‹ Lettres de M. OlierChapitre 222 sur 226 · A M. DUFOUR, GENTILHOMME ORDINAIRE DU DUC D’ORLÉANS, A LIANCOURT · texte numérisé non relu

A M. DUFOUR, GENTILHOMME ORDINAIRE DU DUC D’ORLÉANS, A LIANCOURT

Après lui avoir parlé de diverses affaires sur lesquelles il désire son avis, il lui recommande de soigner sa santé et de se conserver pour Dieu.

[Vers le 22 août 1651. "]

Monsieur,

J’oubliai à votre départ de vous demander ce que vous aviez fait auprès Mme de Brienne sur le sujet delà lettre de Msr de Sarlat (3), dont je vous prie m’en dire ce que vous en savez, et aussi me renvoyer la lettre de mondit seigneur, afin de me ressouvenir des noms qu’elle porte pour achever ce que vous auriez pu ébaucher. Vous saurez que la Providence divine a disposé de M. le président Coigneux (4), et qu’ainsi la

(1) Sur l’autographe.

(2) M. Dufour méritait bien la confiance et l’affection que M. Olier lui témoigne : c’était, dit M. de Brcfonvilliers, un homme d’esprit et de cœur qui, après avoir mené une vie sainte et véritablement chrétienne, a été favorisé d’une mort que nous pouvons appeler précieuse devant Dieu, puisqu’elle a été dans les sentiments les plus saints, dans un abandon à Dieu des plus étendus, et dans un dénûment de toutes choses des plus universels que nous pussions voir. ( Vie de M. Olier, t. II, p. 146.)

(3) Nicolas Sevin, évêque de Sarlat en 1651, devint bientôt après coadjuteur d’Alain de Solminihac, évêque de Cahors. Saint Vincent de Paul en fait un grand éloge. (Lettre CCX.)

(4) Jacques Le Coigneux, président à mortier au Parlement, mourut le 2 août 1651.

place de premier marguillier est vacante, que j’ai pensé faire remplir de M. de Liancourt (1), dont l’élection se fera dimanche, jour de Saint-Sulpice. Vous m’en écrirez au plus tôt, s’il vous plait, les sentiments de par delà. J'attends encore de vos nouvelles pour voir M. Vincent. Il y a une affaire de grande conséquence à déterminer, dont je suis chargé et dont je ne puis vous écrire, qui doit bien être recommandée à Dieu et que je vous prie lui bien remettre dans les mains, afin qu’il en ordonne pour sa gloire. Elle a quelque attache avec celle que je vous communiquai l’autre jour touchant la personne aux actes héroïques.

J’ai eu appréhension de votre santé, n’apprenant point de vos nouvelles. Je vous prie de vous conserver pour Dieu et de prendre des forces pour son divin service. Notre-Seigneur a tant besoin d’ouvriers qu’il n’est pas juste de les estropier dans sa moisson et lui ravir les serviteurs qu’il s’était préparés. Vivez et mourez à Jésus, et mourez si souvent à vous-même que cela tienne lieu du dernier sacrifice dont Dieu pourrait être honoré; obligez-le par là à conserver longtemps la victime qui s’offre à lui agréablement en

(1) Roger du Plessis, marquis de Liancourt, duc de la Rocheguyon, et pair de France, donnait aux paroissiens de Saint-Sulpice des exemples édiliants par son exactitude à tous ses devoirs religieux et son dévouement pour les bonnes œuvres. Malheureusement Jeanne de Schomberg, sa femme, se laissa séduire par les jansénistes et elle l’entraîna aussi dans le parti. Ce fut sans doute pour être à même d’agir plus efficacement suison esprit que M. Olier le proposa pour remplacer M. Le Coigneux parmi les marguilliers ; mais cette avance du bon pasteur, qui fut accueillie par M. de Liancourt avec satisfaction, n’eut pas l’effet favorable que M. Olier s’en était promis. Élu dans les derniers jours d’août, le nouveau marguillier signa bien le 1er septembre suivant une déclaration très satisfaisante, mais il ne tint pas la promesse qu’il y faisait. (Vie de M. Olier, t. II, p. 436, etc.

odeur de suavité. Si vous vous immolez vous-même en esprit, Dieu ne sera pas obligé de le faire, ni de vous mortifier intérieurement, si le glaive spirituel vous égorge et si l’amour vous consomme à sa gloire ; notre amour-propre sans y penser nous fait tout le mal que nous avons et ne s’en faut prendre qu’à lui si nous portons la croix. Adieu, je crains que je n’envoie trop tard la présente ; je suis en Notre-Seigneur, tout vôtre.

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