A M. L’ABBÉ TRONSON, AU PÉRAY
31 liai propose trois sujets de méditation pour le jour de retraite «lu’il va faire.
[Paris, fin octobre 1G51 (2).]
Qui a Jésus a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
11 faut que vous soyez en votre famille cette pierre angulaire quæ facit utraque unum, si bien que vous ne pouvez mieux faire que de faire séjour au milieu des vôtres, les remplissant de Jésus- Christ qui y veut être tout en tous, et la vie parfaite qui les anime et les vivifie tous. Vous pourrez même faire participer les peuples du Péray à cette bonne fête, des miettes qui tomberont de votre table, qui est la même de Jésus-
(1) Sur l’autographe.
(2) Quand M. Olier écrivit celte lettre, Mme Tronson était encore dans sa maison de campagne avec M. l’abbé de Sève, son frère, et la plupart de ses enfants, mais elle devait rentrer prochainement à Paris pour la fête de la Toussaint.
Christ. Et nous envoyant M. de Saint-Perrier pour nous aider, vous obligerez toutes les deux paroisses. Vous nous obtiendrez cette grâce de monsieur l’abbé, votre oncle, s’il vous plait, si deux où trois jours d’absence ne l’incommodent point, car il s’en retournerait avec madame votre mère, avec laquelle il s’en pourrait venir.
Pour l’occupation de votre jour de retraite, je crois que vous ne la pouvez mieux prendre que sur le sujet de la solennité que la sainte Église vous propose, dans laquelle sans doute vous trouverez grande grâce, puisque c’est le jour auquel Jésus-Christ Notre-Seigneur ouvre tous les trésors et manifeste sa pompe et sa majesté dans ses saints, à laquelle il nous appelle pour y prendre un jour notre part, entrant dès à présent dans leur esprit, selon que notre état le permet.
Monsieur, dans vos trois heures d’oraison, vous considérerez l’Église dedans ses trois états, et vous serez à Jésus-Christ Notre-Seigneur pour entrer dans les sentiments et dispositions dans lesquelles vous devez être à l’égard de chacune.
Le prêtre étant un avec Jésus-Christ, qui est le centre de son Église, se doit toujours regarder au milieu d’elle pour lui être et lui rendre en Notre-Seigneur ce qu’il lui doit. Il faut que le prêtre soit en société continuelle avec toute l’Église. Il faut, comme dit l’Apôtre, qu’il soit en conversation dans le ciel avec les anges et les saints, prenant part à leur religion et rendant avec eux perpétuellement ses saints devoirs à Dieu. Et comme cet exercice parfait de la religion suppose la communion et la participation de la vie de Dieu en ses perfections, entre autres à sa sainteté, et l’aliénation de tout ce qui n’est point lui-même, Vous pourrez ainsi prendre pour les deux points de votre pre-
mière oraison l’état des bienheureux et des anges dans l’Église du ciel, auquel vous devez participer en esprit, étant prêtre. Le premier est la sainteté parfaite, qui porte dégagement et séparation totale en esprit de vous et de toute créature avec l’union et l’application à Dieu, c’est ce qu’emporte avec soi l’état de sainteté. Le deuxième point sera de considérer la vie, l’emploi et l’exercice de cet état de sainteté qui, consiste en l’amour, la louange et service de Dieu perpétuel, qui est l’oeuvre du prêtre dedans l’Église qui, vivant comme un ange, à même qu’il aime, qu’il loue et qu’il adore Dieu sans jamais décliner les yeux de dessus lui, il ne laisse pas de servir le prochain et s’acquitter des ministères de sa tutelle.
Si ce sujet vous occupe et vous satisfait avec goût, vous pourrez passer votre jour de retraite en cela; sinon vous suivrez le dessein de Notre-Seigneur en la solennité de la Toussaint, qui est de nous faire voir toute l’Église en ses divers états, comme on le voit ensuite; car le lendemain de la Toussaint l’Église nous ouvre le purgatoire pour y voir l’état gémissant des âmes qui y souffrent, et, le lendemain de l’octave de la Toussaint, vous voyez une solennité qui est celle de la dédicace de la basilique du Sauveur; qui est toute la manière en laquelle on peut proposer l’Église sur la terre bâtie et construite à coups de marteaux et ciseaux, sanctifiée et consacrée à Dieu par l’onction de son esprit sous le signe et l’expression de la croix.
Vous pourriez donc considérer ce que vous êtes à ces Églises et ce que vous leur devez en qualité de prêtre. Vous devez entrer dans les sentiments de Jésus- Christ regardant (du milieu de son sacrifice qu’il offre pour les morts) les âmes qui gémissent, et tout touché de
miséricorde et d’amour, faisant prières à Dieu, son Père, pour leur soulagement, élargissant abondance d’aumônes spirituelles par la communication de son sang, pour les délivrer de leurs peines, remplissant le coeur de ses enfants et de ses prêtres de sollicitations fréquentes pour leur soulagement. L’union de votre âme à celle de Jésus-Christ vous remplira de ses tendresses et de ses mêmes sentiments.
Pour troisième sujet vous l’entendez bien, qui est d’adorer Jésus-Christ comme ministre du salut de tous les hommes, qui reste dans ses sacrements en la terre, et dedans ses serviteurs et ministres pour aider à la sanctification du prochain par prières, par paroles, par exemples et services.
Adieu, car on me presse. Je vous supplie, Monsieur, d’offrir mes très humbles services à Monsieur l’abbé, votre oncle, que j’eusse été ravi d’entretenir en votre chère solitude avec messieurs vos frères. Je ne dis rien à Madame, puisque nous espérons le bien de la voir cette fête.
LETTRE CCIII (l).