‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 19 sur 80 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

Sur la sensibilité permise aux chrétiens,

VOus n'êtes point appeîlée , Madame , à TindifFérence : ceux que Dieu a fait naître pour les autres , ne doivent point s'étudier à s'avancer dans cette vertu : il faut qu'ils aient des entrailles de tendresse : vous êtes une mère : vous êtes dans le sein de votre famille , et jamais mère n'en eut une plus belleiSaint- Cyr et la France. Les besoins de l'église vous doivent toucher sensiblement. Votre perfection n'est donc pas l'indifférence ; mais, au contraire, l'amour, le zèle , les désirs , la prière , le travail , la vigilance. Vous ne devez tendre tout au plus qu'à la soumission et à la résignation dans les événements tristes de cette vie. Ne soyez pas plus parfaite que les apôtres , et Notre-Seigneur. St. Paul pleure avec ceux qui pleurent , et se réjouit avec ceux qui sont dans la joie : il porte toujours dans son sein une sollicitude sans relâche pour toutes les églises : il brûle d'un saint zèle pour tous ceux qui sont dans la souffrance et dans l'infirmité.

Motre

A Mad. de Maïntenon. 6$

Notre souverain maître pleure le Lazare et Jérusalem : il est triste jusqu'à la mort , et détourne par ses vœux le calice de sa passion : il se contente de se résigner à la volonté de Dieu touchant cet événement : Que votre volonté soit faite ! dit-il à son père.

Je vous conseille , madame, de ne vous pas laisser aller k la tristesse : ayez courage et coniiance ; Dieu accordera à vos prières et à celles de Féglise , îa paix , votre salut, celui du roi , et la conversion de tant de personnes qui seront touchées par votre exemple. La vie n'est donnée que pour le saîut : il faut l'employer toute entière pour un si grand bien : tout le reste n'est que vanité et une vraie perte. Dieu ne demande de vous , que d'y donner vos soins , votre secours , "VOS prières : c'est à lui à opérer cette merveille. Le salât des justes vient dit Seigneur y dit l'Ecriture : il sera leur pro^ lecteur au temps de la trihulation. îl sera votre soutien et votre consolation , si vous ne cessez de vous confier en lui et de Finvoquer dans vos plus pressants besoins. Si j'étois assez heureux pour pouvoir vous aider à porter le poids qui tombe sur vous , je ne m'y épargnerois pas , et je prendrois volontiers sur moi Tome IX. ( 1 5 ) D

^G Let. de m, l*Ev. de Chartres

toute la tristesse de votre état , pour vous laisser la joie , la liberté, la confiance qui vous sontné:essaires pour faire les grands biens que Î3:eu demande de vous , dans Tétat où il vous a mise par une espèce de miracle , qui vous montre les vues qu'il avoit sur vous.

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