‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 37 sur 80 · LETTRE XXXV I · texte numérisé non relu

LETTRE XXXV I

Sur la ferveur,

JE prie Dieu qu^il vous découvre ce mystère ineffable de son amour , que les hommes ne peuvent expliquer , et que la seule expérience de la grâce et de la charité fait éprouver aux âmes ferventes. Demandez donc cette ferveur, afin de la comprendre , et pour vous soutenir dans les peines et les sécheresses de vos embarras : qu^il me baise du baiser de sa bouche : la Sainte-Vierge vous présentera un baiser de la bouche de son fils. Ce m.oment sera court ici-bas et mêlé des ombres de la foi : mais nous jouirons de cette faveur dans l'éternité , où nous ne désirerons , ni ne craindrons plus rien.

Vos redditions y madame , m'assurent que Dieu est avec vous , et que vos imperfections et vos langueurs ne vous sépareront pas de lui : vous tâcherez de yous élever au-dessus de votre mal pour

faire

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ftîîre de bonnes œuvres. Ne vous étonnez pas de sentir l'appesantissement du corps par la maladie , ni même la pesanteur de l'esprit : la liaison du corps et de i'ame est si étroite dans cette vie , qu'il n'est pas possible que Pâme conserve toute sa vigueur dans les maux du corps ; mais je vois votre volonté toujours ferme dans l'état de la grâce et dans la soumission à Dieu. Mon ame , disoit une sainte , est solidement affermie et fondée en Dieu, Tant que vous serez humble et charitable , vous ne serez jamais ébranlée dans votre état. Je ne veux pas vous surcharger d'écriture : je remets à un autre jour une courte préparation à la mort. J'espère que Dieu vous conservera encore pour nos diocèses , et pour tous les biens que vous faites à l'Eglise , à l'état, au roi et à Saint- Cyr,

L'appréhension oii vous êtes , ne convient pas à la grande fête de demain , ni à vos besoins. Vous craignez où il n*y a pas à craindre : et cette crainte resserre un peu votre cœur , et vous ôte la liberté et la joie dans le service de Dieu. Deux choses vous sont absolument nécessaires : la première , un soin extrême de conserver votre cœur dans la grâce où Dieu Ta établi , grâce qui vous a rendu son Tome IX. (15) G

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amie et son enfant ; en sorte que vous lui pouvez dire avec une pleine confiance : Mon père qui êtes dans le ciel. La seconde c'est que vous administriez au roi les diverses grâces dont il vous a fait la dispensatrice 5 en lui parlant à propos en son îîom , et en agissant toujours par son esprit.

La ferveur sensible n^est pas en notre pouvoir : elle vient et se retire , selon les divers desseins de Dieu , qui a coutume d^exercer ainsi ses plus fidèles serviteurs : le capital est de conserver votre cœur dans la fidélité que vous devez à Dieu ; de sorte qu'il l'aime souverainement au milieu des distractions de la vie. Je ne vois rien dans vos redditions , madame , qui vous doive inquiéter : je crois que votre peine est une tentation. Il faut que vous puissiez dire , comme la Sainte- Vierge : Mon hien-aimé est à moi ^ et je suis â lui, Laissez-là vos craintes , et îivrez-vous toute entière à la confiance et à l'amour de celui qui vous aime et garde comme la prunelle de l'œil , qui vous tient sous ses ailes 5 qui vous nourrit et vous conduit , comme une poule ses poussins ; c'est la comparaison aimable de N. S. dans l'Evangile : vous ne comprenez pas encore jusqu'où va sa dilection par*

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faire pour vous. Le monde vous dissipe , mais il ne vous enivre pas ; vous languissez souvent , mais vous brûlez dVnvie d'être fervente; vous parlez , mais pouvezvous garder le silence ? les choses publiques et blâmables passeront- elles impunément sous vos yeux devant de jeunes princes , assez infatués d'ailleurs des folies du siècle ? Nul scrupule mal entendu , la charité n'est pas précipitée , mais elle n'est point la dispe des courtisans.

La cause des innocents est si favorable , qu'on doit même manifester en secret aux particuliers innocents , qui y ont intérêt , les défauts secrets de leurs frères , quand ils leur peuvent porter un préjudice considérable. îl y a bien de la difrérence , madame y entre l'indignation des justes envers les pécheurs , et l'indignation pharisaïque et la malignité à&s.

gens du monde qui se couvrent d'uiîe fausse justice. C'est ce que St. Grégoire remarque admirablement sur le chapitre 1 5 de St. Jean : La fausse justice , dit-iî , n'a que de P indignation ; et la vraie a de la piété y quoique les justes aient accoutumé d"* y mêler de V indignation : mais il y a bien de la différence entre ce qui part d'un principe d'orgueil et de mali%nité * et

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■ce qui vient du T^ele de la discipline et de r amour du bien. Les justes n'ont point d'indignation par le plaisir de mépriser les antres , mais par charité : et quoique par un zeîe de discipline y ils paroissent extérieurement contraires aux pécheurs , ils conservent au-dedans toute la douceur de la charité : ils se mettent souvent en esprit au dessous de ceux qu'ils censurent » et se soutiennent eux - mêmes par rhnmilité. Les faux justes n'ont que des pensées de vanité pour eux-mêmes, et àe mépris pour leur prochain : sans miséricorde , sans compassion pour les infirmes , ils deviennent plus méchants que ceux qu'ils veulent corriger. Que vous êtes éloignée , madame , de cette fausse justice ! je n'en vois pas la moindre trace dans votre cœur. Si vous sentez tant de peine contre les défauts de votre prochain , c'est par la droiture , l'amour du bien , et le zèle que Dieu a mis en vous : l'impatience et les foiblesses peuvent se mêler souvent dans votre zèle ; mais comment pourriez-vous être au milieu du monde , sans en contracter quelque poussière ? qui pourroit s'élever au dessus de ces fautes ? elles deviennent comme inévitables , quoiqu'il faille toujours vous en humilier et les fuir. Gardez-;

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vous bien de tomber dans la tristesse et dans la pusillanimité , comme si DieuÈ étoit éloigné de vous : je vous assure qu'il est bien proche de votre cœur ^ et qu'il y règne souverainement : il s'y est fortifié , et sans cela , il y a longtemps que vous auriez été renversée.

Il y a dans l'Eglise y comme dans les royaumes de la terre , des places fortes: et imprenables , que Dieu a bâties poux la défense et pour Tasyîe des autres: il y met tant de provisions , et les soutient si puissamment , que toutes les forces ennemies ne peuvent s'en rendre maîtresses. Réjouissez vous donc 5 madame:

mettez votre confiance en celui qui est votre force r soyez Tasyîe de vos frères ^ du roi , des princes. Si vous deveniez; triste, cet asyle deviendroit pour eux une prison. On doit, à la vérité, être toujours dans une humble crainte , pendant qu'on est assiégé de tant d'ennemis : mais il faut de la force , du courage , de la confiance t et la joie d'une fidelle et courageuse défense doit l'emporter sur les petites pertes qu'on auroit faites.

Dites à Dieu humblement , puisqu"*!!

vous a fa't tant de bien par Pobéissance : T^ous me condwse\ , Seigneur , par ceux que vous m ave^ envoyés y ils rhe prescris

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vent d'espérer et de me réjouir en vous : réjouisse^ , Seigneur , Vame de votre servante ^ parce que je Vai élevée vers vous t paroles de David dans un état pareil au vôtre.

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