LETTRE XL
Sur la patience^.
J'Ai Îu , madame, vos redditions : elle^ me si'ffisent peur me faire comprendre votre état. Je vous entends à demi-rnot : et , grâces à Dieu , vous n^avez jamais été difiicile à comprendre , parce que Dieu vous a imprimé un caractère de candeur et de vérité, qui ne peut compatir avec îa moindre dissimulation. Je vois , madame , par le portrait que vous me faites de vous-même, que ia patience vous est singulièrement nécessaire : comme je crois n'avoir jamais traité avec vous ce sujet dans toute son érendue , je vais l'approrbndir, afin de vosis affermir daus cette vertu, . , ,Siiit un long discours sur la
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patience , qui fait voir la science de Vau-^ teur y et qui finit ainsi :
La patience est donc le grand instrument de la sanctification des autres :
vous ferez , madame , des biens infinis par cette voie : il faut que vous ayez toutes sortes de patience , une patience à l'épreuve , une patience toujours accompagnée de joie et de douceur. Par là , vous sanctifierez non-seulement Saint- Cyr , mais la cour : vous serez le sel et la lumière du monde : votre douceur et votre patience, accompagnées de vos bonnes œuvres , inspireront du goût pour la vertu -, elle éclairera plus que nos prédications : vous répandrez la bonne odeur de J. C. avec tant de douceur et d'édification , que vous en serez vous-même étonnée. J'ai été plus loin que je ne pensois , en vous parlant de la vertu qui doit vous erre la plus chère. La demander très-instamment à Dieu , penser souvent aux exemples de J, C. et des saints , la pratiquer sans relâche , rappeller le souvenir des persécutions, voilà le vrai m.oyen de l'acquérir. Souvenez vous que la foi est un apprentissage du martyre. Quelle patience ne faudroitil pas pour confesser J. C. dans la faim ^ dans la soif, dans Texil^ dans les soui^ 'l|
A Mad. de Maintenon. ist
frances? Celle, qui devroit soutenir de tels combats, aura-t-elle la foiblesse de céder aux moindres épreuves ? Faites donc , madame , selon cet excellent livre de l'Imitation , une résolution terme et inébranlable de tout souffrir pour Tamour de Dieu , quand il vous enverra quelque peine dans votre état, et offrez vous de nouveau à lui ^n ce saint temps. N'oubliez pas cette sentence du Sage :
L'homme patient vaut mieux que le courageux : et celui qui est maître de son esprit^ vaut mieux que celui qui force les villes^