‹ Lettres de M. OlierChapitre 48 sur 226 · AUX MÊMES · texte numérisé non relu

AUX MÊMES

Il leur rend compte d’une autre mission précitée quelques mois plus tard et dont les fruits n'avaient pas été moins consolants.

[10 février 1037.]

... La quatrième de nos missions se fit, il y a quinze jours, dans laquelle il s’est fait plus de deux mille confessions générales quoique nous ne fussions que six ouvriers, et sur la fin huit; nous étions accablés du peuple, qui y abordait de sept ou huit lieues du pays, nonobstant la rigueur du froid et Tincommodité du lieu, qui est un vrai désert. Ces bonnes gens apportaient leurs provisions pour trois ou quatre jours, et se retiraient dans les granges; et là, on les entendait conférer ensemble de ce qu’ils avaient ouï à la prédication et au catéchisme. Et à présent l’on voit ici les paysans et leurs femmes faire la mission eux-mêmes dans leurs familles; les bergers et les laboureurs chanter les commandements de Dieu dans les champs, et s’interroger les uns les autres de ce qu ils ont appris pendant la mission. Enfin, la noblesse, pour laquelle il semblait que nous ne parlions pas, nous servant d’un langage si grossier comme nous faisions, après s’être acquittée chrétiennement

(1) Ce fragment de lettre nous a été conservé par le premier auteur de la Vie de saint Vincent de Paul.

et exemplairement de son devoir, ne nous a pu laisser partir qu’en fondant tout en larmes. Cinq huguenots ont abjuré leur hérésie en cette dernière mission, quatre desquels, qui nous fuyaient auparavant, sont venus eux-mêmes nous y chercher; et cela, Messieurs, pour nous apprendre, comme vous me l’avez souvent enseigné, que la conversion des âmes est l’ouvrage de la grâce, auquel nous mettons souvent empêchement par notre propre esprit; et que Dieu veut toujours opérer, ou dans le néant ou par le néant, c’est-à-dire en ceux et par ceux qui reconnaissent et confessent leur impuissance et leur inutilité.

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