‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 86 sur 326 · LETTRE XLVI · texte numérisé non relu

LETTRE XLVI

A LA MÊME RELIGIEUSE

A Toccaslon de la fête de la Pentecôte qni approcbe. Il demande que l'on sollicite ponr loi l'esprit apostolique dont il sent on besoin particulier, le p«re de Condren l'envoyant h la mission de Montdldier(2}.

[19 mai 1639.] Qîii a Jésus a tout.

Ma très cliêre fille,

Vous me voyez comme disputant si je vous dois demander pardon de ne vous avoir point écrit plus souvent, car je n'en ai point eu la pensée, quoique souvent la vôtre, à laquelle j'ouvrais mon cœur et lui racontais les miséricordes de Dieu qui sont grandes, ma très chère fille, et qui me font espérer ce pourquoi je voudrais avoir tout donné. C'est l'esprit de notre amour, l'esprit ou une parcelle de ce qu'il versa sur les apôtres à cette Pentecôte. Ma très chère fille, faites dire pour moi quelques Vent Creator, pour obtenir cette grâce, ce don divin. Vous le ferez de bon cœur, comme je pense, et toute la chère communauté, puisqu'il y va de sanctifier une âme et la remplir du don nécessaire pour embaumer les autres.

(1) Sur l'autographe.

(2) Le succès de la mission d'Amiens fit désirer à l'évêque de cette ville qu'on en fît une à Monldidier. Elle fut fixée aux premiers jours de juin. M. Olier et l'abbé de Foix y allèrent ensemble avec M. du Ferrier qui, à Pâques, était venu d'Amiens à Paris pour ses affaires. C'est de la mission de Montdidier que parle M. Olier dans cette lettre et Ja suivante. C'est pour elle qu'il demande l'esprit apostolique et une participation abondante à la grâce de la Pentecôte.

Ma chère fille, que Dieu est bon, et bon sur nous ! ses miséricordes sont sans fin, et je vois bien qu'il les veut exercer libéralement sur son pauvre chétif esclave, cette petite créature, basse, faible, impuissante; et, néanmoins, très chère fille, il m'aime et me veut encore plus aimer. Il faut s'y disposer et lui répondre. Je ne le puis (très chère fille que le ciel a destinée pour mon salut particulier), je ne le puis tout seul; employez-y vos puissances , agissez pour moi, répondez pour moi, donnez à Dieu des cautions de ma fidélité : notre toute belle, la sainte Vierge et saint Joseph, notre bienheureux Père; enfin, intéressez toute la cour céleste qui réponde pour moi, que je ne recevrai en vain cet esprit adorable de Jésus, esprit apostolique qu'il versa sur les apôtres pour aller sanctifier le monde. Je fais dire des neuvaines pour cela ; faites-en de votre côté.

Je vous envoie la petite oraison de notre Père que vous direz pour vous et pour moi, et la ferez dire aussi aux particuliers de notre cher troupeau (1). Je ne sais point de nouvelles de notre petite dame, et s'il n'y a point d'amendement (2). Vous en aurez compassion^ ce que je demande aussi à notre Mère.

Je m'en vais écrire à notre sœur Charlotte ce qu'il plaira à la bonté divine de m'inspirer. Madame sa mère travaillera à la faire venir, si le couvent de Saint- Ci) Il s'agit de la prière que le P. de Condren donna à M. Olier et sur laquelle a été formée celle qui se récite deux fois par jour à Saint-Sulpice. Elle était ainsi conçue : Venez, Seigneur Jésus, et vivez en votre serviteur dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la sainteté de votre Esprit, et dominez sur toute puissance ennemie, dans la vertu de votre Esprit, à la gloire de votre Père.

(2) Peut-être une dame bienfaitrice de la Visitation de Nantes qui fil beaucoup souffrir la mère de Bressand. {L'Année sainte, X, 595.)

Denis s'établit (1). Vous avez à présent de quoi travailler à la gloire de Dieu sur le prochain, ayant tant de sujets comme vous marquez. Il vous y faut rendre fidèle, priant beaucoup pour eux et ayant beaucoup de support de leur infirmité. C'est où votre vertu doit se perfectionner et où elle trouve plus de matière qu'à l'oraison. C'est ainsi qu'il faut être apôtre, et faire, pour ces esprits, ce que nous devons faire pour les pauvres et les riches, donnant à tous part à la grâce que Dieu nous donne.

Adieu, ma très chère fille ; mon Père général m'ordonne de m'en aller à dix-huit lieues d'ici, en mission, pour trois semaines ou un mois (2). C'est là où je dois recevoir les grâces que vous m'obtiendrez. Je ne demanderai rien à notre petite demoiselle (3) ; car on sera soigneux de me faire tenir ses lettres, auxquelles je répondrai toujours très promptement, quelque travail que je prévoie, le tout avec la grâce de notre amour, qui me fait être plus que jamais tout vôtre. *

OHER.

A Paris, ce 19 mai 1639 (4).

Faites part de cette oraison à notre Mère.

(1) La sœur Marie-Charlotte de Feu n'alla pas à Saint-Denis, mais fut envoyée, en 1646, à la fondation du couvent de la Flèche, comme il a été dit plus haut.

(2) Monldidier, où M. Olier fut envoyé vers la fin de mai 1639, est à plus de 18 lieues de Paris, selon notre manière de compter; maison sait qu'autrefois la lieue commune était d'environ 4 kilomètres et 1/2, et même, en bien des cas, on désignait par lieue la distance qui pouvait être parcourue en une heure de temps, ce qui allait facilement à 5 et même à 6 kilomètres.

(3) Probablement M"e de Clisson.

: (4) Le 19 mai, en 1639, tombait le cinquième dimanche après Pâques. C'était donc qu'mze jours avant la Pentecôte que M. Olier demandait des

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