LETTRE LX
Conseils divers.
VOus desirez toujours votre avancement, madam.e î de là je conclus que vous avancez. Si vous disiez , je suis riche ^ je n'ai besoin de rien , je me consente de ce que j'ai , je n'en veux pss
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davantage , je vous dirois avec assurance que vous êtes arrêtée , que la tiédeur a pris possession de votre ame^ et que vous allez reculer. Le désir continuel d'avancer et l'efîort que l'on fait vers la. perfection sans se lasser, est, dit St. Bernard, la perfection de cette vie. Je me réjouis, madame , de ne vous avoir jamais vue , depuis que j'ai l'honneur de vous connoître , sans ce désir sincère : et je me réjouis encore plus de voir cette inclination dominante dans votreâge plus avancé. Ne dois- je pas espérer que Dieu comblera vos vœux et vos prières ? Permettra-t-il que nous ignorions ce qu'il faut encore à votre mesure ? Je lui ai demandé ce matin , de tout mon cœur , de me le faire connoître, puisque j'en suis chargé avec vous, et puis qu'il vous inspire la confiance de me croire sur un article si important. Demandez-le avec moi , madame , dans ce saint temps , afin que Dieu me donne son Esprit. Il pénètre et fait pénétrer les profondeurs de Dieu , dit St. Paul : or , nous n avons pas reçu V esprit du monde , mais V Esprit de Dieu y a.fin que nous sachions les dons quil nous ajaits , et par conséquent les obligations ou les devoirs de reconnoissance qu'ils nous imposent. J'espère que dans ce temps de plénitude ^ il
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me donnera ee qu'il vous faut, ou qu'il vous donnera directement ce que mes péchés et l'abus que je fais de ses lumières empêcheroient que je ne reçusse pour vous. En attendant, je vous exhorte aux: bonnes œuvres de votre état , à souffrir davantage , si Dieu le demande de vous. Je vous conseille l'humilité de cœur dans. le rang et dans la place où la providence veut que vous soyez , un amour immensepour Dieu , une reconnoissance sans, bornes , un cœur plus charitable et plus miséricordieux que vos œuvres , une confiance, une paix profonde , la liberté des enfants de Dieu : soyez simple dans la fuite de tout ce qui est vraiment mal , prudente dans la poursuite de tout ce qui est vraiment bien , et , dans le choix de celui qu'on vous propose de faire ^ patiente, bonne, courageuse, gaie, ferme , indulgente, et si pieuse, que tout tende à la gloire de Dieu et au salut , toujours prête à mourir et à aller avec J. C. quanti Fheure sera venue. Votre conversion est sincère : vous achèteriez au prix de tout, ce que Dieu veut ; et si Fon vous poussoit, vous seriez extrême dans vos pratiques : vos prières sont bonnes , mais vous n'êtes pas impeccable:quand quelque négligence vous y prend , relevez- vous au
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plus vite y demandez pardon ; et ne croyez pas tout perdu , quand vous n'êtes pas eonteme de vous même. Combattez votre opinion sans scrupule ; vous n'en êtes pas esclave : et vous savez que tout vient de Dieu : je sais que vous lui renvoyez la gloire de tout, le plus que vous- pouvez^ La pénitence et les bonnes œuvres lavent les fautes légères dans lesquelles vous tombez. Les flatteries et l'amitié qui vous. trouvent par-tout, sont le piège ordinaire de votre place i vous y êtes atten-^ tive : vous les craignez :. j'espère que vous n'y ferez pas de chûtes considérables-:: détournez les yeux de ta vanité , des commodités , et des richesses de la maison du roi : comment y renoncer , si ce nest de cœur-? acceptez, en compensation, les incommodités et les souffrances que Dieu, y a invisiblement attachées. Je sais que la mesure en est bonne , et que Dieu sait quelquefois vous faire un partage que vous ne choisiriez pas sans lui , quoique vous y trouviez t^nt de plaisirs. Si Dieu n'avoit pas placé et enraciné la piété dans votre cœur , vous ne la rappelleriez pas si aisément au temps de votre besoin.
Je^'^uis assuré , madame , qu'elle n'est pas superficielle : faites qu^elle croisse encore y et aimez de tout votre cœur FÈglise g
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l'état 5 et le roi , et tout le reste dans Tordre de Dieu.
Je ne puis douter , madame , que Dieu ne veuille faire par vous de très-grands biens à notre pieux monarque , au royaume , et à l'Eglise : conservez-vous donc : et pour cela, suivez les leçons de M. Fagon. Tenez vous dans une grande liberté d'esprit et de cœur : l'innocence de vo*re vie et de vos intentions doit vous la donner. Un enfant , qui est aimé singulièrement de son père , qui Taime uniquement , qui est toujours sous ses yeux , qui ne cherche qu'à le servir et à augmenter sa gloire et sa joie , vit aussi luimême dans une joie et une Kberté continuelle : voilà votre état : vous êtes chérie dans la maison : vous n'en sortirez jamais : personne ne vous ravira à un si bon père : vous êtes continuellement sous ses yeux : il a un grand soin de tout ce qui vous regarde : un cheveu ne tombera pas de votre tête sans son ordre : il vous éclaire , d'en haut , des lumières d'une sagesse que le monde ne peut donner :
il vous a déjà donné son Esprit , et il vous le donnera encore : il vous nourrit avec plaisir de sa substance : il vous donne le pain des anges , le pain de rimmortàlué dans une terre de iï\ort et
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pleine d'hommes méchants et infidèles.
Enfin, madame » peur parler le langage de l'Ecriture , il me semble que Dieu vous . garde comme laprwiellc de son œiL Ayez donc une grande confiance : marchez dans la joie du St. Esprit en la répandant sur le roi ; car il a besoin de goûter la douceur et la liberté de la bonne conscience. Il regarde encore trop , la vertu et la perfection de son état , par ce qu'il y a de plus austère et de plus rebutant pour la nature : quand il verra la personne qu'il aime et qu'il estime le plus , dans une joie et une liberté d'esprit continuelle , dans une continuelle innocence, et dans un amour ardent des bonnes œuvres. Dieu lui fera la grâce d^aspirer au même bonheur : LA FEMME FIDELLE sanctifiera L'hOMME INFIDELE , dit St.
Paul : combien plus LE MARI Chrétien, Courage donc , madame ! Dieu a ses moments : les cœurs des princes sont entre ses mains : quand il commence à \es renouveller , on doit tout attendre : il achevé à la fin son ouvrage. Quelle joie pour vous de voir un jour ce roi , que vous aimez tant , de le voir comblé de bonnes œuvres , partager avec vous dans le ciel la même gloire et le même bonheur !
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Comme Dieu mêle dans la contrainte de votre état une abondance de peines et de servitude , il y répand aussi une abondance de grâces et de consolations.
Je ne crains point d'être séducteur en vous prêchant la liberté innocente de votre état ; et je n'ai pas craint d'être austère en vous assujettissant à certains exercices , quand j^ai cru que vous aviez besoin à'y être soutenue ou ramenée : ces deux leçons ne sont pas contraires , et ont besoin d'être unies : votre règle particulière ne vous oblige que dans les choses de commandement : tout le reste doit céder aux biens de votre état. Je n'^i garde d'abandonner les fonctions saintes de mon ministère , dont je vous suis redevable : je ne céderai jamais ma place à un autre , que quand cette cession vous sera plus avantageuse.