‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 21 sur 80 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

Sur Us plaisirs de la Cour.

Ourquoi vous êtes-vous , madame ^ abandonnée à un si grand trouble ?

vous n'avez point fait d'offense mortelle : et je crois même que vous avez pu faire ce que vous avez fait. Les raisons que vous marquez , sont si importantes , qu'elles suffisent pour vous justifier. Le pays où vous êtes , ne laisse pas la liberté d'y établir ia régularité des familles

<^B Let. de m. l'Ev. de Chartres

chrétiennes ^ ni d'en bannir tous les divertissements que vous déplorez. L'excès de sévérité banniroit peut-être bientôt toute piété du cœur de ces jeunes princes , et les jetteroit dans d'autres grands maux , que votre bon esprit vous fait craindre a'/ec raison. St. Yves de Chartres dit , que quand la charité nous fait incliner à une condescendance , que des raisons probables nous font croire n'être pas mauvaise en soi , on ne pèche point , parce que la charité et la raison nous conduisent. Croyez donc , Madame, que vous n'avez pas péché , en proposant au roi de discuter avec Monseigneur ce qu'il demandoît par vous. Sa majesté a des raisons de tolérer de pareils plaisirs : et les tempéraments que vous vouliez insinuer , en auroient diminue le danger.

Pour la pensée de chagrin et de peine , qui alla jusqu'à vous tenter d'abandonner tout j je suis persuadé qu'elle étoit hors de votre volonté , et que votre consentement n'y avoit point eu de part , puisque vous sentîtes , au seul mot d'abandon , un amour si vif pour Notre-Seigneur. Vos vrais motifs , Madame , sont l'union du roi et de Monseigneur , et k réputation de madamie la duchesse de Bourgogne, aussi bien que sa sûreté: vous

A MAD. de MAINTE^tOT-1-. d'^

devez ci'oire que ce sont ces grandes raisons qui vous déterminent l\ leur complaire dans les choses que vous ne croyez pas absolument mauvaises. Il est bon qu^on ne vous charge pas de tout ce qui contraint et désespère peut-être les jeunes princes : il e^t bon que vous soyez toujours en état par leur confiance de les rapprocher du roi , il est bon qu'ils ne se révoltent pas contre la piété , qu'ils ne se séparent pas du roi , et qu'ils ne soient pas tentés d^aller chercher ailleurs ce ^-^^À leur donneroit infailliblement la mort. Le trop grand zeîe pour, le 3/^/2 /peut faire de très - grands maux dans le lieu où vous êtes. Renvoyez le /;2zVw.r à d'autres temps. La raison , conduite par une droite intention , nous est donnée pour nous déterminer en certaines occasions obscures , où il faut peser les inconvénients avec les suites. Nous ne voj/ons souvent ici les objets que sous une énigme et dans im demi-jour : il est , cependant , nécessaire de prendre son parti. Quand , tout considéré , on a pris celui qu'on a cru le meilleur , où il y avoir le moins de dangers et d'inconvénients , il ne faut plus se laisser aller aux doutes, qui ne doivent pas l'emporter sur les raisons de sagesse par lesquelles on s'est décidé, Gar-

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dez-vous donc bien , madame , de vous entretenir plus long-temps dans votre trouble. Vous avez pu proposer au roi ce que vous lui avez exposé , de la part de Monseigneur , pour la mascarade qui se devoit faite à Versailles. Votre confesseur convient lai même que vous n'avez pas fait de faute considérable , et je ne crois pas que vous en ayez fait aucune. J'ai toujours appréhendé de vous donner des décisions trop sévères , parce que je connois la droiture de votre cœur , et les embarras du lieu que vous habitez : il faut y tolérer souvent des choses qu'on înterdiroit ailleurs. Il nefaut pas, madame, que vous vous irritiez de ces propositions-là. Je pense q.ie votre confesseuc en conviendra , quand il aura pesé les inconvénients. J'aurai l'honneur de vous voir dimanche. Je regarde comme un scrupule ce qui vous a troublée : bannissez ces inquiétudes , elles vous rétrécissent le cœur , et vous ôtent la liberté et la lu-^ miere dont vous avez besoin dans votre état , selon ces paroles du prophète : La crainte et le tremblement sont venus fondre sur moi ^ et les ténèbres ni ont environné.

A Mad. de MATNTEN0î7. 7î

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