A LA SOEUR DE VAULDRAY, RELIGIEUSE DE LA RÉGRIPIÈRE
I( lui paile rie la dévotion à saint Antoine rie Parioue pour retrouver les choses perdues.
[Nantes, en août 1638’(5).]
Qui a Jésus a tout.
Ma très chère fille,
Je vous remercie très humblement d’avoir mis la
(1) Félix Vialart, parent de M. Olier, fut promu, sur son refus, à la coadjutorerie de Châlons.
(2) M. Basseline, qui accompagna M. Vialart eu Bretagne, est probablement le même qui plus tard devint vice-gérant et second official de Châlons. 11 ne faut pas le confondre avec M. Henri Basseline, qui était théologal de Vannes et dont il sera souvent parlé dans les lettres de M. Olier,
(3, 4 et 5) Sur l’autographe.
main à réparer la négligence de notre lâche austérité (1). Je vous ferai part, en reconnaissance , de la joie que j’ai reçue ce matin, où l’on m’a mis entre les mains notre cher crucifix (2), lequel, par une providence admirable, a été retrouvé; car l’ayant perdu dernièrement à Nantes, on le trouva approchant des mêmes jours dans nos jardins de Clisson. Je vous le dis à vous, et pour vous apprendre une sainte invention de retrouver tout ce que vous aurez perdu, qui est de réciter avec confiance l’oraison de saint Antoine de Pade, le 13 de juin. J’ai recouvré ainsi plusieurs choses qui étaient étrangement égarées (3).
— Cette religieuse, la môme sans doute qui était sous-prieure en 1668 sous le nom de Claude Vauldray, n’eut pas plus tôt vu M. Olier quelle se sentit vaincue, et quoique jusque-là très vaniteuse et très mondaine, elle ne balança plus et dit à sa supérieure : Voici mon apôtre, il faut que je me rende, je ne tarderai plus. Sa conversion fut aussi sincère et durable qu’elle avait été prompte, et quoique M. Olier, dans ses lettres, lui adresse quelques petits reproches, il ne cessa jamais de la considérer, selon son expression, comme le sceau de son apostolat à la Régripière.
— Cette lettre et quelques autres qui vont suivre n’ont pas de date, mais elles sont certainement des cinq derniers mois de 1638, que M. Olier passa à Nantes et durant lesquels il ne cessa de s’occuper du couvent de la Régripière. On les a classées dans l'ordre qui convenait mieux aux choses qui y sont contenues.
(1) Ces mots semblent faire allusion à quelque instrument de pénitence oublié par M. Olier au couvent de la Régripière.
(2) Il s’agit du crucifix que la V. mère Agnès laissa à M. Olier en lui apparaissant à Saint-Lazare et qui se conserve encore à Saint-Sulpice. ( Vie de M. Olier, t. I, p. 92, 479.)
(3) La dévotion dont parle ici M. Olier était particulièrement chère à saint François de Sales : « J’approuve de tout mon cœur que Ton ait recours à saint Antoine de Padoue quand on souffre des pertes et des afflictions, répondit-il à quelqu’un qui le raillait de cette pratique. Dieu a signifié que telle était sa volonté puisqu’on a cent fois opéré des miracles par l'intercession de ce saint. J’ai même envie, Monsieur, que nous fassions ensemble un vœu à saint Antoine de Padoue pour recouvrer ce que nous perdons tous les jours, vous la simplicité chrétienne et moi l’humilité. » {Saint François de Sales, peint par les Dames de la Visitation, p. 156.)
Si je n’étais au milieu de plusieurs personnes et que j’eusse liberté, je vous écrirais quelque chose très important pour votre intérieur. Si vous avez une commodité devant que je parte de Nantes (1), faites-moi la faveur de m’écrire; je ne puis pas vous écrire plus longtemps, à la considération des personnes qui m’attendent. Priez Notre-Seigneur que je sois un avec lui et que jamais je ne le quitte dans les desseins de plaire à son Père, qui étaient les motifs les plus ordinaires de ses œuvres.
Je suis en son amour tout vôtre en notre tout Jésus.
Olier.
Servez le pauvre M. Vase auprès de Madame la prieure, dontM. La Musse lui doit parler (2).
En suscription : A ma sœur, ma sœur de Vauldray , religieuse, à la Régripière.