‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 29 sur 80 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

Utilité des peines d'esprit,

JE souhaite de tout mon cœur , madame , que vos ennuis servent à vous faire mourir à toute volonté propre. Le goût d'une douce retraite souiiendroit bien plus la nature : vous vous rendriez à vous-même un témoignage bien plus avantageux de votre conduite et de vos sentiments , si vous aviez beaucoup d'heures libres pour lire , pour parler de Dieu , pour vous occuper de bonnes œuvres. Quand on est dans un assujettissement continuel , qu'on fait des riens toute la journée ^ on ne peut se rendre compte à soi-même d'aucune occupation solide : le fond du cœur s'attriste , se dessèche ^ et se décourage : mais c'est le découragement même , qui purifie le cœur , pourvu qu'on n'y succombe pas : on fait la volonté de Dieu en ne faisant rien : on rompt sa volonté propre , et par conséquent on fait beaucoup , quoiqu'on paroisse ne rien faire : de moment en moment , on se présente à toutes les choses dont Dieu charge : ô ! que îe fardeau de chaque moment est bon ! plus

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il est pesant , plus il est précieux : je suppose que Dieu le donne , et que nous ne le prenons pas. Cv-^mme il faut abandonner au torrent toutes les heures que Dieu vous arrache , il faut aussi , avec la même fidélité , vous réserver pour vos exercices toutes celles qu^il vous permet de vous réserver : il faut avoir égard aux besoins du corps qu'il faut soulager , aux peines involontaires deTesprit qui minent le corps , et à toutes les autres circonstances : un peu de silence , dans certains petits intervalles des affaires , ou de conversation , réveille les forces de l'âme , la renouvelle en Dieu , et soulage le corps trop épuisé : et quand on sent que l'humeur se dessèche , que la facilité d'agir avec joie et simplicité diminue , il faut recourir au recueillement; si l'on ne peut prendre plusieurs jours , en prendre un , quelques heures au moins , quelques moments dérobés. Le recueillement riourrira en vous le germe de vie naissant , que Dieu met dans votre cœur. J'aime bien cette foi simple avec laquelle vous cherchez Dieu : vous le trouverez, puisque c'est lui qui vous mv^ne à lui-même. Je ne puis m'empecher de vous dire tout ceci : et je vous avoue que je vous plains, quand je pense à vos embarras ; mais c'est

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le moyen particulier de Dieu sur vous , pour faire son œuvre. li exerce souvent les autres par des croix qui paroissent croix. Pour vous , il veut vous crucifier par les prospérités apparentes , et vous montrer à tond le néant du monde par Ja misère attachée à tout ce que le monde a d'éblouissant'. Ainsi Dieu vous mènera droit à lui par' tout ce qui semble vous en détourner , pourvu que vous marchiez toujours dans cette foi droite et simple jt qui est votre attrait.

LETTRE XXVL

Sur le repos nécessaire au corps,

TOut ce que j'ai eu l'honneur de vous écrire , ou de vous dire sur le courage dont il faut se défier , se réduit à ceci : c'est qu'il ne faut en rien compter $ur vous. Dieu vous demande rabaissement de votre esprit , et même de^votre courage pour toutes les vertus. Ne vous fiez point à votre zèle pour renoncer aux soulagements^ pour accepter sans relâche de longues contraintes , pour porter une vie dure , et un travail d'esprit non interrompu : vous y succomberiez pourreS"^

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prît et pour le corps : le corps demeu-» reroit languissant, malgré sa vigueur , et^ se sécheroit infailliblement pour la piété.;' Soyez simple pour vous ménager avec support » comme vous voudriez ménager ^ne autre personne. Le parti de prendre sur soi , est u'a parti de philosophie : on veut tout faire pour les aqtres , et ne leur rien devoir : on veut les supporter sans en être supporté : on ne veut point se laisser voir dans un état de foiblesse , où Ton a besoin d^être épargné : à tout cela vous reconnoîtrez l'amour- propre et la vertu humaine-, J. G. avoit peu de temps pour instruire ses apôtres : il alloit les quitter : cependant il se dérobe à eux pour aller seul sur la montagne : il leur apprend à faire de même : il suspend leurs travaux apostoliques pour les faire. Teposer. Demeurez en paix devant Dieu , pour vous accoutumer à suspendre l'action de Pesprit , trop actif et trop confiant en son action ; vous éprouverez combien cette pratique est utile pour réprimer les saillies de la nature et les réflexions de la sagesse : amusez vos sens , et laissez à votre corfs le relâchement dont il a besoin : le corps et l'ame s'en porteront mieuîf , et les affaires n^y perçurent rien.

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Je crois , madame , tout ce que vous dîtes d? vou^ ~ même : mais je n'avois vu de dur dans votre vie que les assujettissements : il n'est pas possible que vous n'en ayez de grands par le roi , et par vos amis dont chacun prétend quelque privilège. Une personne qui a de la délicatesse , veut contenter celle des autres : de là , cette tension continuelle , cette application à tout prévenir , à tout deviner , à répondre à tout , ces efforts pour ne rien négliger : et de là aussi , la perte de la ssnté et l'épuisement de l'esprit. Reposez- vous donc , madame î ce repos nourrira dans votre cœur une certaine présence de Dieu , simple , tranquille et familière. Les choses que vous avez à faire , ne perdront rien par les interruptions : vous les ferez avec des grâces pjus abondantes et^avec plus de mort à vous-même. Vous irez toujours bien , pourvu que vous alliez , sans vous ref^arder vous-même. Il faut comprendre, pour les retours sur soi , ce que vous avez si bien compris pour le découragement ; tout ce qui est involontaire ne doit point vous troubler : on est importuné de l'attention sur soi - même , com.me de toutes les autres tentations : celle-là même est la plus opiniâtre : oa

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voudroit s'oublier , et l'on se trouve à chaque pas : on s'en afflige , on se condamne , on se décourage , et l'on ne voit pas que Dieu nous affranchit de l'amour - propre par l'importunité de Famour-propremême. On s'est aimé , on s'est occupé avec plaisir de soi : on se surprend souvent soi-même dans cette vaine complaisance de penser à soi : on en est las , et on ne peut s'en corriger : du poison ! Dieu en fait le remède. Quiconque n'est point attaché à soi-même par la volonté , en est détaché véritablement : il ne faut donc point s'inquiéter de ces retours fréquents ; il suffit de ne les pas seconder. Le principal est de n'agir jamais malgré îa lumière intérieure , suivant les motifs d'amour-propre qui viennent flatter l'irçagination. Pour les défauts d'autrui , on ne peut s'empêcher de les voir : mais il ne faut point les chercher , les appronfondir sans nécessité : il ne faut point considérer le mauvais sans le bon ; il faut toujours se souvenir de ce que Dieu peut faire d'un moment à l'autre dans la plus vile des créatures , rappeller les sujets que nous avons de nous mépriser nous-mêmes : le mépris pour les autres a quelque chose de dur et dehautain qui éteint l'Esprit de J. C. :

l'esprit

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î'esprit de grâce ne s'aveugle point sur ce qui est méprisable ; mais il le supporte avec respect pour entrer dans les secrets iriesseins de Dieu : il ne se laisse aller , ni au dégoût dédaigneux , ni aux impatiences de la nature : nulle corruption ne Tétonne; nulle misère ne le rebute ; nulle impuissance lie le dégoûte, parce qu'il ne compte que sur Dieu seul , qu'il ne voit hors de lui, que néant et

péché

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