LETTRE XXXI
A LA MÈRE DE BRESSAND
Il la porte à se nourrir du pur amour dans ses peines.
[29 janvier 1639 (2).]
Qui a Jésus a tout.
Ma très chère Mère et fille,
Je n’ai reçu que deux des vôtres, l’une par Rolland et l’autre par le père de Feu (3). Eh! plût à Dieu que ce fût la vingtième, tant je suis consolé d’en recevoir : je serais bien dur de ne les pas goûter. Vous me ferez grâce particulière de me faire savoir au long les dis-
(1) Sur l’autographe qui n’est reproduit qu’en partie dans la CLXYIIe des imprimées.
(2) Cette lettre fut écrite à Saint-Mathurin-sur-Loire qui partageait à peu près la distance entre Angers et Saumur où le serviteur de Dieu devait visiter Notre-Dame des Ardilliers. Le voyage se faisait à petites journées, l'homme de condition qui ramenait M. Olier dans son carrosse, lui donnant la facilité de prendre le repos dont il pouvait avoir besoin et de satisfaire sa dévotion quand l’occasion s’en présentait.
(3) On parlera d’une religieuse de ce nom qui était à la Visitation de Nantes et dont M. Olier vit la mère à Paris.
positions de votre cœur. Ce me sera une joie indicible d’apprendre le bien que Dieu vous fait; car je vous en souhaite autant que j’en peux souhaiter à une pure créature. Vivez donc de l’amour, puisque c’est l’aliment qui doit nourrir votre âme : c’est celui qu’il vous a préparé.
Je ne sais ce que je dois penser sur votre peine (1), sinon que Dieu se sert de tout pour crucifier, et surtout des choses qui nous plaisent le plus : et ce que nous pensions être notre soulagement devient, par l’ordre divin , notre accablement. Après avoir agréé cette peine, exercez-vous, je vous supplie, à aimer Dieu comme l’unique objet de votre cœur. Savez-vous pas ce qu’il vous veut être, et ce qu’il veut que vous lui soyez? Plongez-vous toute en lui, donnez-vous toute à lui, n’attendez rien que de lui et méprisez toute créature comme impuissante de vous servir; même ayez un peu d’aversion de ce qui n’est point Dieu, surtout de ce qui vous pourrait promettre du secours, et dont vous en pourriez attendre : Dieu seul le veut faire pour vous.
Je voudrais avoir temps pour remplir cette lettre des témoignages dont vous êtes surchargée ; mais, en un mot, je suis tellement vôtre que je ne puis l’être davantage, et cela en présence de notre tout, qui me fait être en une manière que je ne puis exprimer une seule chose en notre Époux avec vous.
Adieu, je suis et serai éternellement, s’il plaît à Jésus notre Tout, tout vôtre.
Olier.
(1) Il s agit encore ici probablement de la peine que se faisait très mal à propos la mère de Bressand au sujet de sa direction. (Voir la note 2 de la lettre XXIII.)
Je suis ravi de la lettre de notre petite (1) ; je vous en envoie la copie.
Ce 29, à 11 heures du soir, de Saint-Mathurin ; après, Saumur; nous serons peu à Richelieu.