‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 38 sur 80 · LETTRE XXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVII

VOs tristesses , madame , ne sont pas des péchés : et ce que votre confesseur vous a dit sur cela doit vous rassurer. Je vois par îa candeur avec laquelle vous me dites celles que vous avez même contre moi , que vous avez aussi été troublée de mes manières ; mais c'est un exercice que Dieu a permis auquel vous ne devez plus penser. J'y ai donné lieu sans le vouloir , et vous avez eu raison d'en être peinée : j'espère que Dieu vous donnera plus abondamment la consolation que vous n'avez pas trouvée : ne parlez plus de cela , et ayez la simplicité de faire avec moi comme à l'ordinaire : puisque Dieu ne vous ôte pas la confiance , c'est une marque qu'il me prépare des occasions de mieux faire, et qu'il veut que vous soyez un enfant

Vous ne trouvez pas toujours la même consolation çt le même goût dans

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les sacrements et dans la prière : vous y trouvez même quelquefois du dégoût :

vous ne les quittez pourtant pas , et vous attendez les moments que Dieu a choisis pour nourrir et réjouir votre ame : il faut faire de même pour tous les autres secours qui sont dans Fordre de Dieu.

Comment ne serîez-vous pas tnste , madame , au milieu de tant de peines et de malheurs ? C'est une des tentations humaines dont parle St. Paul : Dieu est fidèle, et vous n'êtes pas tentée comme les mondains , vous Tètes comme les saints : vous êtes afFiigée de ne pas trouver quelquefois des secours que vous désireriez : cette peine vient d'un hoa principe : il faut se soumettre et attendre : Dieu réserve à un autre temps ce qu'il n'avoit pas accordé au premier besoin.

Job fut délaissé de ses plus proches et de ses meilleurs amis : Dieu lui rendit des consolations au centuple. N. S. a été saisi de frayeur , et d'une extrême tristesse : il disoit à ses apôtres en ce rr.oment : Aloname est triste jusqu^à la mort, lia voulu sanctifier par là Féiat des plus grandes tristesses , et apprendre à ses élus que la perfection ne consiste pas à n'être jamais accablé , mais à se soumettre à la volonté de Dieu dans \ts plus grands

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délaissements. Courage , madame ! Diea vous redonnera dans nn moment les sou* tiens qu'il vous a refusés dans un autre. Celle qui porte la gloire de Dieu devant Jes rois de la terre , qui n^est à la cour que pour les grandes œuvres de li charité et de la religion , aura de grandes afflictions : mais elle aura aus>.i un grand consolateur. L'important pour elle , est d'orblier tout ce qui peut la troubler , de s'atrri.he" à la volonté de Dieu , et de metrre en lui sa confiance , et de dire avec le prophète : Mon salut est de m'attaclier à mon Dieu inséparablement , et de mettre, en lui toute mon espéra^^^ce.

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