‹ Lettres de M. OlierChapitre 188 sur 226 · LETTRE CLXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXIII

A MADAME TRONSON

Il l’encourage à souffrir, lui montrant que la créature peut honorer Dieu dans tous les états où la Providence la met, et que les états crucifiants sont les plus utiles à l’âme.

21 juin 1650.

Madame,

Dieu soit béni de sa sainte conduite sur votre âme. Je me réjouis qu’elle ne se lasse point de souffrir, selon le souhait de saint Paul exhortant les premiers chrétiens qu’il voyait en la croix. Ne vous lassez point, je vous prie, leur disait-il, et prenez garde à l’abattement et dé-

(I) Sur l’autographe.

couragement de votre esprit. L’oraison sera votre force et la sainte vertu de votre âme, quoiqu’elle n’en soit pas toujours la consolation et le soulagement. L’oraison opère en nous dans les desseins de Dieu, non pas selon les nôtres; la vertu secrète et imperceptible de l’esprit est répandue en nous dans nos besoins sans qu’elle se connaisse; et plus les troubles, les peines et les agitations sont véhéments, plus l’esprit adorable du Père s’établit en vertu sainte au fond de l’âme, pour la fortifier, la maintenir et la sanctifier en la manière qu’il lui plaît, lui qui est esprit et qui opère au-dessus de nos sens et de notre raison, qui est la raison de Dieu môme, digne de lui tout seul et que nous ne méritons point de voir ni de comprendre. Le monde, dit saint Jean, ne recevra point l’esprit parce qu’il ne le voit et ne le connaît pas.

Madame, vous êtes en peine seulement si votre état honore Dieu. C’est ce qui doit vous soucier moins, car vous êtes assurée que quand vous ne le voudriez pas (ce qui est bien contraire à votre esprit), Dieu sera toujours honoré en vous, en quelque état que vous soyez, surtout en celui de la croix qu’il n’ordonne pas sur vous seulement pour satisfaire sa justice sur vos péchés, à quoi il ne demande qu’un simple acquiescement, mais qu’il ordonne encore pour honorer sa souveraineté sur vous-même, parle sacrifice non sanglant qu’il exerce incessamment comme sur sa victime qu’il prend plaisir à purifier et se sanctifier de plus en plus. Dieu est plus honoré par ce qu’il opère en vous et sur vous, que par ce que vous pourriez opérer devers lui, et comme il veut l’un et l’autre, il veut que vous opériez en ces états selon ce qu’il vous laisse de libre, qui est le simple usage de votre esprit en la foi et la divine charité, vous lais-

sant à lui en abandon parfait pour l’honorer par votre état, en toute la manière que vous le pouvez faire, consentant avec plaisir, c’est-à-dire avec franche volonté, qu’il use du feu le plus cuisant de la tribulation pour purifier l'âme qui est sienne, et qu’il prépare pour la rendre digne de l’union éternelle à soi-même, qui est saint et infiniment saint .

Adieu, Madame, le loisir ne me permet pas de vous en dire davantage; il me suffit, pour ma joie, que je sais bien que le règne de Dieu s’avance de plus en plus dedans votre âme, et que ses ennemis principaux s’y détruisent par des voies inconnues à votre esprit, et très contraires à la sagesse humaine.

Je suis en Notre-Seigneur tout vôtre.

Olier.

LETTRE CLXIY (1).

Page 1