‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 40 sur 80 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

paraphrase cTun passage des Cantiques»

J'Ai confiance en votre confiance , madame , car je crois que Dieu , qui vous donne tant de grâces pour la France , peut bien vous donner des pressentiments qui seroient les premiers gages du bien qu'il nous veut faire : il vous montre peut-être ce qu'il veut accorder à votre foi , et à vos prières : priez le donc humblement , et avec confiance , qu'il nous relevé après nous avoir humiliés , et qu'il rende la France plus chrétienne et plus florissante que jamais.

Dites y madame , dites demain à Pépouîc de votre ame , ce que Pépouse par excellence lui dit dans le Cantique des Cantiques : TLre:[ moi après vous y nous cour-> rons après Vodeur de vos parfums.

Lorsque vous vous sentez engourdie > tiède , lasse , ennuyée , ne quittez point pour cela vos exercices spirituels , et n'entrez pas dans la tristesse , et dans la défiance que la nature ou la tentation inspirent : mais cherchez la maita de celui igui peut vous secourir 5 le conjurant avec-

A Mad. de Maîntskon. 147

l'épouse de vous tirer après lui. O que la Ste. Vierge le disoit souvent de bon cœur par Fardeur extrême qu'eile avoit d'arriver à la plus grande perfection des vertus ! Ne cessez point de crier : Tirej^-^ moi , jusqu'à ce que vous puissiez dira comme David : Tai couru dans la voie de vos commdiidcments , lorsque vous ape\ élargi mon cœur ; tire^ moi après vous. Quelle merveille qu'elle ait besoin d'être tirée , puisqu'elle court après un géant , et qu'elle tâche d'atteindre celui qui saute sur les montagnes , et qui passe avec tant de vitesse par-dessus les collines ! elle ne peut pas par elle-même courir après le géantqui est descendu ici-bas du haut de sa gloire 5 et qui s'est hâté d'y retourner pour Tamourde nous : elle ne le peut pas par ses propres forces ; c'est pour cela qu'elle désire d'être tirée : Je suis lasse ^ dit-elle, je tom.been défaillance , ne m* abandonne^ pas '^ mais tïrt\ m.oi après vous , de peur que je n'aille à d'autres amants comme une vaga^ bonde , et que ne j e coure comme une per-* -sonne égarée , qui ne sait quelle route tenir» Combien hélas ! d'amantes infortunées qui seroient encore épouses de ce divin époux, et qui sont du nombre de ces folles de TEvangile, qui, ayant le dehors du christianisme , n'ont pas l'huile de la

148LET. DE M. l'Ev. de Chartres

charité , et sont pleines des objets dûmonde et de l'amour du siècle au dedans du cœur ; auxquelles Pépoux dira, lors qu'elles viendront frapper à îa porte de la salle^ éternelle pour avair part au céleste banquet des vierges sages : Je ne l'ous connois pas ! Dites sans cesse à Dieu : Tire\ moi après vous , parce qu'il vaut mieux que voys me tirie'{ , que vous me fassiez violence, quelle qu'elle soit , ou en m'effrayant par des menaces , ou en m'exerçant par des châtiments , ou en m'humiîiant par des peines, des maladies , des, contradictions , que si vous me laissiez paisiblement jouir des douceurs de cette vie. Il est juste , madame, que nous vivions dans une continuelle soumission , qu'après avoir représenté à Dieu nos besoins et nos intérêts, ce sentiment d'Héli demeure profondément gravé dans notre cœur :

Il est le Seignmr ^ qu il fasse ce qui est bon et agréable a ses yeux. Voilà le point , madame , qui doit fixer notre cœur dans tous ses mouvements , et où il faut revenir dans nos plus grandes alarmes : Qu^est-ct que je cherche dans le ciel et sur la terre , ô mon Dieu î sinon vous ? O mon Dieu ! vous êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour toujours : et encore \j'ai estime toutes choses comme de la boue , ajin de

A Mad. de Maintenon. 14^

gagner J. C. , st que je sois trouvée en lui n'avoir pas une fausse justice qui vient de moi y mais la véritable qui vient de lui. Voilà le degré suprême de la préférenceque nous devons donner à Dieu , quelques biens que le monde nous offre j, quelque grands que soient les maux dont. il nous menace*

Page 1