LETTRE LXXXIII
A UNE PERSONNE Qu’lL DIRIGEAIT.
Il lui témoigne sa douleur du peu de respect qu'on portait à de bons prêtres, et il l'invite à les retirer chez elle.
[Juin 1643 (2).]
Monsieur,
J’ai été tout à fait affligé par la lecture de votre lettre, et je ne puis me consoler voyant les mauvais traitements que reçoivent de la noblesse et du peuple les prêtres de vos quartiers. C’est un effet de l’aveuglement du monde sur lequel il faut gémir. Si les chrétiens étaient plus éclairés dans la religion , ils en auraient bien une autre estime; et connaissant à quoi leur servent les bons prêtres , et de combien de services et de devoirs envers Dieu ils les déchargent, je pense qu’ils les voudraient toujours avoir avec eux, et il n’y aurait point de témoignage de respect et d’amour qu’ils ne leur rendissent.
(1) C est la XLIXe des imprimées.
(2) Le fond de cette lettre se trouvant dans les Mémoires de M. Olier, on est autorisé à croire qu'il l’écrivit au mois de juin 1643, car c’est à paredle date que les Mémoires en ont la plus grande partie. Elle lui fut peutêtre inspiiée par 1 indigne conduite que Théodore de Berziau, dont il va êtie parlé bientôt, tint à l’égard du curé d’Arcueil, le 30 mai 1643. ( Vie de M. Olier, t. II, p. 118.)
Jésus Christ, qui satisfait pour nous à Dieu, nous est si cher, qu’il n’y a point de sentiments de respect et de reconnaissance que nous ne lui rendions; et nous ne saurions nous contenter dans nos amours, qu’en nous unissant à lui et nous y donnant, afin qu’il nous change en lui-même. Ne lui refusons pas de l’honorer et de l’aimer encore dans ses prêtres, en qui il veut être comme dans des ciboires et des tabernacles pour y recevoir nos hommages. Combien d’âmes fidèles qui connaissant l’importance de leurs devoirs envers Dieu, et leur impuissance à y satisfaire , seraient ravies d’avoir chez elles ces bons prêtres vaquant jour et nuit à les en acquitter! Quelle joie n’auraient-elles point, en consentant intérieurement, et s’unissant à tous les actes de religion qu’ils rendent à Dieu, de se voir soulagées et déchargées de leurs obligations, dans l’état où leur impuissance les réduit! C’est avoir un avantage bien considérable que d’avoir chez soi les amis de son juge, et de pouvoir gagner ses bonnes grâces par le bon accueil qu’on leur fait. Quel bonheur d’avoir sa cause entre les mains d’un avocat qui lui est agréable, et qui y prend intérêt comme à la sienne propre! Tels sont ces bons prêtres qu’on persécute, qui attirent la bénédiction de Dieu par leur présence. Je vous conjure donc de les retirer chez vous. Ils prendront vos intérêts auprès de Notre-Seigneur, et ils n’apporteront pas de moindres grâces dans votre famille, que fit autrefois l’Arche dans celle d’Obédédom.
Je suis, etc.