait dans la basse-cour du monastère : on désignait encore à cette époque, sous le nom d'écuyer, l'intendant de l'écurie d'un prince.
(2) Môme obscurité dans cette expression faire suivre. 11 est probable cependant que M. Olier veut dire que l'enfant dont il parle est trop grand pour l'employer comme laquais à Paris. Il paraît, en effet, qiie la mode à Paris était alors d'avoir des laquais jeunes et de petite taille, et c'était en s'en écartant que M"'' de Maintenon disait à M.. d'Aubigné : « Je vous promets un laquais ifort grand; les petits ne sont bons à rien. » {Lettres, 1. 1, p. 172.)
main? Les accidents passés depuis peu vous doivent bien humilier et vous faire connaître ce que vous êtes encore. Mais courage : communiez souvent et tous les jours spirituellement, afin que votre époux vous remplisse de l'amour qu'il est venu apporter sur la terre et dont il désire tout brûler. Soyez de ce nombre et donnez-lui votre cœur pour être consommé de cette sainte flamme. Ob! que j'en aimerais les cendres'. Eb! faites ce sacrifice devant que je sois parti : que j'aie la consolation d'avoir vu une victime et un holocauste brûlant incessamment sur les autels de notre amour. Ah ! plût à Dieu que je puisse ouïr dire ce que je viens de lire des mémoires d'une sainte r Je ne saurais qu'aimer.
Adieu, tout vôtre en Jésus notre tout.