AU PÈRE BOURGOING, GÉNÉRAL DE L’ORATOIRE
Il répond article par article à une lettre de plaintes que ce vénérable supérieur lui avait écrite.
[Vers octobre 1649.]
Mon révérend Père,
J’ai reçu la vôtre qui m’a beaucoup touché le cœur, étant écrite par l’esprit d’une charité très pressante à l’égard d’un sujet qui ne le mérite pas, et qui serait plutôt digne de votre rebut et de l’indignation de votre esprit que de votre amour, si les choses que vous me marquez dans la vôtre étaient telles qu’on vous les a dépeintes.
Je prendrai donc la liberté de répondre aux chefs d’accusation dont la vôtre me charge.
(1) M. Olier parle des considérations à faire sur les grandeurs de la sainte Vierge en disant le chapelet.
(2) Sur le brouillon que M. Olier écrivit tout entier de sa main, et auquel il ne paraît manquer que la fin de la dernière phrase, la signature et la date.
(3) François Bourgoing, né à Paris en 1585, fut l’un de six premiers prêtres de l’Oratoire. En 1641, à la mort du père de Condren, il fut élu général de sa congrégation et, pendant vingt et un ans qu'il la gouverna, il ne cessa de faire tous ses efforts pour en éloigner le jansénisme. Il mourut le 26 octobre 1662. Bossuet prononça son oraison funèbre.
1° Elle me dit que j’ai été trouver la reine pour lui faire des plaintes de votre congrégation et m’opposer à son établissement dans le faubourg Saint-Germain. Je vous dirai à cela très simplement la vérité : Qu’étant allé rendre mes devoirs à la reine de la part de Mgr de Metz, de même que le reste de MM. les curés de Paris l’avaient fait quelques jours auparavant, pour laconjouir de son heureux retour; d’abord après mon compliment Sa Majesté me dit : Mon frère de Metz m’a dit que les Pères de l’Oratoire se voulaient établir dans le faubourg Saint-Germain; je lui ai défendu, à quoi je vous puis dire en vérité que je n’ajoutai rien et m’en revins en silence chez nous.
Pour le second, que j’ai pris le temps de votre absence pour m’y opposer, je vous puis assurer, mon Père, que je n’ai rien su de votre voyage qu’ après ce qui s’est passé, vous croyant en cette ville en ce temps-là. Et de plus je n’ai paru en cela qu’au temps des poursuites de vos révérends Pères, sans quoi je n’y aurais point pensé. Et vous dirai bien plus, qu’ayant été averti par ceux mêmes qui agissaient pour vous en cette affaire , j’ai été plus de huit jours sans y paraître, laissant à mon supérieur qui est Mgr de Metz d’en ordonner : lequel je connus entièrement opposé à cela. Ensuite de quoi, je crus, suivant les ordres de la Providence visible sur moi, que je devais agir sûrement.
Il est vrai que je fus voir M81 le duc d’Orléans qui pressait beaucoup Msr de Metz, auquel je dis les résistances de la reine, et lui témoignai encore que j’aurais beaucoup à démêler avec vos Pères; qui me serait une distraction continuelle de mon devoir, à cause qu’il y en avait quantité d’entre les vôtres qui étaient de ces opinions nouvelles, et qui étaient entièrement éloignés
de nos sentiments. Je vous dirai en confiance que les choses passent si avant que cela va jusqu’aux personnes; témoin que depuis très peu de jours un des vôtres, et des plus apparents (1), en parlant en la présence d’un des nôtres et s’expliquant de moi par comparaison avec un autre qui est fort en parti, il dit : M. Tel ne fait pas tant d’œuvres que M. Olier, mais Omnia infidelium opéra sunt peccala. Il n’est pas utile d’avoir dans une paroisse des personnes qui s’élèvent à toute heure en discours, en opinions et en pensées pareilles, qui sèment des bruits contre un pasteur qui a tant de peines à satisfaire à ses charges, et à gagner sesbrebis. Mettez-vous en ma place, mon révérend Père, et jugez de ce que vous voudriez faire en cas pareil.
Ce dissentiment d’opinions et de pensées m’a empêché de m’approcher de Saint-Magloire et, quoique la reine m’eût commandé expressément de prendre la cure de Saint-Jacques du Haut-Pas, laquelle était entre les mains d’une personne qui m’en avait sollicité six mois, je ne voulus jamais la prendre, ni que pas un des nôtres y pensât. Je crus que vos Pères faisant leur œuvre en leur manière et y ayant tant d’autres lieux nécessiteux en France et ailleurs, il ne fallait pas se presser ainsi et se surcharger l’un l’autre.
Depuis ce temps-là nous sommes entrés dans le séminaire de Nantes (2), qui est le troisième chef dont vous
(1) Le P. Pierre Camus, comme on le voit par la lettre de M. Olier à M. de Bassancourt. Il était curé d’Aubervilliers depuis 1643, lorsque le P. Bourgoing le révoqua le 16 octobre 1649. Peut-être cette révocation fut-elle déterminée par les propos déplacés que ce Père avait tenus au sujet de M. Olier.
(2) Pendant son voyage en Bretagne, M. Olier trouva les principaux ecclésiastiques de Nantes très favorables au dessein de confier le séminaire de cette ville, qui n’était encore qu’en germe, aux prêtres de Saint-Sul-
nous accusez, là où vous dites que les vôtres ont un établissement et qu’ils avaient prétendu le gouvernement de la maison du séminaire.
Je vous dirai, mon révérend Père, que c’est Msr de Nantes qui nous a mandés à Paris, et lequel a témoigné ne vouloir qu’aucune congrégation eût la direction de son séminaire. J’y suis entré avec cette condition et cette prière qu’il me fût permis de retirer nos messieurs dans quelque temps d’ici, ne désirant point m’établir dans les lieux, mais, selon les sentiments du défunt père de Condren, d’aller faire le fruit et jeter les semences de l’esprit ecclésiastique et puis m’en revenir; si bien, mon révérend Père, que je vous laisserai la porte ouverte quand vous voudrez et, si j’eusse vu l’esprit de Mgr de Nantes disposé à vous recevoir, je n’aurais point pensé à la chose, parce que je pense qu’il faut aller plutôt où il n’y a personne, comme toute la France gémit après des ouvriers, que de vouloir entreprendre sur la moisson d’autrui.
Toutes les fois, mon Père, que vous trouverez l’esprit de Msr de Nantes disposé à vous recevoir, vous me ferez le bien de me le mander et aussitôt je rappellerai nos messieurs. Plût à Dieu que je fusse assez heureux pour vous servir en cela et ailleurs! J’en ai toujours fait la protestation; j’en ai donné des marques aux vôtres, en toutes rencontres, et suis toujours prêt de le faire. Voyez ce qu’il vous plaît que je fasse pour vous témoigner que je suis.
pice : Ms1' de Beauvau lui en ayant fait la proposition, il envoya durant l’été de 1649 M. de Queylus et M. d’Hurtevent pour en prendre la conduite.