‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 76 sur 80 · LETTRE LXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVIII

JE vais vous offrir à Dieu , madame ^^ sous la protection de la Sainte- Vierge ; je lui demanderai qu'elle soit votre avocate auprès de son Fils , maintenant et à l'heure de votre mort ; faites votre provision pour votre voyage ; demandez tout ce qui vous est nécessaire ; on obtient des grâces dans les jours solemnels , où Ton célèbre la naissance des grands ; cela est plus vrai et plus facile dans le royaume de Dieu, que dans le royaume du monde. J'ai une très-grande confiance que Dieu qui a commencé en vous son ouvrage , l'achèvera et vous donnera le vouloir et le faire jusqu'à la fin ; car quand il a justifié une fois les siens , il ne les abandonne jamais , à moins qu'il ne soit abandonné d'eux. Il faut que vous soyez plus humble , plus charitable , plus patiente et plus unie à Dieu par le fond de votre volonté et de votre cœur , que vous ne l'avez encore été ; car quel est , madame , votre appui , votre espoir , votre consolation , votre désir principal dans la vie ? n'estce pas Dieu , le Dieu de votre cœur ?

'a Mad. de Maintenon. 31$

celui qui sera votre partage pour toujours ? où pouvez-vous être bien sans lui ? où pouvez-vous être mal avec lui? Il est à Saint- Cyr au milieu de ses épouses , avec une bonté particulière i mais à la cour , à Fontainebleau et en tous lieux , plein de miséricorde , sans bornes pour ceux qui Taiment de tout leur cœur : ce qui vous reste de vie , madame , doit être tout à lui , il aura soin de votre mort. Un grand serviteur de Dieu , que vous connoissez bien , disoit à Dieu : f> Quand je jette les yeux hors de vous , je w n'y découvre rien de solide et de ferme; >5 je n'y vois ni amitié qui me puisse » servir , ni puissance capable de me sou- » tenir, ni conseil qui me puisse aider ; w je n'y trouve ni livre ni discours qui 9) me consolent véritablement , ni or ni » argent qui me délivrent de mes peines , w ni retraite qui m'assure et me dé- 93 fende : il faut que vous-même , morj V Dieu , daigniez me secourir , comme « étant le seul qui puissiez me consoler , w m'instruire et me défendre. " Dieu vous traite , madame, comme il fait ses élus , en vous faisant participante de sa croix au milieu des délices de la cour : j'espère aussi qu'il multipliera ses divines consolations au &)tïd de votre cosur , à mesure qu'il voug

'i^o Let. de m. l'Ev. de Chartres

envoie des souffrances. Vous voyez aussi, nsadame , combien on a raison de vous épargner les austérités , puisque Dieu v^us marque lui-même l'exercice par lequel il vous veut purifier. Je voudrois , ïp.adame , partager avec vous vos douleurs pour vous en soulager. Je vous conjure de ne pas augmenter votre mal par votre travail , ou par vouloir tout faire comme en santé. Je ne cesserai , ma-, dame , de prier pour vous.

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