LETTRE LXXIX
JE prie pour vous , madame , sans discontinuation : votre état est si pénible, que je sens le besoin que vous avez d'être fortifiée de la grâce. Dieu vous traite^ madame , comme ses élus et ses amis : parce que vous êtes agréable à Dieu , il a fallu que la tentation vous éprouve , disoit l'Ange à Tobie ; il y a long-temps qu'on vous l'a prédit , vous vous y êtes attendue et préparée. Les grandes afflictions ô'tent la parole , mais la vôtre vient de la charité ; la charité sanctifie le silence et l'accablement où elle ifitte. Je suis , disoit David , comme une f^xts devant vous ; mais je suis toujours
'a Mad. de Maintenoîi. 3af
Mv^c vous. Il y a une stupidité qui approche de Dieu , il y en a une qui en éloigne: la vôtre est delà première classe; vous ne pouvez parler beaucoup , mais vous souffrez beaucoup : et vous souffre» parce que vous aimez Dieu ; c'est le principe , le motif et la fin de votre souffrance. Tâchez , madame , de profiter des moments de Dieu , pour la paix ; notre pue^spérité faisoit des jaloux , et auroit peut-être continué long-temps une guerre triste et funeste : Dieu peut-être veut nous donner la paix dans notre adversité ; nous gagnerons beaucoup plus que nous ne pensons par cette conduite de Dieu. La guerre n'est tolérable que pour obtenir la paix ; et la paix est un si grand bien , qu'elle dédommagede tout le reste : quand je parle ainsi , madame , je le fais sans voir et sans savoir actuellement ce qui est praticable : que ne voudrois-je pas faire pour vous soulager ! vous êtes chère à l état , à l'église et à Dieu : il vous soutiendra , il vous consolera : et quand vous marcheriez dans les ombres de la mort , vous ne devez jamais succomber à la crainte , parce que Dieu est avec vous. Je le prie de tout mon cœur qu'il vous fasse faire du pro^ grès par raffliction où il vous met , et
%tS Let. DE M. l'Ev. BE Chartres
qu'il vQus rende lui-même propre à le glorifier devant les rois et les princes de la terre.