‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 9 sur 80 · LETTRE IL · texte numérisé non relu

LETTRE IL

Sur le détachement du monde.

"I*L est vrai que vous êtes conduite quel- i.quefois par un chemin assez rude , et que ^ ni du côté du monde , ni du côté de îa santé , ni même du côté de ce que vous entreprenez pour Dieu , vous n'avez pas toute la consolation qu'on s'imagine. Mais c'est un bonheur inestimable que les choses soient ainsi : et ce seroit un grand malheur qu'elles fussent autrement. Convaincue , comme vous Vêtes , qu'il y a une autre vie , où l'on ne peut arriver heureusement que par la croix , pourriezvous vous affliger , et pouroit-on s'affliger pour vous , de ce que vous en avez une à porter qui rende votre salut éternel d'autant plus sûr ^ qu'elle est souvent plus invisible et plus pesante.

ïl me semble que vous éprouvez quelquefois un peu l'état d'abandon sous la main de Dieu, et que vous en parlez comme d'un état utile et désirable. Vous étQ& bien réellement dans Focca^iion de

mettre vos pensées en pratique , et toutes les circonstances qui vous environnent vous y portent éminemment : c'est pour vous , encore plus que pour ceux qui marchent aujourd'hui pour la défense de la religion , le temps de remporter des victoires : et il ne tiendra qu'à vous de gagner beaucoup plus dans votre retraite de Saint-Cyr , qu^on ne gagnera à Mons et dans tous les autres endroits , où i! plaira au roi de porter ses armes , et à Dieu de les bénir.

Il ne faut pour cela que pratiquer paisiblement la patience ,, i'hvunilité , le détachement , et un peu de cet abandon que vous ?,vez vu souvent de loin , et que vous voyez maintenant de plus près.

O que ces grandes occasions devroient paroître précieuses î qu'elles peuvent nous [aire faire en peu de temps , un merveilleux progrès vers Dieu ! et qu*elles peuvent nous servir , au moins , à nous pénétrer de notre misère ! Lorsque , par des mouvemens naturels ^ trop vifs , nous apprenons combien notre cŒiur est encore vivant à la créature , et combien les sentimens qu'ilr en a ^ sont plus forts et plus pressants que ceux de la grâce , nous éprouvons alors ce qu'il faut qu'il en coûte pour dire avec une sincère et

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pleine résignation : Seigneur y que votre volonté soit faite !

Cependant , si Ton veut être à Dieu , comme il le demande , il en faut venir jusques là : il faut qu'il soit le seul maître , et que toute la tendresse naturelle fasse place à un amour dominant , qui coupe , et qui immole tout ce qui n'est pas purement et parfaitement pour Dieu.

Benissez-le donc de ce que dans le secret, entre lui et vous, il vous donne une abondante part à l'amertume du calice qui nous a sauvés. Agissez toujours avec courage : que votre cœur se fortifie : soutenez la main du Seigneur , lors même qu'il l'appesantit : il n'envoie point de croix qu'il n'y attache une grandeet une eminente grâce ; ne laissez pas perdre celle qu'il vous a préparée , et pensez souvent , en sa présence, qu'après tout , quelque peine que vous souffriez, vous n'en souffrez pas autant que vous en mérite/ , autant que Notre Seigneur en a souliert , autant, peut-être ,, qu'il vous en faut pour gagner le CieU

A Mad. de Maintenon. aj

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