‹ Lettres de M. OlierChapitre 52 sur 226 · AU PÈRE DE CONDREN, GÉNÉRAL DE L’ORATOIRE · texte numérisé non relu

AU PÈRE DE CONDREN, GÉNÉRAL DE L’ORATOIRE

SI lui rein! compte de sa conduite et en particulier «les succès obtenus au couvent «le la Régrïpière.

[Nantes, 20 août 1038.]

Qui a Jésus a tout.

Mon très honoré Père ,

Après avoir été longtemps sans vous écrire du succès de l’Evangile, je vous dirai comme plus que jamais

(1) Les deux Morin étaient vraisemblablement de Langeac où, comme on le voit dans la Vie de la vénérable mère Agnès , il existait alors deux familles de ce nom (t. II, p. 259). Parmi les premiers élèves de Vaugirard se lit le nom de Barthélemy Morin, clerc du diocèse de Saint-Flour. Il s’attacha à l’œuvre de M. Olier et travailla longtemps à la paroisse de Saint-Sulpice, où il mourut en 1685. (Rem. hist. sur la par. de Saint- Sulpice, t. I, p. 203.)

(2) M. Olier était né le 20 septembre 1G08. M. Paillon (Vie de M. Olier , t. I, p. 34) a parfaitement éclairci ce point.

(3) ; Sur une très ancienne copie.

(4) Le père de Condren, outre M. Olier, avait sous sa conduite plusieurs ecclésiastiques de vertu dont il prenait grand soin, les croyant appelés à jeter les fondements des premiers séminaires de France. En attendant le moment favorable pour exécuter ce projet, il les envoyait faire des missions. Au printemps de 1638, il en lit partir trois pour la Saintonge.

j’ai reconnu la puissance de la parole de Dieu dessus les cœurs, étant vrai que nous avons vu des conversions notables ces jours passés, lesquelles durent et se fortifient par les exhortations de ce chétif et malotru prédicateur, indigne de monter en chaire, que pour faire rougir l’Évangile. C’est pourtant avec cela que Dieu a opéré des merveilles que je vous raconterai à loisir.

Notre-Seigneur m’ayant diverti par un rhume du voyage de Saintonge, je demeurai arrêté à Clisson où j’eus le bonheur de faire ma retraite sous Monsieur Boudet, auquel j’ai d’infinies obligations pour sa charité (1). Et de là nous nous trouvâmes appelés, après quelques instants d’entretien que nous finies aux prêtres de Clisson, à un village nommé la Régripière, à deux lieues de Clisson, où il y avait un prieuré de Fontevrault (2) , dans lequel, après quelques rebuts ordinaires à notre condition, on reçut nos exhortations si heureusement, tant les religieuses que le peuple, qu’en vérité, Monsieur, chacun était forcé de

M. Olier devait aller les rejoindre; mais s’étant senti fortement pressé intérieurement d’aller d’abord à son prieuré de Clisson, lil partit poui la Bretagne. La Providence l’y conduisait pour la réforme d un monastèie de religieuses, situé dans le voisinage de Clisson. S’y étant présenté sans se faire connaître, il n’y trouva d’abord que des rebuts ; mais son humilité triompha de toutes les résistances ; car s’étant retiré pour passer la nuit dans une étable qui se trouvait dans les dépendances du monastère, cette conduite toucha vivement les cœurs, et une partie notable de celte communauté relâchée et divisée revint, dès ce premier voyage de M. Olier, a l’exacte observation de ses règles. ( Vie de M. Olier, 1. 1, p. 209.)

(1) Jacques Boudet, prêtre de la Mission, avait été désigné par saint Vincent de Paul pour accompagner M. Olier )en Bretagne. Le fondateui de la Mission parle de lui en ces termes dans une de ses lettres : « Si M. l’abbé Olier dit vrai, c’est un saint que le bon M. Boudet. Il a été en Bretagne avec lui où il a connu sa vertu. Il m’en a écrit en des termes bien exprimant l’opinion qu’il en a. « ( Lettre du 1er octobre 1G38.)

(2) Ce prieuré fut fondé par André Chaussaire, disciple du B. Robei 1

cVArbrissel.

dire : Je suis touché, je me rends : et même des coups de Dieu prodigieux.

De là nous sommes venus à Nantes, où nous attendons MM. Vialart (1) et Basseline (2) pour les mettre un peu en train et leur faire voir ce que c’est que mission. De là, Monsieur, j’espère m’aller rendre à Paris, m’étant trouvé pressé dans la retraite de me retirer encore un an, pour après m’abandonner tout à fait au travail pour Notre-Seigneur. Je vous prie , mon Père, ne me point oublier en vos prières, à ce qu’il plaise à Dieu me faire accepter de tout point ses divines et adorables volontés, puisqu’il ne désire autre chose de moi et que je ne souhaite que cela.

Je vous demande avec instance cette grâce comme, mon très honoré Père, un de vos plus humbles et obéissants serviteurs. Olier.

A Nantes, ce 20 août 1638.

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