‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 88 sur 326 · LE PÈRE DE CONDREN A M. AMELOTE, MISSIONNAIRE A MONTDIDIER · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE CONDREN A M. AMELOTE, MISSIONNAIRE A MONTDIDIER

Après avoir résolu quelques difficultés relatives à la mission, fl lui trace la conduite qu'il convient d'y tenir, surtout relativement aux religieuses de VHôlel-DIeu, et lui propose, la mission finie, de prendre un peu de repos.

[De Paris, 6 juin 1639.] Jésus f Maria.

J'ai différé de vous répondre jusques ici, ne voyant pas qu'il fût nécessaire plus tôt. Le père de Mouchi (3) doit obéir à la communauté et vous pouvez lui obliger de ma part. J'eusse désiré néanmoins que M. d'Amiens en eût nommé un autre qui n'eût pas été de l'Oratoire.

Puisque vous êtes logés à l'Hôtel-Dieu et que les religieuses vous assistent, il les faut servir en Notre-Seigneur, sans prendre parti et sans entrer dans leur

(1) Sur l'autographe que possède le séminaire de Saint-Sulpice.

(2) Denis Amelote, né à Saintes en 1606, ordonné prêtre à Paris le 18 décembre 1632, fut un des principaux disciples du père de Condren et des premiers compagnons de M. Olier avec qui il fit beaucoup de missions. Il entra à l'Oratoire en 1650 et s'y montra constamment opposé à l'erreur du jansénisme. 11 mourut à Paris le 7 octobre 1678. 11 en est beaucoup parlé dans la Vie de M. Olier.

(3) C'était un prêtre de l'Oratoire et des plus considérables, qui, par son zèle pour le ministère et sa réputation d'habileté dans la direction des consciences, donna beaucoup de lustre au séminaire de Sainl-Magloire. (Picot, Essai hlst. sur l'infl. de la religion, t. II, p. 90.)

intrigue (1). Il se faut comporter comme fit saint Paul envers les Corinthiens, en établissant Jésus- Christ et détruisant le schisme et la division, en autorisant la charité et la simplicité chrétienne.

Les Capucins auront sujet de s'édifier s'ils voient que les missionnaires ne veulent savoir que Jésus-Christ crucifié et ne font profession que de la science de la charité. S'ils veulent presser M. du Ferrier davantage, je crois qu'il fera bien de répondre qu'il n'est pas assez spirituel pour juger des âmes religieuses et que, pour lui, il s'est donné à Notre-Seigneur pour servir le peuple de Dieu dans les voies communes et ordinaires de l'Évangile et qu'il ne se sent point capable d'autre chose.

11 ne faut pas laisser de dire aux religieuses qui vous parieront, qu'il faut vaincre le mal par le bien et surmonter la division par la charité, en servant les unes aux autres. En effet, si elles retranchent les subtilités intérieures qui ruinent la simplicité, et qu'elles embrassent la charité solidement, et qu'elles oublient les petits ombrages qu'elles ont les unes des autres, elles seront bientôt réunies. En cela : humanum dico propter

(1) Les religieuses de l'Hôtel-Dieu de Moaldidier qui, plus tard, furent connues sous le nom d'illuminées de Picardie, ne méritaient pas en 16â9 une pareille flétrissure. Elles étaient seulement divisées entre elles, et M. du Ferrier, qui les confessa pendant la mission, assure qu'il réussît à unir les esprits et les cœurs. Pendant deux ans il en demeura le directeur extraordinaire, y allant tous les six mois passer une quinzaine de jours. Malheureusement l'évêque d'Amiens leur donna ensuite le fameux Labadie qui, sorti de chez les jésuites de Bordeaux le 17 avril 1639 et refusé par le père de Gondren soit pour l'Oratoire, soit pour les missions que ses disciples faisaient alors dans le ^diocèse de Chartres, réussit à tromper M. de Caumartin et gagna si bien sa confiance qu'il lui confia le soin des religieuses de Montdidier. Il les entraîna dans les plus étranges illusions. (Vour surtout Rapin, Mémoires, 1. 1, p. 52-538.)

infirmitatem; car des âmes vraiment chrétiennes devraient trouver bon et réputer une grâce singulière d'être crucifiées par ceux et celles qu'elles veulent aimer.

Pour la mission d'Abbeville^ il me semble qu'il ne faut pas s'y engager à cette heui?e. Après celle de Montdidier, il faudra vous reposer un peu. Devant qu'elle finisse, je vous proposerai, s'ilplait à Dieu, les raisons qui me font juger qu'on n'y doit pas aller.

J'écris à M. Olier que la résolution de son paquet n'est pas pressée et qu'il la peut remettre à son retour (1).

Je me recommande à vos prières.

Ce 6 juin.

Page 1