LETTRE LXXXIX
A MADAME MARIE ROUSSEAU
II lui confie les appréhensions «fui l’assiègent au milieu «les contratlictions «lont il est l’objet (2).
[Octobre 1644 (3).]
Vive Jésus dans nos cœurs.
Madame,
Je n’ai jamais douté que le centre du christianisme ne fût la souffrance et que de se plaindre des tribulations ne fût une soustraction de la participation de l’esprit de Jésus-Christ et de la vierge Marie, qui n’ont eu pour partage durant leurs saintes vies que des douleurs et des afflictions; que ceux qui souffrent le plus dans l’union de leurs peines en cette vie ne soient les plus heureux en l’autre. Mais il faut que j’avoue que
santé de M. Olier qu’il abandonna cependant plus tard. Il est probable que le jeune homme dont il est question dans cette lettre était aussi de Normandie. C’était peut-être M. Antoine Damien, qui appartenait à une très bonne famille de Rouen et qui fut reçu au séminaire de Saint-Sulpice le 17 août 1643, n’étant encore que tonsuré. Ce qui donne quelque vraisemblance à ce soupçon, c’est qu’il n'entra pas d’autre Normand à Saint-Sulpice jusqu’en octobre 1648. (Registre des entrées.)
(1) Sur une ancienne copie.
(2) Pendant les trois premières années de son ministère M. Olier fut presque constamment en butte aux contradictions ; on voit cependant par ses Mémoires, qu’il en était particulièrement accablé au mois d’octobre 1644. En ce moment les principaux de la paroisse, parmi lesquels était en premier lieu le prince Henri de Condé, s’opposèrent à ses desseins, soit pour l’agrandissement de l’église, soit pour la construction du séminaire. A cette peine déjà grande se joignaient les délaissements intérieurs qu’il avait à porter au fond de son âme. 11 y a lieu de croire que cette lettre est l’expression de l’angoisse qu’il ressentit alors et qui faisait dire à Marie Rousseau elle-même : « Hélas ! mon Dieu, comment pourra-t-il faire? »
(3) Celte date est celle qui est donnée par les Mémoires de M. Olier.
je ne puis exprimer bien ce que je ressens dans la poursuite de cette affaire. Je ressens des angoisses sans qu’elles me soient désagréables, je souffre les rebuts avec une soumission à la volonté divine; et quoique les angoisses et les rebuts soient acceptés dans mon intérieur comme une satisfaction que j’offre pour mes offenses à mon Jésus, je ne laisse pas d’expérimenter en moi-même un abattement intérieur qui ne me laisse point d’autre recours, pour en sortir, qu’une résignation à la volonté divine, laquelle n’est peut-être pas si pure qu’elle devrait être.
J’ai tâché d’en reconnaître et sonder les vrais motifs, et le vrai est que j’ai une certaine appréhension que le temps ne soit pas encore arrivé auquel Dieu nous veut faire miséricorde, et que, prévenant ce temps, j’ôte les moyens de pouvoir arriver à ce terme. Cette appréhension me jette dans une espèce d’inaction et quelquefois même, pressé de quelques autres occurrences fâcheuses, me jette dans un certain regret d’avoir commencé cette affaire, et cela m’a pu arriver quatre ou cinq fois, lors particulièrement que je ressens et expérimente quelques obstacles de cette puissance, et que les secours que j’espérais des hommes me manquent.
Je vous conjure de prier Dieu qu’il me donne les grâces nécessaires pour me conformer à ses divins sentiments et me fasse connaître sa sainte volonté, n’ayant rien en ce monde qui me puisse détourner de souffrir pour son saint nom tout ce qu’il lui plaira m’envoyer. Mes recommandations aux prières de votre compagne (1).
Le pénitent que savez.
(i) Mmc Rerni.