PRIEURE DE SAINTE-CATHERINE DE LANGEAC
• ... ™vnvor tous les Mémoires et documents qu’elle
alin que ta vie de^ cette
LltMe servante de Dieu soit écrite comme elle mente de Ittre.
[Paris, 25 février 1636.1
Aussi ma révérende Mère, le désir que j’ai que Dieu fasse connaître au monde ce quelle était, fait que
(1) Ce fragment nous a été conservé par le P. Esprit Panassière dominicain, mort à Tarascon en 1675. Il lavait reproduit a la fin Mémoires qu'il composa sur la vénérable mère A§nès de Je^s ^ fut longtemps le confesseur et le directeur. (Mémoires du P. Panassière,
P' (2) Anne Desprès, dite en religion sœur Hyacinthe du Saint-Esprit, était née au Puy et avait pris l'habit de' Saint- Domm.que à Langeac, le 2
je désirerais extrêmement que vous m’envoyassiez les Mémoires simples que Ton vous a envoyés de Tarascon; car il y a un des grands hommes du siècle, saint et habile autant que l’on le peut être sur la terre, lequel m’a promis d’y mettre la main (1); et cela pourtant ne sera vu qu’après que Mer de Saint-Flour aura informé de tout; et pendant on travaillerait à cette bienheureuse vie.
Pour vous dire le vrai, ma révérende Mère, la plupart des vies des saints sont choses très ridicules, à cause des personnes qui les couchent, quoique pieux et parfois savants, mais non pas assez éclairés, et jusqu’au point qu’il le faut pour être capable de cette entreprise.
Je vous prie donc de faire votre possible pour m’envoyer tous les Mémoires que vous pourrez, afin que l’on voie une œuvre digne de la révérende Mère, sœur Agnès de Jésus, que Dieu m’oblige d’honorer et d’estimer autant qu’on peut faire une sainte.
J’attendrai cette faveur de vous, où je pense que vous avez grand intérêt, comme étant votre Mère. S’il y a moyen, il faut que vous tiriez copie des Mémoires de M. Martinon, où il y a des choses excellentes (2).
vrier 1625. En 1634 elle succéda comme prieure à la vénérable mère Agnès et mourut à Langeac le 14 mars 1674. (Lucot, Vie de la vénérable mère Agnès de Jésus, t. I, p. 6, 386; t. II, p. 281.)
(1) C’était un religieux bénédictin de l’abbaye Saint-Germain. Son travail sur la mère Agnès n'a pas été imprimé ; mais il se conserve manuscrit au séminaire de Saint-Sulpice, et M. l’abbé Lucot, en rééditant la Vie de la vénérable prieure de Langeac, donnée en 1664 par M. de Lantages, y a fait d’assez considérables emprunts. On peut voir dans l’Introduction de son livre les motifs qui font soupçonner à M. l’abbé Lucot que le religieux bénédictin dont parle M. O lier n’est autre que D. Boyer (xlvi).
(2) Étienne Martinon, archiprêtre de la collégiale de Langeac, fut, du-
Je suis et serai à jamais, ma révérende Mère, votre très humble et très obligé serviteur.
Olier.
De Paris, ce 25 février 1036.
LETTRE Xll(l).
A MESSIEURS LES ECCLÉSIASTIQUES DE L’ASSEMBLÉE DE SAINT-LAZARE A PARIS (2).
H leur rend compte des heureux fruits produits par sa première mission précitée en Auvergne (3).
[24 juin 1636.]
Qui a Dieu a tout.
Jésus, Marie , Joseph.
Messieurs ,
Je ne puis être plus longtemps absent de votre compagnie sans vous rendre le compte que je suis obligé de mes actions. Je vous dirai, Messieurs, que nous fû-
rant quelques années, confesseur de la mère Agnès de Jésus. Il avait écrit cinq cahiers de Mémoires sur la vénérable prieure ; mais ils sont perdus depuis longtemps, sauf un extrait de trente pages, qui en avait été fait par le P. Boyre, de la Compagnie de Jésus et qui se conserve à Saint- Sulpice à la suite d'un autre Mémoire que le révérend père Arnaud Boyre avait lui-même dressé sur la mère Agnès de Jésus. (Lucot, Introduct., XL1II.)
(1) Sur une très ancienne copie.
(2) C’est ce qu’on nommait l’assemblée des mardis, dont saint Vincent de Paul était l’âme et dans laquelle M. Olier enlra des premiers. ( Vie de M. Olier, t. I, p. 78.)
(3) Au printemps de 1636, M. Olier retourna en Auvergne pour y continuer ses missions. Pendant dix-huit mois qu’elles durèrent, il évangélisa, à la tête des missionnaires qui l’avaient accompagné, un grand nombre de paroisses appartenant aux diocèses de Saint-Flour,du Puy et de Clermont. La mission de Saint-Upise, petite bourgade des environs de Brioude, ou les pieux missionnaires commencèrent leur expédition apostolique, donna lieu à M. Olier d’écrire cette lettre à ses amis de l’assemblée de Sain - Lazare ', qu’il avait à cœur de tenir au courant de tout ce qu il faisait.
mes onze jours en chemin pour nous rendre au lieu de la mission nommé Saint-llpise. La faveur du Ciel fut si grande, que pendant ce temps-là nous n’eûmes pas deux heures de soleil ni de pluie, ayant toujours marché à l’abri des nuées; étant tous arrivés, par la grâce de Dieu, en bonne disposition. On commença la mission le dimanche d’après l’Ascension, laquelle dura jusqu’au 15 de ce mois, jour de leur fête Saint-llpise, où l’on voulut que je prisse congé le soir, à la présence du Saint-Sacrement, ce qui se fit avec toute la révérence pour la majesté de Dieu qui présidait, et aussi avec tant de larmes et soupirs, que je pense, Messieurs, qu’il faudrait y avoir été pour le croire : Dieu soit béni de tout!
Presque la même chose arriva à la procession des petits enfants et à leur communion, qui se fit dans toute la révérence imaginable, là où la foule était si grande, de même que le reste des fêtes, qu’il fallait toujours faire courir du vin dedans l’église pour les affaiblies, dont une, entre autres, a été plus de trois semaines malade. Le peuple au commencement venait selon que nous le devions souhaiter, savoir, autant que nous le pouvions confesser, mais cela , Messieurs, avec tel mouvement de grâce que de tous côtés il était aisé de savoir où les prêtres confessaient, les pénitents par leurs soupirs et leurs sanglots se faisant entendre de toutes parts : Jésus-Christ soit loué de tout ! Mais sur la fin le peuple nous pressait si vivement et la foule était si grande, qu’il nous fallait être parfois (savoir toutes les fêtes) douze ou treize prêtres pour subvenir à l’ardeur de ce zèle. On les voyait depuis la pointe du jour, au milieu de la chaleur qui était extraordinaire, jusqu’à la dernière prédication, sans boire ni manger.
Parfois, en faveur des étrangers, il fallait faire deux heures et plus de catéchisme , d’où ils sortaient aussi affamés qu’en y entrant. Cela nous laissait tout confus, il nous fallait le faire de la chaire, n’y ayant point de place dans l’église, les environs du cimetière étant tous emplis, les portes bouchées et les fenêtres toutes chargées de peuples. Ce même se voyait au sermon du matin et à celui du soir qu’on nomme le grand catéchisme. Et après quoi je ne puis rien dire sinon : Benedictus Deus, Benedictus Deus! lequel si libéralement se communique à ses créatures, mais surtout à ses pauvres; car, Messieurs, nous avons remarqué que c’est là où il réside et demande le secours des créatures pour achever ce que lui seul n’a pas accoutumé de faire, savoir l’instruction et la conversion totale de ses peuples.
Messieurs, ne refusez pas ce secours à Jésus : la gloire est trop grande de travailler sous lui , de contribuer au salut de ses âmes et à la gloire qu’il en doit retirer toute une éternité. Vous avez heureusement commencé, et vos premiers exemples m’ont chassé de Paris : continuez en ces divins emplois, étant vrai que dessus la terre il n’y a rien de semblable. Paris, Paris, tu arrêtes du monde qui convertirait plusieurs mondes ! Hélas ! combien de bonnes œuvres sans fruit, de fausses conversions et de saints discours perdus, faute de dispositions, que Dieu épanche ailleurs. Ici un mot est une prédication et rien ne nous parait inutile ; ici l’on n’a point égorgé les prophètes, je veux dire que leur prédication n’a point été méprisée comme dedans ces villes; et pour cela, Messieurs, tous ces pauvres avec fort peu d’instruction se voient remplis de bénédictions et de grâces de Dieu. C’est ce que je vous puis souhaiter,
puisque dans son amour, je suis, Messieurs, votre très humble, très obéissant et obligé confrère.
Olier.
A Vieille-Brioude, ce jour Saint-Jean 1G36.