‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 80 sur 80 · Let. de m. l'Ev. de Chartres · texte numérisé non relu

Let. de m. l'Ev. de Chartres

jour qu'aujourd'hui ! mais , mon Dieu , qu'elle ne soit pas pour ma seule satisfaction , et qu^il vous en revienne de la gloire pour ma sanctification î . . . .

Qu'il y a long-temps que je ne vous ai entretenu , ô mon Dieu ! et que j'ai de pardons à vous demander de la manière dont j'ai passé les quinze jours de maladie que je viens d'avoir ! je pou vois tirer plus d'avantage de mes souffrances : et quelque médiocres qu'elles aient été, votre bonté m'auroit compté ma résignation à les souffrir. Cependant vous m'avez fait la grâce de ne me pas impatienter : j'ai souffert , et j'en ai été bien - aise dans des moments : je n'ai pas même formé un désir pour ma guérison : j'ai aimé mon mal , et toutes les circonstances qui l'ont accompagné. J'ai eu beaucoup de soumission et d'indifférence pour les remèdes , ne mettant ma confiance qu'en vous seul : ce que j'y ai mis de mon fond , c'est une grande lâcheté, qui m'a fiit succomber aux petits maux que vous m'envoyez , un grand abandon de toutes prières , mécontentant des sentiments de résignation où je me trouvois : beaucoup d'amour propre qui m'a fait rechercher tous les soulagements possibles , une grande complaisance dans les

A Mad. de Maiisïtenon. 3 33

louanges que la flatterie inventoit pour me plaire , beaucoup d'ingratitude et d'aigreur pour les soins dont on m'a accablée , beaucoup de mépris pour mon prochain. Ah ! mon Dieu , que de mal pour un peu de bien ! . . . . R.ecevez-moi , Seigneur : animez mon esprit et mon cœur , en fortiiiant mon corps. Si vous me rendez la santé , que ce soit , ô mon Dieu î pour vous servir avec plus de ferveur que jusqu'à cette heure : et si votre volonté me destine à la soufFrance et à la langueur , faites que mon ame y se détachant, de la matière, s'élève vers vous avec plus de liberté ,

Vous m.e faites soufFrir , ô mon Dieu ! et vous m'envoyez un échantillon de cette pénitence que je vous demande tous les jours. Hélas ! Seigneur , la manière dont je la souffre me fait bien voir que ce n'esc pas sincérem.ent que je ia- demande .... Quelle tristesse m^'accable pour des maux très-légers ! que! abandon des exercices de piété que j'avois entrepris ! quel oubli de votre sainte présence ! quel découragement î quelle impatience ! Ah ! rr.on Dieu, ayez pitié de moi : mon état est déplorable

Pourquoi êtes vous triste, ô m^on ame f €t pourquoi vous troublez-vous ? espérer

'334l^ET. DE M. L'EV. DE ChARTHES

en Dieu , et consoJez-vous ; parce qu'il vous est encore permis dans votre douleur , de le bénir , et de lui rendre la gloire qui lui est due : il est mon Sauveur et mon Dieu

Lorsque j'étois affligée , j'ai élevé ma voix au Seigneur , et il m'a exaucée.

Seigneur , soulagez mon ame

Omon Dieu ! est-il quelque chose dans le ciel et sur la terre , que je puisse désirer ? Vous êtes le Dieu de mon cœur , et mon partage pour toujours

O mon ame , le Seigneur te suffira lui seul dans l'éternité : qu'il te suffise dans le temps ! .....

Ne souiTrezpas, mon Dieu , que j'aie ici-bas d'autre plaisir que de vous posséder , d'autre regret que de vous perdre

La terre est le séjour des privations : quand serai-je dans le pays du repos et de la joie ? . . . .

Quand on n'aime que Dieu , on ne doit être affligé que de lui déplaire : et sa volonté doit faire toute notre joie au milieu de toutes nos peines.

Béni soit Dieu , père de toute consolation , qui adoucit en moi toutes les amertumes de cette vie , et qui tourneen bien tous mes maux ! ,

A Mad. de Maintenon. 33 5

La vertu se perfectionne dans l'infirmité , et la force augmente par la foiblesse.

Je me glorifierai de mes infirmités , afin que la vertu de J. C. demeure en moi.

Plus le corps s'affoiblit , plus l'esprit de grâce doit se fortifier en nous.

Dans le christianisme , l'important n'est pas de beaucoup agir , mais de beaucoup aimer.

On aime beaucoup Dieu , quand on cesse de s'aimer soi-même : et l'on cesse de s'aimer soi-même , lorsque se sentant afToiblir et comme détruire , on consent de bon cœur à sa propre destruction pour l'amour de Dieu.

J'étois autrefois trop vive : il est bon d'être à présent amortie et comme mourante.

33<^ L'E'i. 3^E M. rEv. DE Chartres

Le T T p. E {i) de M. de Aie r inville.

A Chartres , ce i Octobre 1709»

JE n'avoîs jamais éprouvé une douleur pareille à celle que j'ai ressentie pendant la maladie de M. de Chartres , et k sa mon : aussi n'y at-il rien de comparable à la perte que je fais : je Taurois

(i) Je supprime de ce recueil l'importanta lettre de M l'evêque de Chartres au roi , parce qu'elle est imprimée dans le tome VI , p. 81 des Mémoires. Qu'on ne doute point de son aufenîicitë. J'ai vu de mes yeux l'original écrit et signé par M. l'évêque de Chartres : quelques ratures , mais point de mots substitués au dessus des mois layés -, au dos , ceux-ci de la main de Mad. de Maintenon : Lettre tres-secrette de AL l'évêque dû Chartres : point de date, mais elle est sûrement de la fin de l'année 1 697, après la paix de Riswick. Mlle. d'Aumale en parle dans ses Mémoires*, mais elle dit qu'on n'a pas voulu la lui montrer. On tient la copie donnée au public , d'un ecclésiastique qui a été attaché à feu M. de Mérinvil/e , évêque de Chartres , neveu et successeur de M. Desmarais. Les dames de Saint-Louis peuvent produire l'original : elles l'ont eu de M. de î\léitinville , qui leur donna cette pièce cachetée de ses armes , vingt ans après la mort de Mad. de Maintenon , à condition qu'elles nelouvriroient «qu'après k sienne. Cependant il écrivoit à Me. ds

A MaD. de MAîNTENON. 337

suivi de près , si sa maladie eCit été plus longue : j^en avois absolument perdu le sommeil et l'appétit , tant m.a douleur a été vive et continuelle , sans me donner aucun relâche. Je voulois toujours le voir dans sa maladie , et on m'en empêchoit les derniers jours de sa maladie, parce

Jvlaintenon : Ne soye^ point en peine , madame , j'ai brûlé tous les papiers qui vous rei^ardoicnt , que j'ai trouvés dans le cabinet de feu M. Vévêque de Chartres. Mais comment cette lettre adressée à Louis XÎV , a-t-elîe pu se trouver dans ces papiers l Vraisemblablement révêque la remit à Mad. deMaintenon , soit pour l'examiner, soit pour la donner au roi : et Mad. de Maintenoa trouva bon de la supprimer, à cause des louanges que le roi auroit pu croire concertées entre elle et son directeur. Peut-être aussi n'est-ce qu'ua brouillon , comme les ratures et le manque de date semblent le dire. Les secrétaires du cabinet peuvent voir dans les papiers de Louis XIV, si cette lettre est arrivée à son adresse. Ceux qui croiroient qu'elle est l'effet d'un concert entre M. Desmarais, Me. de Maintenon , etM.de Mérinville, formeroient un soupçon moins vraisemblable que malin. Car en ce cas , cette pièce étoit destinée , ou à tromper, ou à instruire la postérité : mais comment accorder le dessein de tromper avec l'apostille de Mad. de Maintenon qui l'auroit trahie l et le dessein d'instruire , avec cette fureur d'anéantir tout ce qsi auroit prouvé plus simplement son état l

33^ Let. de m. lEv.de Charttres

que je ne ponvois approcher de son lît sans fondre en larmes. Je suis bien résigné aux volontés du Seigneur qui est le maître , et dont j'adorerai toujours la Providence. On a grand besoin dans ces fâcheux accidents que les sentiments de religion et l'espérance d'une vie futurebienheureuse viennent au secours de ceux de notre nature qui sont accablants. Si je pouvois, madame , m'imaginer une personne aussi dévouée aux dames de Saint- Cyr, que je le suis , je lui céderois volontiers la place que j'*occupe : car c'est ce qui m'y attache le plus fortem.ent , et îe désir aussi de maintenir le bien que M. de Chartres a commencé dans ce diocèse: sansparler d'une passion très-grande que je me sens d'édifier l'Eglise , et de procurer la gloire de Dieu, même à mes dépens^ et par mes exemples; enhn k quelque prix que ce puisse être , pour n^avoir rien à me reprocher à ce passage terrible qu'il me faudra faire tôt ou tard ; ce qui ne peut pas être fort éloigné.

L'on fera demain les obsèques de M.

de Chartres , et après demain on fera le service. Je partirai d'abord qu^il sera fait pour vous aller rendre compte , madame, des circonstances de la maladie de M. de Chartres , et de celles de sa mort*

aMad. de Maintenon. 33^

J'espere être encore à temps de rendre mes devoirs à Mgr. l'archevêque de Rouen , que je regarderai dorénavant comme mon père. J'apporterai le cœur de feu M. de Chartres pour le placer à l'endroit que vous jugerez, madame , convenir davantage.

Je ne doute pas, madame, qu'on ne s'empresse à me donner bien des conseils. Je suivrai aveuglément , madame , ceux dont il vous plaira de m'honorer ; et j'aurai recours aussi à Dieu par la prière , pour la quelle j'ai un très grand-attrait. M. de Chartres ma laissé , madame, des grands- vicaires, ^ui font le conseil le plus sage qu'un évêque de France puisse avoir. Ils veulent bien continuer de m'aider. Je ne trouverai pas de grandes difficultés à surmonter en prenant les mêmes maximes de gouvernement qu'avoit feu M. de Chartres , et en ne faisant aucun changement, ainsi que je suis bien résolu.

Je n'ai pas douté , madame , un seul moment , de la continuation de vos bontés à mon égard dont vous honoriez feu M. de Chartres. Je crois aussi, madame , que vous ne doutez pas de mon zèle à suivre en tout vos saintes intentions.

Fin du ncupicmc et dernier Tome,

Page 1