‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 76 sur 326 · LETTRE XXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIII

A LA MÊME RELIGIEUSE

U la console sur quelques peines qu'elle ëpronvait et lai fait part des grâces dont Dlea le favorise.

[Paris, vers le commencement de mars 1639 (3).]

Je suis tout affligé d'apprendre l'état où vous êtes;

(1) Ce trait touchant rappelle un mot bien connu de saint Augustin parlant de son ami Alype : Ce que je disais devant lui ne cessait pas d'être mon secret, Neque enim secretum meum no7i erat, ubi ille aderat. {Confessions, 1. VIII, ch. vni.)

(2 et 3) Sur l'autographe.

je ne sais pas pourquoi, sinon que labonté de Dieu nous y veuille : car, certes, ma très chère fille, comme c'est le sujet dont vous avez été parfois en peine qui vous afflige encore, c'est sans raison que vous souffrez ces gênes, étant vrai que vous n'avez rien tant à vous dans le monde. Dieu permettra quand il voudra que vous en ayez la croyance.

N'ayez point de scrupule pour la chose dont vous m'avez parlé; car, ma très chère fille, je ne m'en souviens pas. Aimez seulement, ma très chère, et souffrez ce que votre amour crucifié désire. C'est la couche de ses délices, c'est le siège de ses secrètes amours, d'autant plus agréables en l'autre vie qu'ils vous auront

— Celte date paraît certaine. C'est bien dans les premiers jours de mars qu'on dut presser M. Olier d'aller à Amiens en mission, c'est au moins vers ce temps que le P. de Condren disait dans une lettre au père Amelole : M. Vabbé Olier est de retour de Bretagne et se dispose à partir pour aller vous secourir avec beaucoup de ferveur. Trompô par cette phrase du P. de Condren, M. Paillon n'a pas hésité à croire que ce projet avait été réalisé. {Vie de M. Olier, t. I, p. 232.) Mais la correspondance de M. Olier, étudiée de plus près , ne permet pas d'admettre ce fait qui n'a pas seulement contre lui le silence gardé par M. Olier dans ses lettres du mois de mars, mais cette circonstance décisive qu'il était à Paris le 26 de ce mois et qu'il n'avait nul dessein d'en sortir. Ce jour-là, en effet, il écrivait de Paris à la mère de Bressand]: « Je ne fais pas les visites que je voudrais, car je me tiens le plus que je peux à [couvert, pour jouir de l'avantage que Dieu me donne. » Les Mémoires de M. Du Ferrier supposent aussi assez clairement que M. Olier ne quitta Paris que pour la mission de Montdidier, où il le conduisit luimême. On ignore quel fut le motif qui porta le P. de Condren à revenir sur le conseil qu'il avait donné d'abord à M. Olier, peut-être le trouverait-on dans ce passage des Mémoires du serviteur de Dieu : <c Étant arrivé à Paris, dit-il en parlant de son premier voyage de Bretagne, je continuai l'étude que j'avais commencée à mon retour d'Auvergne , savoir, l'étude de la théologie et de l'Écriture sainte. 11 arriva qu'un jour, dans la prière, je vis comme une lumière qui perçait mou entendement. » Ce changement dans ses dispositions pour l'étude put bien amener un changement dans les conseils du P. de Condren.

été pénibles en celle-ci. Je vous conjure, par cet amour, de lui demander fidélité pour accomplir ses divines et adorables volontés.

On me presse d'aller à Amiens en mission; mais, ma très chère fille, j'ai à présent l'esprit si ouvert, par la Lonté de Dieu, à l'intelligence de l'Écriture dont Dieu ne m'avait pas encore favorisé, que je ne sais si je dois quitter. Notre révérend Père, qui me conseille cette lecture, me déterminera.

Ma très chère fille, ne vous lassez point de m'écrire et ôtez la croyance de votre esprit que les vôtres m'ennuient; au contraire, elles me ravissent, et ne reçois point de lettres qui me consolent approchant de celles de Nantes. Je vous dirai franchement que je me mortifie parfois, ne les ouvrant pas sitôt que je pourrais, de peur de me trop satisfaire.

Je vous dirai encore un mot pour votre consolation : je disais, il y a peu de jours, étant dans la chambre du Père général, après avoir ouï la sagesse de Dieu par sa bouche, que j'aurais bien souhaité que vous eussiez le bien d'avoir part à ses admirables pensées. Ce n'est pas une fois que je l'ai souhaité, mais par plusieurs, ne possédant aucun bien dont je ne vous souhaite participante. Je prie Notre-Seigneur qu'éternellement il nous tienne unis en sa divine charité, et, comme de toute éternité il nous a portés dans le sein de son amour, qu'encore éternellement il nous consomme dans lui-même. Priez votre communauté si chère qu'elle ne m'oublie pas, comme aucun jour je ne l'oublie et qu'elle me croie, et vous en particulier, ma très chère et pauvre fille, votre tout obligé serviteur.

Olier.

Pour vous consoler, je vous envoie un mot de la

pauvre sœur Agnès. Nos recommandations à la Mère et à ses prières plus ferventes, comme je crois, que les miennes.

La lettre de notre bienheureuse sœur Agnès est sur notre départ, dont on nous pressait (1).

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