LA MÊME AU MÊME
Elle loi exprime, en s’humiliant profondément, l’intérét qu'elle prend à sa sanctification, lui parle d’une croix sans consolation qu’elle a demandée et obtenue, et enfin de l’accablement oit la privation on peu prolongée de la sainte communion l’avait jetée.
[Langeac, le 12 août 1634.]
Qui a Dieu a tout.
Monsieur,
Le saint amour de notre doux Sauveur vous soit pour très humble salut.
Vous savez que je chéris trop votre pauvre âme de laquelle j’ai plus de souvenir que de la mienne propre; mais je vois bien que tout cela ne vous peut de rien servir, comme étant une pauvre misérable abîmée dans le péché. Vous savez qu’à votre départ j’avais demandé à notre bon Dieu la croix nue, sans consolation ; et comme il est très bon et libéral, il m’a semblé qu’il m’en départait un petit échantillon et fort léger, voyant mon peu d’amour et de constance...
Il faut bien plus d’amour avant que d’ètre favorisé de la croix. Ah grâce ! ah faveur inestimable ! que je suis éloignée de t’acquérir ! Doux Sauveur de nos âmes, rendez-nous-en dignes, s’il vous plaît. Sortez-nous hors de nous-mêmes, pour être tout à vous. Amour, ô notre
(1) L’auteur de Y Admirable vie, qui nous a conservé les trois fragments de celle touchante lettre, les a placés en différents chapitres. Les deux premiers se lisent au chapitre vi du livre V, et le dernier dans le IVe livre, chapitre xiu ; mais il ne permet pas de douter que les trois citations ne soient tirées de la même lettre, écrite le 12 août 1634, à l’abbé de Pébrac.
seule espérance, tout notre refuge, tout notre désir; rendez-nous dignes de cette croix : favoriscz-nous de mourir sur icelle...
J’étais aux abois de la mort, mon misérable corps n’avait ni force ni vie pour se pouvoir traîner. Mon pauvre esprit était accablé de tous côtés et, délaissé de tout, n’avait aucune créature. Mais ce qui me faisait plus de mal que tout, c’était que les excès de mes péchés m’avaient privée de mon Créateur depuis le jour de mon glorieux père saint Dominique. Mais aujourd hui il est venu! Ah! mon amour, demeurez, si vous voulez que je vive. Il est impossible de vivre sans son Jésus.