‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 89 sur 326 · AU CARDINAL DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

AU CARDINAL DE RICHELIEU

Il s'excuse d'accepter la coadjntorerie de Gbâlons avant d'avoir en monneur d'exposer ses motifs de retas h Son Émlnence (3).

[Vers la fln de juillet 1639 ?1

Monseigneur,

Je n'eus pas sitôt reçu la lettre du roi qui me commandait de m'aller présenter à monsieur l'évêque de

(1) Quel est ce paquet de M. Olier dont le père de Condren dit que la résolution n'est pas pressée? Il paraît au moins très probable qu'il s'agit de la nomination de M. Olier à la coadjutorerîe de Ghâlons,' « dont le brevet, dit M. de Bretcnvilliers, lui fut expédié dans le lieu même où. il faisait la mission ». {Vie ms, 1. 1, p. 337.) II est vraisemblable qu'il n'attendit pas son retour à Paris pour demander une décision à ce sujet au père de Condren et le mot résolution appliqué à un paquet aurait alors, un sens très convenable.

(2) Sur l'autographe.

(3) Il paraît hors de doute, quoique les divers historiens de M. Olier ne l'aient pas dit, que c'est pendant la mission de Montdidier que fut

Châlons pour être son coadjuteur, que je ressentis l'obligation qu'a TÉglise à Votre Érainence de veiller à ses nécessités particulières dans les grandes affaires qui l'occupent. C'est une grâce que l'on doit d'autant plus estimer que cet État n'en avait point encore reçu de pareille. Mais, remerciant Dieu du zèle qu'il inspire à Votre Éminence, je me sens obligé de la supplier très humblement de me permettre d'attendre de lui obéir, en cette occasion, que j'aie eu l'honneur de lui faire la révérence, et qu'elle ait eu le moyen déjuger par ellemême si je suis capable du dessein qu'elle a eu pour moi. Plus je lui ai d'obligation, plus je suis obligé de ne la pas laisser surprendre dans l'opinion qu'on lui pourrait avoir donnée de moi sans beaucoup de connaissance. Il est vrai. Monseigneur, que je me dois soumettre à la lumière que Dieu vous a donnée pour la direction de ce royaume, mais je ne puis m'abandonner au jugement de ceux qui ont pensé me faire office auprès de Votre Éminence, à laquelle je prierai Dieu qu'il augmente toujours ses grâces pour le bien de son Église et la prospérité de cet État, et demeurerai dans un parfait respect.

Monseigneur, de Votre Éminence, le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.

Olier.

envoyée et reçue la noinination à la coadjutorerle de CMlons. Celte mission, en effet, est la seule à laquelle M. Olier ait pris part durant l'été de 1639, temps où se fit la nomination. La lettre suivante confirmerait au besoin cette assertion, La Vie de M. Olier donne toutes les autres circonstances de cette nomination et du refus qu'en fit M. Olier, par le conseil du père de Condren. (Vie, 1. 1, p. 227.)

LETTRE L(l).

A LA SOEUR DE VAULDRAY

Après quelfines mots sur la coadjntorerle de Cbftions, il rappelle qaelqaes conseils qu'il lui a déjà donnés et insiste sur rexcellence de la voie de la fol, bien préférable à celle des sentiments et des consolations.

[Paris, 30 juillet 1639 (2).] Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille,

Je suis, par la grâce de Dieu, de retour à Paris où j'ai trouvé, après trois lettres, encore une boite qui fait voir votre cœur (3). Je prie le ciel qu'il le remplisse d'autant d'actes d'amour qu'il y a de points d'aiguille en ces ouvrages, desquels j'espérerais être témoin, si cette affaire de Châlons, dont notre sœur l'assistante (4) vous a écrit, ne me retient en cette ville , pour tâcher de la terminer auprès le R. (P. Général) : quand je parle de terminer, c'est me débarrasser que j'entends (5).

En attendant, je vous supplie d'agir selon les petits principes que je tâchai de vous imprimer devant que de partir, me doutant bien de ce qui vous arriverait après les premiers attraits et sentiments dont vous étiez

(1) Sur l'autographe.

(2) La date est marquée et donne au moins approximativement le jour où M. Olier revint de Montdidier.

(3) On verra encore ailleurs que la sœur de Vauldray envoyait de temps en temps à M, Olier des objets de piété faits à l'aiguille.

(4) La mère de Bressand.

(5) M. Olier réussit en effet à obtenir que le cardinal reprît le brevet de coadjuteur de Châlons, qu'il lui avait envoyé.

occupée : c'est de servir Notre -Seigneur en foi, et ne dépendre que d'elle en vos dévotions, car Dieu nous donne la foi comme la lumière qui nous doit conduire sur la terre; elle ne manque jamais, on l'a toujours en main, n'étant pas de la nature des sentiments et des autres lumières soumises à la foi qui ne sont pas toujours présentes et qui s'évanouissent souvent quand on les cherche.

Ma fille très chère, la foi n'a pas beaucoup d'attraits qui flattent et délicatent l'âme, de peur que l'âme ne s'y attache au lieu de s'attacher à ce qu'elle nous montre qui est Notre-Seigneur, où au contraire les sentiments se font goûter et rechercher pour leur propre agrément et s'attachent ainsi l'âme au lieu de la porter à Dieu. Reconnaissez ainsi la bonté de votre Dieu, qui vous dégage de cette voie impure, pour vous avoir à lui dans une plus grande pureté. Soyez à proportion plus fidèle qu'il a plus soin de vous, et redoublez vos vœux puisqu'il redouble ses bontés. Ne craignez pas que vos actions agréent moins à Dieu pour agir en cette simplicité, et qu'elles soient moins ferventes pour être plus dénuées de sensibilité. Non, ma fille, un acte fait par la foi toute seule est plus fort de beaucoup et plaît bien plus aux yeux de votre Dieu qui est esprit, que ce mélange de sentiments grossiers et imparfaits. Soyez ponctuelle à vos règles et les suivez comme la voix de votre époux, auquel la foi vous apprend qu'il faut obéir et vous offrir pour être ce qu'il voudra, mille et mille fois le jour.

Je voudrais, si c'était le bon plaisir du ciel, être â présent auprès de vous pour vous aider. Mais quoi! si le ciel yeul nous attirer dans la simplicité et pureté de la foi, il faut se rendre à lui, et en cette sainte voie. C'est

la voie la plus sûre de la terre dans laquelle je prie Dieu qu'il vous sanctifie, comme une autre Madeleine. U y aura un an après-demain, jour pour jour, que le ciel vous délivra de vos chaînes (1) : je serai, s'il plait à Dieu, fidèle à l'en remercier, et le prierai qu'il vous dégage de mille menues choses qui empêchent en autrui ou en nous-mêmes la parfaite union avec Dieu. Soyez fidèle à ne rien souffrir où votre cœur s'attache, soit de spirituel ou corporel ; rien n'entre en votre cœur pour vous servir de complaisance , que Jésus votre et notre amour très unique. Je le voudrais aimer comme je dois , pour vous en dire quelque chose : lui seul qui s'aime comme il le mérite vous en dira au cœur ce qu'il voudra. Ainsi soit-il.

J'espère écrire au premiérjourà M. D.F. (2)dece confesseur dont vous me parlez dans la vôtre, que je ne reçus qu'avant-hier, peu de jours après une lettre que madame votre ahhesse me fit l'honneur de m'écriré, souhaitant de tout mon cœur que tout ce qui peut contribuer à votre avancement et celui de votre maison vous soit libéralement accordé. Ce sont les désirs, ma très chère fille , de votre très humble et très obligé serviteur.

Olieb.

A Paris, ce 30 juillet 1639.

(1) C'est le 1" août 1638, fête de Saiat-Pierre-ès-liens, que la sœur de Vauldray termina sa confession générale. {Vie de M. Olier, 1. 1, p. 213.)

(2) U est très -vraisemblable que cette abréviation désigne M"' de Fontevrault, qui, par un privilège attaché à sa place, non seulement choisissait les confesseurs des maisons de son ordre, mais leur donnait la juridiclion.

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