A M. L’ABBÉ DE QÜEYLUS, SUPÉRIEUR DE LA COMMUNAUTÉ DE SAINT-SÜLPICE
Il l’encourage à supporter patiemment les contrariétés qu’il rencontre, et lui indique la conduite à tenir à l’égard des prêtres de la communauté de la paroisse.
[Après la mi-octobre 1G48 (2).]
Qui a Dieu a tout.
Monsieur,
Je remercie Notre-Seigneur en vous, de ses bontés et de ses soins vers nous et vers l’œuvre qu’il nous a confiée. Les contradictions qui se rencontrent dans les sujets servent de matière aux vertus chrétiennes et ôtent la joie du succès pour anéantir la créature en la patience, l’humilité, la douceur, la charité et la miséricorde. Et quoique vous ayez à exercer ces vertus, ce doit toujours être en les joignant à l’exhortation fraternelle qui les relève et les porte suavement en leur devoir, y joignant le secours de votre confrère M. du Ferrier, afin qu’en voyant plusieurs qui les reprennent, ils soient confus de leur faute, et se portent aux exercices communs de la maison.
(1) Sur l’autograplie.
(2) Cette lettre suivit de près la précédente. Il y est fait allusion au relâchement qui depuis quelque temps s’était introduit dans la communauté de la paroisse ; « mais, dit M. du Ferrier, il plut à Dieu d’y apporter « un prompt remède, même avant le retour de M. Olier. « (Vie de M Olier t. Iï, p. 604.)
J’ai appréhendé pour M. Coquillon ce grand emploi des confessions qui, l’épuisant en son fonds, le laissât en estime de lui-même et de ses œuvres et en attache à son vouloir.
Mon très cher Monsieur, j’ai écrit à M. de Poussé l’obligation que j’ai sentie dans mon cœur pour le voyage de Clisson que je n’ai pu suppléer par lettres, ni différer plus longtemps, surtout ayant le secours présent dans la maison qui de longtemps ne sera mieux remplie, et dans un temps où la paroisse est vide de la plupart des sujets qui nous tiendraient assiégés. Il vous dira ce que je pense pour les sujets dont il m’a parlé que je crois tous être dignes d’être désirés pour les besoins de la maison et de 1 Église. Vous verrez avec ces messieurs, en consultant aussi les dispositions de M. Gibely, quel emploi il pourra recevoir. Toujours paralt-il bien propre à la confession et conduite des âmes. S’il était plus ancien et qu’il eût un peu pris les maximes et l’air de la maison , je le croirais bien propre à l’intérieur et à donner l’exemple des vertus chrétiennes (1).
Je vous prie, Monsieur, en notre absence comme vous la voyez notable, car elle sera encore d’un mois, de voir simplement avec ces messieurs ce que vous pensez sur les choses qui se présentent, car Notre-Sei-
(1) Jean Gibely, prêtre du diocèse û’Alby , fut des premiers à s’oflnr pour travailler avec M. Olier dans la paroisse de Saint-Sulpice. C'était un saint prêtre qui rendit les plus grands services , surtout pendant les troubles de la Fronde, en visitant les pauvres avec le frère Jean Blondeau. Son zèle à procurer le salut de leur âme le fit surnommer le confesseur des pauvres et l’on vit à son enterrement, qui se fit le 29 avril 1651, combien il en était aimé. Us y vinrent en grand nombre et firent bien connaître par leurs gémissements et leurs sanglots qu’ils sentaient vivement la perte qu’ils faisaient. (Rem. hist. sur la paroisse Saint- Sulpice , t. I, p. 211.)
gneur vous ayant appelé, il ne vous refusera pas sa divine lumière pour appliquer les sujets aux besoins et satisfaire à toutes choses. Notre-Seigneur est le même qui remplit tous les siens et leur donne du sien pour agir comme il veut; vous savez que c’est par ceux qui présument le moins d’eux qu’il opère avec plus d’efficace et bénédiction. Laissez-le régner en vous et lui cedez la place qu’il veut seul occuper et remplir pour opérer l’œuvre du Père en plénitude.
Adieu, mon cher Monsieur, dites, s’il vous plait, à M. de Poussé que j’ai parlé à découvert à xM. Le Cocq sur le sujet de M. de Marolles, quia très bien compris la chose et résolu aussitôt après son retour d’y travailler efficacement en toute la manière qui sera nécessaire. Je suis en Notre-Seigneur tout vôtre.
Olier.