LETTRE XXVII
Sur la tristesse.
T E ne vous dis pas , Madame , de ne ^ vous point attrister ; mais de ne vous point affliger ; comme les personnes qui îi'ont pas de confiance en Dieu , ni de soumission à ses ordres. Inspirez-en-une grande au roi : obtenez de lui qu'il consulte Dieu un moment dans les affaires sur lesquelles il délibère. Il est capable de bien entendre ce que la Sagesse dit d'elle-même dans les Proverbes. C'est de moi que vient le conseil et V équité : c'est de moi que vient la prudence et la force : les rois régnent par moi : et c'est par moi , Tome IX, (15) F
î 14 Let. de m. l*Ev. de Chartres
que les législateurs ordonnent ce qui est juste : les princes commandent par moi ^ j'aime ceux qui rn aiment : ceux qui s^éfe illent dès le matin pour me chercher , me trouvent. Communiez extraordinairement pour lui ; ofFrez-vous à tout , pour î''amour de Dieu , qui vous a choisie pour Je consoler , lui obéir , et le sauver. Priez , quoique triste et affligée : pleurez dans votre oratoire aux pieds de N. S. : vous recueillerez avec joie le fruit de ce que vous aurez semé avec tristesse. Ne croyez pas perdu ce que vous ferez tristement pour Dieu : les prières , les communions sont plus nécessaires et plus méritoires en ce temps-là , quoiqu'elles soient sans le sentiment ordinaire de la dévotion qu'on goûte dans les autres temps. Que votre prière ordinaire et vos élévations de la journée soient cette demande que N. S. vous a enseignée : Que votre vo-^ lonté soit faite en la terre cow.me au cieli Espérez en Dieu souverainement : n'at-îL pas tourné toutes choses pour votre saîut? Vous seriez une ingrate bien coupable si vous hésitiez un moment. Tout ce qui arrive ^ hors le péché , vient de iui ; souvenez vous de ces paroles du Sauveui* à St. Pierre : Vous ne voule^ pas que je boire le calice que mon F ère m'a
A MâD. de MaîNTENON. II j
envoyé? Ne demeurez pas dans l'affliction ; occupez-vous , quoique tristement , des choses que vous aurez à faire. Le Sei' gneur me conduit , rien ne me manquera , disoit David ; il me conduit dans sespâtu-^ rages. Abandonnez à Dieu le soin de Pavenir , et faites au temps présent ce que vous connoîtrez que Dieu demande. Il vous a tirée de tous les périls : et sont pouvoir et son amour ne sont pas encore épuisés.