‹ Lettres de M. OlierChapitre 151 sur 226 · A LA MARQUISE DE PORTES, A PARIS · texte numérisé non relu

A LA MARQUISE DE PORTES, A PARIS

II l’exiiorte et l’encourage à être ferme dans la consécration qu’elle a faite à Dieu rte sa virginité et à ne pas avoir égard aux sentiments du monde.

[Vers la fin de 1647 (4).]

Qui a Jésus a tout.

Mademoiselle,

Je vous supplie de me mander soigneusement les

(1) M. Olier veut désigner probablement la chapelle du Saint-Enfant Jésus, qui fut construite au Carmel de Beaune vers 1636, et dans laquelle fut inhumé le corps de la vénérable Marguerite du Saint-Sacrement qui l’avait fait bâtir. ( Vie de la mère Élisabeth de la Trinité, p. 99 et 143.)

(2, 3 et 4) Sur l’autographe que la lettre CCXLIII0 des imprimées ne reproduit qu’en partie.

dispositions de votre cœur sur cette conférence, et les sentiments que Dieu vous donne sur les résolutions qui en peuvent naître. Faites-les-moi savoir, s’il vous plaît, et ce soir et demain matin, pendant quoi nous sommes attentifs aux volontés de Dieu sur tout ceci, à quoi il ne faut pas refuser de se sacrifier, s’il le veut et s’il le demande de moi, comme il l’a fait de vous. Pour cela, Mademoiselle, je vous avoue que je me

— Marie Félicie de Budos, fille aînée et principale héritière d’Antoine Hercule de Budos, marquis de Portes, et vice-amiral de France, naquit à Agde, en 1629. Elle eut le bonheur d’étre élevée auprès de sa vertueuse tante, Laurence de Budos, abbesse du monastère de la Trinité de Caen- Ses progiès dans la piété furent si rapides qu’à l’âge de dix ans elle se consacra à Dieu par le vœu de perpétuelle virginité. Cependant quand elle eut atteint sa seizième année, Louise de Crussol, sa mère, qui en 1634 avait épousé Louis de Rouvroy, marquis de Saint-Simon, voulut la marier. Elle refusa, alléguant le vœu qu’elle avait fait. La marquise de Saint-Simon crut d abord que sa tille voulait embrasser la vie religieuse et ce parti, qui aurait laissé Diane- Henriette de Budos, sœur cadette de la jeune marquise, héritière de ses titres et de sa fortune, n’aurait pas été vu de mauvais œil ; mais lorsque, après un an passé chez les Carmélites, Mlle de Portes, tout en persistant dans le refus de se marier, déclara qu’elle ne se croyait pas appelée à être carmélite, sa mère fut piquée au vif de cette résistance. Elle voulut d abord faire déclarer nul le vœu de sa hile, et elle le soumit à l'examen de deux docteurs qu’elle fit venir chez elle. La chose n alla pas tout à fait comme la marquise de Saint-Simon l'avait espere, car M. Pereyret, grand maître du collège de Navarre, l'un desdocteui s consultés, déclara que la seule chose à examiner était l'intention que la jeune lille avait eue en faisant son vœu ; peut-être même celle-ci, dès ce premier interrogatoire, car il y en eut plusieurs, renouvela-t-elle’ publiquement l’engagement dont on contestait la validité. Le dépit de la mère, après cette déclaration, ne connut pas de bornes, elle ne voulut plus voir sa fille, ni permettre qu’elle parlât à aucun ecclésiastique ou religieux, la tenant a cet effet dans une véritable captivité. Cette conduite fit de ’l’éclat dans Paris : la duchesse de Montmorency, qui vivait retirée à la Visitation de Moulins, en fut informée. Elleétait cousine et marraine de la jeune marquise ; elle se hâta d intervenir en sa faveur. N’ayant rien pu obtenir de

la marquise de Saint-Simon, elle pria M. Olier, dont elle connaissait la

chante et le zele, d aider de ses conseils sa chère cousine et s’il ne pouvait la voir, du moins de lui faire parvenir la lettre qu’elle lui écrivait. Il n'en

sens disposé à ce petit martyre s’il est besoin que je le porte, et vous supplie que quoi qu’on vous réponde, réservez-vous toujours cette liberté de demander du temps pour être convaincue en votre intérieur du saint vouloir de Dieu et ressentir la paix de cœur, que vous estimez nécessaire pour adhérer à une chose si importante et éloignée des mouvements de Dieu en vous. On peut bien vous donner des raisons extérieures qui paral-

fallaitpas tant pour déterminer le serviteur de Dieu à venir au secours d’une àme si généreuse et si chère à Notre-Seigneur. Non seulement il la guida, comme on va le voir dans les deux interrogatoires qu’on lui fit encore subir, mais il ne cessa de l’exhorter à la persévérance et à la diriger dans les voies de la perfection, même après qu’au mois d’avril 1G49 elle se fut retirée à Moulins, auprès de la duchesse de Montmorency.

— Cette date approximative est donnée par le journal d’Olivier d’Ormesson, qui, sous le G du mois de février 1648, résume ainsi les divers incidents qui donnèrent lieu aux lettres de M. Olier : « Mlle de Portes, « dit-il, aînée de madame la duchesse de Saint-Simon, étant recherchée « par M. le marquis de Gesvres, s’était excusée sur un vœu de virginité « à madame de Saint-Simon sa mère, lequel ayant été jugé nul par nom- « bre de docteurs et qu elle se pouvait marier, elle en avait renouvelé un « autre, depuis sa consultation, en meilleure forme, et néanmoins ne vou- « lait point entrer en religion. » ( Journal d'Ol. d’ Ormes son , t. I, p. 442.)

M. A. de Boislile, dernier annotateur de Saint-Simon, a cité fort à propos ce passage pour rectifier quelques assertions inexactes que cet historien s’est permises, en plusieurs endroits de ses écrits, sur Mlle de Portes. Dans ses additions au journal de Dangeau, en particulier, après avoir dit que le marquis de Portes ne laissa que deux filles, que sa veuve se remaria au marquis de Saint-Simon, frère aîné du duc de Saint-Simon, il ajoute que celui-ci, qui n’est autre que son père, épousa (en premières noces) la seconde fille de sa belle-sœur : « Sa beauté et sa douceur, dit-il, la lui firent préférer à l’aînée qui, laide et méchante, ne lui pardonna jamais et lui fit toute sa vie pis qu’elle put. » ( Mémoires , édition de 1882, t. T, p. 373.) Le duc de Saint-Simon écrivait cela après la mort de la marquise de Portes qui avait fait le prince de Conti son héritier. Il est probable que le dépit de n’avoir pas obtenu la substitution des biens et des titres de la famille de Portes qu’il avait inutilement réclamée, vers 1690, devant les tribunaux, fut pour quelque chose dans cette appréciation peu bienveillante des sentiments de la marquise de Portes. Il était, du moins, bien éloigné de la vérité.

iront fort justes et qui auront sujet de contenter les hommes; mais si en même temps votre âme est inquiète et n’est point apaisée et tranquille, c’est signe que la raison suprême, qui vivifie les cœurs et apaise les âmes, n’est ni contente ni satisfaite. Il y a en Dieu une sagesse au-dessus de toute sagesse; il y a en Dieu une raison éminente et sur toute raison, qui n’est pas révélée à tout le monde et qu’il se réserve à lui seul et aux âmes qu’il aime et qu’il se sanctifie.

Ce qu’il donne à des âmes par privilège singulier de son amour, il ne l’expose pas à la vue de tous. C’est le secret du cœur qu’il se réserve de donner à l’amante, et qu’il met dedans elle avec la paix qui est le caractère et le sceau de sa vie et de sa grâce.

Adhérez à Dieu, Mademoiselle, par-dessus toute créature. Votre âme est épousée de Jésus-Christ, ne la retirez pas à votre Unique sans ordre, sans fondement, sans congé, sans induction et mais sans violence intérieure que lui-même vous fasse de vous livrer à d’autres, après avoir été reçue de lui, et vous avoir tirée à lui et appelée, appliquée avec tant de force et de puissance.

11 vous faut, Mademoiselle, plus de vertu et plus de véhémence maintenant, pour ce second état, que Dieu ne vous en a fait pour le premier, et sans douteil le fera s’il le désire de vous-même; car vous ayant signifié sa volonté dans laquelle il vous a établie avec tant de signes si approuvés par l’aveu des docteurs; pour sortir de cet état si visible et si signifié, il faut des mouvements tout extraordinaires, et une force d’esprit intérieur qui vous applique au contraire, qui soit si vive, si claire, si efficace, si convaincante que vous ne puissiez en douter. Ce que nous avions à souhaiter était de

nous rendre certains, par approbation générale, de la validité de votre vœu; mais maintenant pour en sortir il faut la même voix de l’Époux qui vous dégage, qui vous a engagée. Les hommes ne doivent point être entendus sans lui, quelque raison extérieure qu’ils allèguent. Que si la voix intérieure de l’Époux répond à celle des créatures et qu’elle vivifie votre âme en vigueur, en clarté, en puissance et en paix, alors nous donnerons les mains, mais à moins de cela, Mademoiselle, il faut et vous et moi souffrir et porter toutes choses.

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