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LETTRE CXXII

A LA MÈRE ANNE- LOUISE DE SAINT-MICHEL, SUPÉRIEURE DE LA VISITATION, A AVIGNON (2).

Il lui parle de François Olier, son frère, qu’il a vu délivré du Purgatoire, de son père et de sa sœur qui ne le sont pas encore, d’un conseiller de Montpellier qu’il a ramené à Dieu.

[Montpellier le 3 novembre 1647 (3).]

Ma très chère fille en Dieu, pour me rendre fidèle à la grâce qu’il lui a plu me faire en votre chère per-

(1) Tirée de la Vie de la mère de Saint-Michel , par la mère de Maselli. Cette vie fait partie d'un recueil intitulé : Discours sur les vies de plusieurs vénérables mères et sœurs de la Visitation, in-8°; Avignon, 1689, p. 528.

(2 et 3) La mère A.-L. Marin de Saint-Michel, née en 1609 au château de Saint-Michel, mourut très saintement à Avignon le 31 décembre 1674. La mère de Maselli a parlé assez longuement des relations que la mère de Saint-Michel eut avecM. Olier en 1647, et particulièrement de ce qui eut lieu

sonne, je vous dirai que, depuis notre départ, je n’ai point vu augmenter le règne de notre commun maître en autre manière qu’en celle-ci, qui est que notre défunt frère, dont la divine Providence voulut que je vous parlasse le jour de la Toussaint ou des morts, lequel s’était rendu à la voix de la parole de Dieu, par le ministère de ce chétif et misérable ouvrier que le ciel vous tient lié en son esprit (1).

Ce môme frère, dis-je, in’est apparu en Dieu ce matin, environ les six heures, et m’a témoigné avoir été délivré et être entré dans la gloire depuis hier, auquel me recommandant en foi et révérence, comme plein de la gloire de mon Tout, il m’a répondu qu’il me protégerait et qu’il le devait, me témoignant qu’il m’était obligé de son salut en Jésus-Christ. La bonté divine a voulu qu’il .m’ait délivré de deux doutes que j’avais au fond de l’âme, dont je ne lui découvrais rien. Le premier était sur mon voyage qu’il m’a témoigné être agréable à Dieu. Le deuxième était sur le sujet de votre personne, ne sachant point pourquoi Dieu opérait en moi cette liaison si extraordinaire , à quoi ce bon frère m’a satisfait entièrement et donné un repos parfait à mon âme qui est aussi plus que ja-

lors de leur première enlrcvue. Dès quelle parut devant lui, dit-elle, ils se sentirent tous deux élevés en Dieu sans pouvoir dire un mot. M. Olier connut alors l’état intérieur de la vénérable supérieure et comprit que Dieu la lui associait, pour user de ses expressions, par union d’état. Le lendemain, M. Olier vint célébrer la messe de communauté; la mère y communia, puis ils eurent ensemble une longue conférence où ils s’exprimèrent à la façon des saints, après l’avoir parfaitement fait la veille à la facondes anges. (Vie deM. Olier, t. II, p. 589.)

— Les Mémoires de M. Olier donnent la date précise de cette lettre.

(1) François Olier de Verneuil mourut à Paris en mars 1644, dans les dispositions d’un vrai pénitent. Il dut cette mort chrétienne aux prières et aux exhortations de son saint frère.

mais remplie de celui qui veut être tout nôtre et qui me fait être aussi tout vôtre (1).

J’oubliais de vous marquer encore que comme je lui disais que je remercie Dieu de la gloire qu’il lui avait donnée, dont je me sentais son tout obligé, il m’a prié de le remercier encore de toutes les grâces qu’il lui avait faites en sa vie, entre autres de l’avoir porté à l’aumône; et comme je lui donnais le divin sacrifice ce matin, pour lui mettre en main de quoi remercier le Père éternel, il m a fait voir quelle est la charité des saints du ciel; car il m a fait entendre qu’il désirait qu’il fût encore à tous les bienheureux pour le même dessein, et notez que nous faisions en ce jour l’octave de tous les saints.

Mon Dieu , ma fille, que les chrétiens sont heureux d’avoir entrée, dès la terre, au royaume du ciel et converser avec les saints qui y régnent. G est là, ma sœur, la conversation que saint Paul nous demande et qu’il désirait être ordinaire des chrétiens.

Je vous dirai encore, ma très chère fille en Dieu, que ce bon frère a eu la bonté de m assurer du repos de feu mon père (2), mais de la souffrance de ma sœur (3)

(1) M. Olier a marqué plus en détail dans ses Mémoires la seconde chose que lui apprit son frère, laquelle était relative à la liaison extraordinaire qu'il sentait entre son âme et celle de la mère de Saint-Miche . Il lui dit que c’était pour sa perfection, et il est vrai, ajoute M. Olier, que depuis la communication à cette sainte âme et la communion à son état intérieur, je sens en moi une pureté tout autre, et elle dit aussi le même de son intérieur.

(2) Jacques Olier de Verneuil était mort en 1630 pendant que son tils, l’abbé, était en Italie.

(3) Marie Olier mourut le 17 juillet 1637 âgée de vingt-six ans. M. Olier dit dans ses Mémoires, sous la date des premiers jours de juin 1648, qu’il lut porté par trois fois en purgatoire pour venir au secours de sa sœur, et qu’il eut enfin la consolation de la voir entrer dans un état de liberté et de repos qui n’était pas encore le ciel, mais qui en approchait.

que je vous recommande et que je veux remettre entre vos mains, comme vous m’avez remis Monsieur votre frère que j’ai présent devant l’esprit et que je recommanderai à mon frère, car il m’a témoigné me pouvoir être familier.

Depuis la lettre écrite, un conseiller de cette ville de Montpellier, que nous avons entretenu deuxjfois et qui était en mauvais état, nous témoigne être tout à Dieu. Vous prierez pour sa conservation et pour son achèvement.

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