LETTRE XLIV
A LA SOEUR DE VAULDRAY (2)
Il lui recommande la simplicité en exposant ses dispositions Intérieures et lui donne quelques avis pour ses exercices de piété.
[Vers le même temps (3).]
Ma très chère fille,
Je vous conjure au nom de Notre-Seigneur de ne point altérer la simplicité de vos lettres en m'exposant votre intérieur : car rien n'est capable de ruiner les ruses de Satan, et d'attirer sur vous les bénédictions de Dieu, et sur moi ses lumières pour votre chère conduite, comme la continuation de votre naïveté et de votre confiance. -Hé quoi, êtes-vous bien capable de croire, ou plutôt êtes-vous bien susceptible de cette maligne impression, que rien qui soit au monde puisse altérer le fond de charité que Jésus-Christ a mis en moi pour le salut et la perfection de votre âme? Le monde ni l'enfer n'ont point d'atteinte au royaume de Dieu. Vos craintes ne sont que des ruses du malin, qui cherche toujours à inquiéter et à troubler les âmes, pour dérober autant de leur occupation en Jésus-Christ, qui veut la paix des cœurs où il habite. Il dit par son Prophète, que son lieu est en paix, parce qu'il ne veut
(1) C'est la première partie de la XLIII" des imprimées.
(2) Ce qui porte à croire que tout ce fragment est tiré dés lettres adressées à la sœur de Vauldray, c'est qu'à la fin du premier alinéa se retrouvait une phrase prise dans la lettre XX* que M. Olier écrivit à cette religieuse en 1638, et que d'ailleurs le caractère des conseils qui y sont donnés est en parfaite harmonie avec ceux que M. Olier donne à la sœur de Vauldray dans ses autres lettres.
(3) La date n'est qu'approximative.
point que sa demeure ni que son trône soient agités.
Ne vous inquiétez pas tant néanmoins de vos faiblesses; et ne souffrez point d'autre amertume ni d'autre douleur, après vos fautes, que parce qu'elles déplaisent à Dieu. Si vous y prenez gardé, vous verrez que les sujets de vos inquiétudes et de vos abattements viennent d'ailleurs. L'amour ne trouble point : et puis il n'est pas ordinairement si sensible en ces rencontres, qu'il puisse produire les effets que vous ressentez. Allez toujours vous confiant en votre époux Jésus. Tremblez en vous voyant, mais réjouissez-vous en le considérant, et ne perdez jamais la paix. Que ne devez-vous point faire pour réjouir ce Père qui pense tant à vous dans le fond de son cœur, dont la joie ou l'amertume dépend de celle de votre âme?
Pour votre oraison, ne vous étonnez pas, si lorsque vous prétendez vous y rendre plus exacte, vous vous y trouvez moins recueillie. C'est qu'il y a en vous une petite créance secrète, que votre exactitude contribuera à vous unir à Dieu ; et il veut vous faire connaître que rien ne peut nous unir à Jésus-Christ, que Jésus-Christ même par sa divine bonté. Ce n'est pas que vous ne deviez toujours être la plus exacte que vous pourrez : mais il veut avec cela que vous y apportiez une grande humilité, et que vous vous présentiez avec un profond anéantissement devant une si sainte Majesté.
LETTRE XLV(l).
A Là Mère de bressand.
Il renconragc à combattre générensement sans rechercher dans le combat aucun soulagement ni en soi n! en autrui.
[20 avril 1639 (2).l Qui a Jésus a tout.
Ma très chère fille,
J'écris à notre chère demoiselle (3) , de laquelle j'étais en peine et ne savais de quel style lui écrire, si bien que sa dernière m'a tout à fait consolé et lui en rends témoignage ; mais, ma très chère fille, que dirons-nous de la vôtre dernière ? Elle me fait voir encore votre disposition altérée, ce que vous devriez, s'il se pouvait, un peu surmonter ou adoucir; car, ma très chère fille, quoique ce soit un exercice de Dieu, ce n'est pas pour y céder. Il veut qu'on lutte contre luimême, comme un autre Jacob, et quelque coup qu'il vous donne, quelque touche qui puisse être, il faut toujours vous tenir liée, serrée, pressée à lui, sans donner la liberté à votre esprit de regarder et examiner votre plaie, ni même en rendre les témoignages. Ce n'est qu'ainsi, ma très chère fille et Mère, qu'on remporte la victoire. Il faut combattre généreusement,
(1) Sur l'autographe.
(2) M. Olier écrivait le mercredi saint qui, cette année 1639, tombait le 20 avril.
(3) M"« de Clisson, selon toutes les apparences. (Voir la lettre XLIII« et le post-scriptvtm de celle-ci.)
LETTKES DE M. OLIER. 169
rendant Dieu seul témoin de nos combats, et n'y rechercher aucun soulagement ni en nous ni en autrui, ne l'attendant que de celui qui est l'auteur de votre peine, et le sera, quand il voudra, de votre soulagement. Il mortifie, il vivifie, il mène aux enfers et en retire les âmes, et lui seul le peut faire : d'où vient que souvent nous augmentons nos maux, y cherchant imperceptiblement quelques soulagements ailleurs, et quoique en apparence on s'allège, dans le fond on rengrège son mal, qui ne peut être soulagé que par la main toute-puissante qui le presse au plus intime de sa substance, lieu qui n'est jamais pénétré de la créature. C'est ce mercredi saint qui me fait parler de la sorte, en vous conjurant de souffrir ma liberté, qui part du zèle que j'ai de votre perfection, à laquelle vous voulez que je contribue en la manière que je le pense, ce que vous ne devriez souhaiter, n'étant que misère et abjection devant Dieu et ses anges.
Oliër.
J'écrirai encore par le premier ordinaire à notre très chère fille de Clisson. Nos recommandations à M. de la... (1), sans oublier notre chère Mère et toute la communauté et la pauvre sœur de Clisson; et si la chose... {la fin manque).
(1) Peut-être M. de la Musse dont il est parlé ailleurs.