A LA PRINCESSE DOUAIRIÈRE DE CONDÉ
Il la remercie d’avoir donné un ornement à la paroisse de Saint-Sulpice pour la fête de l’Ascension.
[Paris, fin mai 1050.]
Madame,
Quoiqu’il me parût, la dernière fois que j’eus l’hon- (1 et 2) Sur l’autographe.
neur de vous rendre mes devoirs, que vous ne les aviez pas agréables, ni la permission que je vous demandais de vous aller voir en votre solitude, neanmoins, Madame, votre bonté vers notre église, dont je prends les intérêts, est si grande qu’il semble que vous me rappelez à vous, en m’obligeant de vous reconnaître et vous remercier pour elle du présent que vous lui avez fait. Comme je ne puis me taire sans ingratitude, vous ne pourriez, Madame, refuser mes reconnaissances, qui sont accompagnées de tant de bénédictions de nos peuples, qui vous plaignent et prient avec amour pour le retour heureux et prompt de Votre Altesse qu’elles n’oublieront jamais.
Vous avez donné, Madame, à Jésus-Christ montant au ciel en son triomphe des ornements qui pussent accompagner sa gloire en la manière qu’on le peut en la terre. Notre-Seigneur attend au jour qu’il a déterminé pour votre entrée au ciel, à vous rendre au centuple des vêtements de gloire qui ne se passeront jamais et qui vous environneront pour une éternité. Oh! Madame, que de telles richesses sont précieuses et que bienheureux celui qui peut se préparer des ornements si magnifiques qui serviront non seulement pour soi, mais encore pour orner l’Épouse de Jésus-Christ sur qui rejaillira tout le bien des particuliers de l’Église.
Croyez-moi, Madame, autant à vousqueje le puis et qu’une créature le saurait être en la terre. Je ne m’é-
— La princesse douairière de Condé, malgré sa confiance en M. Olier dont elle aimait à prendre les conseils en toute occasion, s’était laissé prévenir contre lui, après l’arrestation des princes ses enfants, et l’avait assez mal reçu à Chantilly oh il était allé lui porter quelques paroles de consolation. Cette impression défavorable ne dura pas et ce fut peut-être pour en effacer le souvenir quelle envoya, le 20 mai 1650 , l’ornement dont M. Olier se hâta delà remercier.
tonne pas de ce que, par des ressorts imprévus de la divine Providence, je me vois séparé de vous. C’est une expérience que j’ai toujours éprouvée , qu’au moment que je suis plus lié aux choses que Dieu même m’unit, je m’en vois tout d’un coup éloigné, et cela, sans doute, pour le mauvais usage que j’en fais, qui m’oblige à me confondre et porter mon châtiment avec soumission aux ordres de la justice. Ce sont les sentiments de mon cœur dans ces rencontres fâcheuses où je me suis vu surpris depuis plus de deux ans, qui ne m’ont rien ôté du respect et de la charité que la bonté de Dieu m’avait donnée pour Votre Altesse, qui, au contraire , me fait gémir sur ses malheurs , et de laquelle je demeurerai en lui, Madame, le très humble, très acquis et très obéissant serviteur.
Olier.