‹ Lettres de M. OlierChapitre 60 sur 226 · LETTRE XXX · texte numérisé non relu

LETTRE XXX

A LA MÊME RELIGIEUSE

Asa moment de la «muter, il l’exhorte à ne point s’affliger «le son «iépart et h se détacher de tout pour être toute â Jésus et à son pnr amour.

[Probablement de Clisson, vers la mi-janvier 1031» (2).[

Qui a Jésus a tout.

Ma très chère fille,

Quoique sainte Thérèse autrefois ait pleuré le dépait de son directeur, sans que le Fils de Dieu le trouvât mauvais, comme il lui témoigne de sa houclie, disant qu’on ne devait pas moins au médecin de l’âme qu â ceux de notre corps, dont on peut légitimement appréhender et regretter l’absence par une juste nécessité; toutefois, dans la partie supérieure de son esprit, elle était satisfaite du bon plaisir de Dieu,

(1) Sur 1 autographe que reproduit assez bien ia XXJL des imprimées . (Va datf “?nc!ue> mais on sait que M. Olier, ayant trouvé une occasion favorable d être ramené à Paris sans fatigue, partit de Bretagne vers a mi-janvier 1639 : sa lettre, quia drt être écrite avant qu’il se mît en voyage, comme l’indique suffisamment le mot : « Que Dieu m’emmène où

U voudra, » est donc bien des environs de la mi-janvier 1639. (Vie cle M. Olier, 1. 1, p. 220.)

et elle-même s’accusait de ses larmes à son Époux (1). Faites-en tout de même et croyez-moi, ma très chère fdle, que celui-là vous demeurant, vous recevrez davantage séparée de sa pauvre créature, laquelle sera toujours toute vôtre, que si elle vous était présente. 11 doit vous être plus présent, et ne manquera de l’être, puisqu’il vous ôte d’auprès de vous celui qui le représentait, et lequel suppléait à ses propres conseils.

C’est donc à lui, à présent, à suppléer à ce qu’il vous ravit et vous récompenser avec une abondance d’époux ce que vous lui aurez donné. Donnez-moi donc tout à lui, à ce qu’il m’emmène où il voudra, qu’il dispose de moi comme il lui plaira et lui dites que votre volonté est satisfaite de la sienne, que vous ne voulez premièrement que lui , et après en lui ceux qu’il lui plait le plus. Ce que je vous dis, c’est pour vous détacher de tout pour ne vouloir rien que Jésus et pour vous mettre dans le point où notre tout Jésus demande ses amantes. Aimez donc uniquement Jésus et soyez collée à Jésus; jamais, s’il se peut, séparée de Jésus. Enfin mourez d’amour pour Jésus notre amour, faisant mourir en vous à tout moment ce que vous ne sentez pas de Jésus. Que toutes vos distractions et les pensées des créatures meurent en Jésus; c’est-à-dire que, quand vous vous trouverez distraite, aussitôt portez votre esprit et surtout votre volonté en Jésus, afin de les y faire mourir, évanouir.

(1) Bouix, Œuvres de sainte Thérèse , 1. 1, p. 576. On trouve à la p. 593 du môme volume un traitlout à fait analogue. «De môme que les hommes, lui dit Notre-Seigneur, désirent s’entretenir de leurs joies sensibles, ainsi lame désire rencontrer une âme dont elle soit comprise pour lui communiquer ses contentements et ses peines, et elle s’afflige de n'en point trouver. »

C’est l’effet du soleil d’éteindre les étoiles et de dissiper les brouillards : la présence du Fils de Dieu et son seul regard étouffera les pensées oisives et importunes de l’esprit, et les mouvements fâcheux qui troubleraient votre volonté. Enfin, que notre cher et notre unique Tout soit et l’aliment de votre bien et le contre-poison de votre mal, afin que vous n’ayez qu’un objet, une pensée, mais mille mouvements d’amour pour lui, tout amour, tout amour. Ne cessons jamais d’être à l’amour et en l’amour, mais par un amour premièrement pur, aimant Jésus séparément de toutes créatures; secondement ardent, qui vous porte vivement, fortement, ardemment en lui, et en toutes actions qu’il vous demandera et non avec remise et lâcheté; troisièmement actuel, c’est-à-dire que vous renouveliez les actes de l’amour le plus souvent que vous pourrez.

J’avais encore à vous marquer, ma très unique fille, que quoique je vous aie dit précipitamment et sans loisir de m’expliquer, qu’il fallait vous attacher précisément à l’humanité de Jésus, il ne faut pas pourtant vous retirer des vues de la divinité, quand il lui plaira de vous en communiquer et vous y attirer, car il est Dieu : et quelle joie à votre cœur, ma très unique fille, de savoir que votre époux est tout-puissant, infini, éternel, tout parfait et tout aimable ! Mais ne les recherchez pas à présent, ni ne les prenez pour matière de vos oraisons, sans attrait particulier de votre Tout, en dépendance duquel vous devez tout faire, aussi bien qu en 1 union que vous désirez. La dépendance consiste à suivre ses inspirations, lesquelles vous receviez vous présentant à votre époux, quand vous aurez dessein de faire vos actions, surtout indifférentes, car

LETTRES DE M. OLIER. l29

celles d’obéissance vous sont déclarées de sa part par votre règle. Mais toutefois il est bon de lui témoigner au commencement de toutes ses œuvres qu'on les fait puisqu elles lui plaisent et Dieu vous les ordonne. En union avec Jésus, je vous éclaircirai davantage ce sujet si saint et si important à l’âme humble et souple à Jésus. Faites-m en souvenir par les vôtres, et si vous n’entrez d’abord dans cette pratique, attendez 1 heure de notre Tout en l’amour duquel je suis tout.

Page 1