‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 75 sur 326 · LETTRE XXXII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXII

A LA MÊME RELIGIEUSE

II loi parle de son arrivée ù Paris, des faveurs spiritaelles qu'il a reçues pendant le voyage et des consolations qull a gotttées auprès du P. de Gondrcn.

[De Paris, le 24 février 1639.]

Qui a Jésus a toid.

Ma très chère fille et Mère,

Notre bon Dieu nous a enfin conduit heureusement en cette ville de Paris, où je n'ai pas encore eu le loisir de vous écrire jusqu'à présent, encore avec précipitation. Ce n'est pas, grâces à Dieu, sans penser à vous, témoin Notre-Dame de Saumùr, où j'ai fait dire une neuvaine pour vous : et, depuis que je suis arrivé, j'ai deux fois visité notre mère Angélique (3) et j'ai été trois jours chez le frère de notre pauvre et chère W^ de Clisson, sans toutefois le pouvoir rencontrer. J'ai appris, par un des siens, qu'il fait état de s'en aller quelque temps au pays, qui est peut-être le sujet du

(1) Il s'agit peut-être de la sœur Marie Boufard dont il sera parlé un peu plus loin et que M. Olier désigac dans une autre lettre à la mère de Bressandavec cette mêmeépithète : la petite sœur Boufard. (Vie de Si. Olier, t. I, p. 244).

(2) Sur l'autographe.

(3) La mère Hélène-Angélique Lhuillier, supérieure du premier couvent de la Visitation, à Paris.

retardement qu'il apporte aux désirs de mademoiselle sa sœur (1).

Je vous dirai, puisque vous le voulez, l'état de mon cœur, attendant celai du vôtre très ample, pour le montrer à notre très cher Père, lequel m'a demandé des nouvelles de la mère de Bressand sans que 3e lui en parlasse, me disant avoir reçu deux fois de vos lettres. II vous chérit en Notre-Seigneur.

Je vous dirai que, depuis Nantes jusqu'ici, notre tout aimable m'a toujours attiré à lui sans cesse, plus fortement que jamais et moins sensiblement, vivant dans une présence cordiale et continuelle, si bien qu'il m'a semblé partout n'être qu'en un même lieu, ne pouvant rien trouver d'extraordinaire, rien voir ni goûter même. Je me sais trouvé à Paris sans en remarquer les approches ni la présence , ne pouvant m'arrèter et me plaire qu'en Dieu : cela continue jusqu'à présent et cessera quand Dieu voudra, auquel je suis tout par désir. Et ce qui me console, c'est qu'il me semble expérimenter en moi une certaine possession de mon Tout, qui dispose de moi comme il lui plaît, me porte et me retire d'où il veut. Et je vous dirai enfin qu'après avoir dit mon état à notre très cher Père, il me dit les paroles et les dispositions dans lesquelles je devais me tenir, qui étaient les mêmes que

(1) Miic (Je Clisson était de la famille de Bretagne et troisième soeur de Louis, marquis d'Avaugour, de Catherine-Françoise de Vertus, qui se fit un nom parmi les jansénistes, et de Marie de Bretagne, qui devint la trop célèbre duchesse de Monlbazon. Constance-Françoise de Clisson, dont il s'agit ici, n'imita pas ses sœurs , et si elle n'embrassa pas la vie religieuse comme elle en avait d'abord la pensée, elle persévéra du moins dans la bonne doctrine et la pratique de la vertu. Le marquis d'Avaugour était mal dans ses affaires, ce qui explique le retardement qu'il mettait à satisfaire sa sœur. (Voir le P. Rapin, Mémoires sur le jansénisme.)

j'expérimentais. C'étaient les sentiments communs et les mouvements ordinaires de mon oraison. Ce n'est pas sans m'arracher trois ou quatre larmes que j'ouïs ces saintes et divines paroles, ces inimitables conseils. Il n'y a rien de pareil à cet homme dans le monde.

Je vous conjure de continuer et faire continuer à la chère communauté ses saintes prières, qui m'obtiennent ces grâces de notre Tout, et laquelle je n'oublie en nos sacrifices : qu'elle me croie donc et vous particulièrement, en notre unique amour, tout vôtre.

Olier.

A Paris, ce 24 février 1639.

Cachez et brûlez mes lettres : voyez si j'ai raison que vous ne les communiquiez. Vous êtes, hors de mon très cher Père, l'unique personne à qui je découvre mon âme. Cela est et sera. Je pense ne dire rien à persoiine quand je vous parle, ce n'est que me parler à moi-même et renouveler en mon esprit le passé (1). J'écrirai au premier jour au reste de nos filles.

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