LETTRE LIX
Sur l'orgueil,
ANimez vous , madame , contre l'orgueil par ces motifs : i°. L'prgueiî est l'ennemi de toutes les vertus : il nous ravit en un mioment le fruit de nos bonnes œuvres: En vérité y je vous le dis y ils ont déjà reçu leur récompense. Les vertus les plus éminentes deviennent un péché par la contagion de ce vice : imitez la Sainte-Vierge : écrasez , comme elle , la îête de ce serpent. i^. Motif: Cette passion est la source et la racine de tout péché; /a superbe sépare de DieUy et conduit à r^apostasie , dit le St. Esprit dans les proverbes. Considérez en détail Fétendue. de ce grand mal , pour en concevoir tous les jours une plus grande horreur : selon St. Grégoire et les théologiens , il mené à son cortège l'amour des pompes et vanités du siècle auxquelles vous avez rer>oncé , l'attachement à son sens , le désir de commander par -tout, l'horreur de Tobéissance ; une recherche continuelle de sa propre gloire jusqu'aux pieds des autels et dans les choses les plus saintes ,
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et devant le souverain Fvoî , devant lequel toute créature doit être anéantie ; l'opiniâtreté , la colère , la mauvaise joie dans la prospérité , la tristesse ennemie du salut , la haine continuelle de ceux qui nous sont préférés , ou qui nous méprisent. Quel vice ! que ses racines sont profondes et étendues î Puisque le corps du péché est mort en vous par la grâce du Sauveur , travaillez à en arracher jusqu'aux plus petites racines. 3^. Motif: Dieu a enabomi' nation le superbe. L'abomination n'est pas une haine commune : c'est une aversion excessive : de là vient que Dieu le punie avec tant de sévérité, et quelquefois si soudainement , parce qu'il ne le peut souffrir long-temps. Dieu a renv-ersé y dit i'Ecclésiaste , les trônes des puissances or^' gueilleuses , // a mis à leur place des. personnes humbles. 11 n'a pas épargné les nations entières , à cause de leur orgueil: il les a desséchées jusqu'à la racine, il a ar.éanti leur mémoire. L'unique gloire de l'homme , du pauvre et du riche, c'est de craindre Dieu et de ne mépriser personne: l'ange superbe est précipité du haut de sa gloire 5 et changé en démon aussitôt après son péché : Dathan et Abiron sont ensevelis tout vivants dans l'enfer , à cause de leur ambition: Nabuchodonosor , roi
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de Babylone , dans Tinstant même de sa vaine cumplaisance , est chassé de son trône , et réduit à vivre en bêta pendant sept ans , jusqu'à ce qu'il confesse luimême que Dieu sait humilier les orgueilleux : Hérode , roi de Judée , écoute avec plaisir une flatterie du peuple , qui s'écrie après sa harangue , qu'il a parlé divinement , et à l'instant il se sent frappé par l'ange du Seigneur , et devient la pâture des vers. Oque la miséricorde de Dieu a été grande sur vous , de ne vous avoir pas frappée, lorsque vous étiez orgueilleuse! qu'il est bon de vous avoir ins*piré un amour sincère pour l'humilité ! quel puissant motif de vous animer contre la superbe, puisque vous voyez Dieiï , quevous aimez présentement de toutvotre cœur, si fort animé contre ce monstre ! Ne retournez jamais voîontairementsur vous-même pour vous y complaire un instant , encore moins pour vous y arrêter. Pensez , au contraire , à ce qui vous doit humilier, aux péchés de votre vie passée, supposé que vous en ciye:{ commis quelque s-^ uns d'humiliants. Pensez à ceux que vous pouvez commettre, environnée comme vous êtes de mille dangers ; vous portez 1^ grâce dans un vase bien fragile : vous pouvez devenir im démon en peu ùq
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temps ; vouf n'avez qu'à vous remplir de bonne opinion de vous même. St. Augustin dit que la vaine complaisance em soi-même est un des plus dangereux ef^ fets de l'orgueil. Appliquez- vous parti-* culiérenient pendant ce mois à vous humilier profondément devant Dieu. Réduisez-vous à rien , si vous pouvez , dans votre pensée , à la prière y au Sacrifice de la Messe, à la confession , à la communion , sur- tout à la prière : ditcs-y comme Abraham : Je parlerai au Seigneur ^ moi: qui je ne suis que cendre et que poussière ;ovt comme David , et avec le même sentiment : Je ne suis dei'ant pous que commeun néant: au Sacrifice, anéantie aux pieds; de l'autel , desirez de sacrifier sans ré^ serve vos biens , votre gloire , votre vie,, pour l'honneur de votre souverain, maître-:: à la confession , frappant votre poitrine y. confessez très- humblement que vous êtes; coupable et très coupable» Ressouvenezvous , qu'être pénitente , c^est ai'oir um caurcontiit et humilié. A la communion 5, répétez trois fois les paroles humbles d.m Centenier , que le prêtre, lui-même , dit à l'autei , quoique bien plus digne des saints mystères que vous , àcause de som caractère : Seigneur , je ne suis pas dlgjte; que vous entri^\ en moi. Lisez tous les jours
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