‹ Lettres de M. OlierChapitre 24 sur 226 · SA FOI · texte numérisé non relu

SA FOI

Sa fermeté dans la foi, qui est le fondement des vertus chrétiennes, a paru dans l’attachement inviolable qu’il a toujours conservé pour la doctrine de l’Église et dans l’éloignement qu’il a eu des opinions nouvelles, dont il ne pouvait souffrir qu’on le soupçonnât le moins du monde; car son zèle pour l’établissement de la discipline ecclésiastique et pour la réforme des mœurs, ayant donné occasion à quelques personnes mal informées de publier qu’il inspirait à sa compagnie de l’affection pour les nouveautés, il voulut aussitôt se justifier publiquement de cette calomnie. Et quoiqu’il prévit bien cju’il ne pouvait se déclarer contre les nouvelles doctrines sans s’attirer de puissants ennemis et se faire des affaires très fâcheuses, il ne laissa pas d’expliquer nettement quels étaient ses véritables sentiments, et de témoigner en toutes occasions sa parfaite soumission aux décisions de l’Église.

Sa foi était si vive, qu’elle était l’âme et la règle de toute sa conduite. Dans toutes ses actions il avait pour motif quelque vue que la foi lui proposait et qu’il tirait de la doctrine de Jésus-Christ. Et pour accoutumer ses disciples à cette pratique, il leur demandait souvent : Par quelle vue de foi faites-vous cette action ?

11 regardait Dieu dans toutes choses; s’il s’approchait des grands, il honorait en eux la grandeur de Dieu ; s’il se soumettait aux supérieurs, il obéissait à Dieu en leurs personnes ; s’il traitait avec le prochain, il considérait Dieu régnant dans les âmes en qui il voulait se préparer un trône. Si les inférieurs lui rendaient quelque service, il regardait Dieu le secourant par le moyen de ses créatures.

En un mot toutes choses lui étaient des voix et des copies de la divinité. Jamais il ne voyait les beautés de la campagne qu’il ne s’en servit, pour faire penser aux beautés et aux perfections de Dieu , et on ne lui parlait point de grands édifices, qu’il ne fit souvenir que la foi nous apprend qu’ils seront tous réduits en poudre, et que nous devons chercher une demeure permanente qui ne se trouve point sur la terre : mais ce qu’il avait plus à cœur était de fermer les yeux à tout être sensible pour contempler les choses invisibles. Il dit un jour à un de ses ecclésiastiques, qui dans un voyage lui voulut faire remarquer une belle maison : Ah! Monsieur, à quoi vous amusez-vous? si nous avions me foi vive nous ne daignerions pas regarder toutes ces choses. Et comme une personne de qualité lui eut demandé à quoi il s’occupait étant seul et infirme, il répondit par ces belles paroles d’un grand martyr : Nihil dehis quæ videntur desiderans, c’est-à-dire, à ne rien désirer de ce qui frappe les yeux. Il fit un voyage de huit cents lieues sans vouloir considérer aucune des curiosités qui arrêtent ordinairement les yeux des voyageurs.

Sa foi était si pure, qu’il n’avait aucun désir des goûts sensibles, des lumières extraordinaires, des visions et des révélations; il disait que de s’appuyer sur

ces sortes de faveurs et de lumières plutôt que sur la pratique des vertus chrétiennes, c’était une illusion très périlleuse, et que de les désirer c était une grande faiblesse, une curiosité blâmable et une espèce d’infidélité : puisqu’on faisait paraître qu’on n’était pas bien persuadé que Dieu eût suffisamment pourvu à ses enfants en leur donnant la foi.

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