‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 58 sur 80 · LETTRE LVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LVIII

Sur la patience.

Jeu demande de vous une grande patience : j^ai forterrrent dans l'esprit qu'il veut faire quelque chose de grand par vous : tout ce que je vois est contre Tordre naturel des choses , et rien n'arrive ici-bas par hasard. Le Seigneur vous conduit , rien ne vous manquera : votre état est de lui : il n*est point médiocre : et j'ai plus d'espérance que jamais de voir vos désirs accomplis. Vous ne connoissez pas l'avantage de la souffrance ; c'est un temps de nuage et d'obscurité ; la foi doit vous y conduire , et la confiance en Dieu doit vous y rendre inébranlable.

Vous croyez quelquefois être anéantie :

la souffrance vous accable : le dépit vous environne : c'est un chien qui aboie ; il ne vous mordra jamais , que vous ne le vouliez. N'examinez point , dans le temps de la peine , ni vos souffrances , ni vos 1 impatiences : elles sont plus hors de votrJI

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coîiir 5 que VOUS ne pensez : vous vous connoîtrez mieux après la tribulation i l'Ecriture nous apprend que Thomnie patient vaut mieux que l'homme fort , et que celui qui devient le maître de luimême , est bien au-dessus de celui qui étend des conquêtes sur des villes fortes. Vous pouve\ être martyr sans passer par hglaij/e , dit St. Bernard , si vous garde :{ la patience. Vous voyez , madame , combien votre état présent vous élevé dans la piété sans y penser. St. Jacques nous assure que la patience fait un chrétien parfait ; VonsidéreT^ y dit- il , comme le sujet d'une extrême joie ^ les diverses afflic^ lions qui vous arrivent^ sachant que T épreuve de votre foi produit la patience. Or la patience fait un ouvrage parfait. Pourquoi donc vous affligez-vous , madame ? Pourquoi regardez - vous votre état, comme un état de bassesse et de médiocrité ?

Glorifions-nous , dit St. Paul , dans nos afflictions , sachant que V affliction produit la patience , la patience V épreuve , V épreuve r espérance , et Vespérance ne nous trompe point. Vous souffrez , mais Dieu vous prépare par là à ses desseins : vous souffrez de vos impatiences ; mais elles sont légères, et vous gagnez pins que vous

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ne perdez : vous souffrez de ne plus faire tant de bonnes œuvres ; mais la souffrance est une œuvre parfaite , et vous méritez la grâce des bonnes œuvres auxquelles Dieu vous destine. Vous souffrez d'attendre sans voir d'avancement ; mais qu'importe , pourvu que Dieu le voie ? Vous souffrez . d'être abatue , de vous voir dans les larmes , dans le danger d'offenser Dieu : mais Dieu vous sanctifie y et éloigne de vous , par la souffrance , l'orgueil , l'hypocrisie , la présomption , l'amour du siècle , l'attachement à la vie : vous ne discernez pas que Dieu vous corn duit parla main dans l'école des vertus , compagnes inséparables de la patience , et qui mènent à la perfection , à l'humilité , à la douceur , à la confiance en Dieu , à la soumission , à la providence , à la pénitence , à la faim et soif de la justice , à la prière , à l'amour de Dieu que vous sentez être funiqre ressource solide dans les misères de ce déplorable pèlerinage. Tout ce que je vois aujourd'hui en vous me montre la main invisible du Tout-Puissant qui vous conduit. Pourquoi êtes-vous à la cour ; au faîte des grandeurs? pourquoi tant de goût pour Dieu ? pourquoi tant de désir d'une vie parfaitement chrétienne ? pourquoi

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le prince, amusé innocemment, et comme . lié par la main de Dieu? c^est qu'il le veut hors des pièges du diable , il veut rafFranchir et ensuite le sanctifier : il le ,lie , et il vous lie ; car c'est par vous .qu^il veut le sauver : s'il vous échappoit , 'et si vous lui échappiez , son dessein ne s'accompliroit pas. La contrainte est donc dans Tordre de Dieu : les jours paroissent vuides aujourd'hui pour en fournir à Tavenir de pleins ; quoiqu'il y ait , ce semble , encore tant de choses à faire , il faut aujourd'hui ne rien faire pour attendre le temps de faire tout. C'est beaucoup que les liens de l'iniquité soient rompus et qu'il soit délivré î votre chambre est son asile ; Dieu l'y conduit hors des pièges du siècle : sans vous , hélas ! où ne seroit-il pas pris , parmi tant d'embûches qu''on lui tendoit ? c'est beaucoup qu'il s'accoutume à ne plus donner les jours de sa vie à la malignité du siècle : c'est déjà les racheter dans un sens : et Ton peut espérer qu'il sera conduit jusqu'à les remplir de bonnes œuvres. Ecriez-vous avec St. Paul : O profondeur de s trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! que ses jugements sont incompréhensibles , et ses poies impénétrables ! car qui a connu les desseins de Dieu , ou qui est entré dans

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le secret de ses conseils ? tout est de lut , tout est par lui , etc.

Offrez vous à lui dans toutes vos peines, et oiFrez les pour le roi et pour son état. Considérez les exemples de Job , de Tobie et de tous les saints que Dieu a purifiés par îa patience : imitez leur égagalité et leur constance : Dieu vous veut dans l'esclavage , quoique vous soyez née libre , afin que vous retiriez du véritable esclavage , qui est celui dti péché , l'a. personne que vous aime\ le plus.

Je suis bien content de votre amour pour Dieu , de votre zèle pour les bonnes œuvres , de votre crainte de FofFenser , de la haine que vous avez contre le monde, de votre détachement de la vie , de votre joie au souvenir de la mort et de Fêternité. Mais faites vos efforts pour avancer dans la patience : îes ennuis et les mortifications de votre état vous tiendront lieu de pénitence. G^rson dit ^ qu'il faut cultiver notre ame comme un jardinier cultive son jardin : quand il fait sec , il Farrose : quand il pleut , il cesse d^arroser:. il semé en certains temps les fruits de la saison : c'est à présent le fruit de la paience qu'il fiut cultiver , c'est la saisoa de cette vertu. Je verrai , madame ^ ^

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votre retour de Fontainebleau , si votce jardin est bien fertile.

Ne pensez guère aux sujets qui pour-* roient vous attrister : Dieu est près de vous : que vous faut- il de plus , pour vous donner une joie solide ? il faut que vous fassiez voir la vertu aimable , €t qifor^ voie en vous que le poids de l'Evangile n'accable point ; qu'il est aa contraire si doux et si léger , quand on le prend véritablement sur soi , qu'il devient le véritable soulagement d'une ame : c^est à vous à mettre la piété en réputation et à faire sentir la vérité de cette parole du St. Esprit : Que la bonne conscience est lUt hanquet continuel : douce ^ gaie , complai* santé en tout , hors dans le mal qu'il ne faut ni faire , ni approuver , ni permettre ; mais que vous devez réprimer fortement , à moins que la sagesse chrétienne ne vous eng?îge à supprimer des avis qui ne feroîent qu'aigrir et rebuter;

♦i4o I ET. DE M. L*Ev. r>E Chartres

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